isabelle

Le manteau de vastitude

“La pensée tout est possible est techniquement fausse – nous avons tous et des contraintes, ne serait-ce que la gravité et l’impôt.  Mais le sentiment de vastitude qu’elle évoque est la vérité.

J’aime vous imaginer déclarer votre souveraineté et vous démontrer, par vos pensées et vos actions, que vous avez choisi d’avoir foi en vous.  Foi en la beauté.  J’aime vous imaginer accueillir les petites parties de vous toutes agitées qui rêvent de grandeur sans jamais y croire, et ensuite lever calmement les yeux vers le ciel étoilé, malgré le bruit autour.  Car c’est votre véritable “chez vous”.  Au-delà de tout, vous êtes un enfant de l’infini.  Et quels que soient les messages que vous recevez ou interprétez, ou les arguments qui pourraient vous traverser l’esprit, vous n’avez absolument jamais à vous rapetisser pour votre vie”.

Marie- Pierre Charron

Jiangshang Station – Chine

Je me suis réveillée, ce matin, en réalisant à quel point l’idée de courir – et de marcher – en montagne m’est précieuse. J’en ai une soif infinie.  Ce sont un rêve, un besoin qui se sont transformés en objectifs.  Je m’y sens vivante.  Comme je me plais à osciller entre les valons et les cours d’eau, j’ai aussi besoin de cet équilibre entre la base et le sommet.  Rien que d’y penser, mon souffle se régule. Il y a de ces moments qui nous portent du centre de la Terre jusqu’au ciel, littéralement.  Je n’ai pas envie de planer sur ces perles de temps; j’ai envie de les ancrer, au quotidien, et de les partager.

L’hiver s’amène.  Les surprises abondent et m’incitent à continuer d’avancer.  L’idée de reprendre part à une sortie, une aventure, une course ou une expédition m’alimente.  C’est le temps des récapitulations de l’année, des retours sur la saison.  Des regards qu’on projette vers l’avant.  C’est surtout ce qui capte mon attention.  Ce qui me fait trépigner.  Parce qu’il me semble qu’on a tellement, tellement à vivre et à découvrir encore.  Peu importent les parcours, peu importe l’âge de chacun, il y a quelque chose de vraiment particulier à imaginer qu’on se construit, toujours, davantage.  Que ça ne se termine pas.  Qu’il est impossible d’avoir tout vu et tout vécu.  Bref, quand je m’assois pour écrire ou illustrer les idées et les projets qui me viennent en tête, j’ai l’impression que ça prendrait dix cahiers, une toile bien  plus grande que ma maison, tant de mots et d’images que j’en perds mon latin!  Le rappel: toujours un pas à la fois.  Une étape.  Cette année encore, l’impatience me gagne parfois autant que l’excitation.  Les deux pieds au sol, je repense à tous ces moments où j’ai pu me sentir pleinement ancrée et heureuse, en toute simplicité.  Et tous, ils parlent de nature, de connexion avec sa végétation, avec les gens, petits et grands, avec la beauté de ce qu’on ne peut pas prévoir.

Aujourd’hui, le discours intérieur que je me tiens me demande de faire preuve de patience et de confiance.  Je ne sais pas exactement comment je vais parvenir à réaliser chacun des projets que j’ai en tête, tout en me construisant un nouveau cheminement de carrière, en prenant soin de mes deux grandes (plus chat et cochon d’Inde) et en côtoyant tous ces gens que j’aime, mais j’ai la certitude que je vais y arriver, que “ça va le faire”, comme dit mon amie Jessy. Je sais qu’il y a une voie, un chemin et qu’il est crucial que j’aie confiance. Que je m’y investisse, à fond.  Doucement, par moment, avec présence, bien sûr, mais complètement.  Peut-être que l’aube de la quarantaine y est pour quelque chose.  Peut-être pas.  Je sais pertinemment que je me connais chaque jour davantage et que ce que je construis ne ressemble pas au voisin, mais bien à ce que je découvre à mon sujet.  J’apprends à écouter autrement et à rendre hommage à tout ce qui se passe, parce que c’est sensé…même lorsque le tout semble dénué de sens!

Je ne crois pas que ces phrases se formeront en un long, long texte ici.  Je veux agir.  Bouger.  Faire avancer les choses.  Me retrouver sur le terrain, pour en faire naître, ensuite, des mots et des images.  Et surtout, surtout remercier ces femmes, ces hommes et ces enfants qui y croient un peu, qui encouragent, célèbrent, communiquent, puis échangent tout ce lot d’expériences, chacune et chacun à leur façon. Je crois que je ne remercierai jamais assez ceux et celles qui m’ont adressé un sourire, qui m’ont encouragée à continuer, qui ont souligné l’importance d’un instant dont, parfois, je n’avais pas pris conscience moi-même.  Je ne me sens pas toujours fière de ce que j’ai accompli, mais je me sens fière d’être ici, d’être en vie et de vous avoir rencontrés, tous et toutes.  Je me sens fière d’avoir deux filles extraordinaires et de ces valeurs avec lesquelles on se construit.  Je me sens fière, enfin, d’être moi et de me dire que ça en vaut la peine.  Chaque jour.

Ainsi, pour  l’année qui s’en vient, j’ai quelques montagnes à aller rencontrer, plusieurs trajets à découvrir, un nouvel emploi qui se profile et qui sait, sûrement quelques imprévus au calendrier!  De nombreux choix à faire, une panoplie de couleurs et des saisons à travers le monde entier.  Enfin, c’est ce que je souhaite.  C’est ce que je nous souhaite. “Parce que c’est notre lumière et non notre ombre, qui nous effraie le plus…et quand nous laissons notre propre lumière briller, nous permettons, inconsciemment, aux autres de faire de même”. (Coach Carter)

On ne rapetisse pas, donc, on grandit. Moi, je porterai volontiers le manteau de la vastitude, même en été.

Je vous en souhaite une belle!

Village au creux des montagnes du Sud de la Chine

When the Stars Were Hanging to the Maido – Or this long moment where my goals were taken apart to honor solidarity

When the Stars Were Hanging to the Maido

Or this long moment where my goals were taken apart to honor solidarity

 

On my own, I had planned running it in between 32 and 40 hours. Together, it took us 49 hours.
I leaned that resilience also allows trial to dress in an unpredictable way, wrapping up The Whole.

Pic: Max Lapierre, The Running Clinic

Starting time was going to be called in less than an hour in St-Pierre.  Two of them had already gone by, which we spent trying to sleep, laying on our cardboard boxes.  Musicians were rolling notes with their voices, using their instruments, giving the space a festive ambience. In the air, feverishness was palpable, as a perfume which couldn’t sneak in in an invisible way.  Generally, I’m not a big fan of crowds, but this one had something special.  Intriguing and reassuring at the time, it was bringing us closer, every minute, to the start.  To the Diagonale des Fous.

 

WAITING

For the third time in the last two hours, I get out of the cabinets, crashed, for the occasion, in the departure sas.  I didn’t hear people moving, as I was locked in there.  I’m trying to find, by sight, the warriors of my team.  They’re not where I had let my vest.  Most of them had been escaping to the front, following the crowd, ready to leave.  Some stayed on the spot, taken by surprise by the wave.  And so then, I’m not in the middle of the pack of people warmed up by the night, but, roughly, in the back.  Fact to remind: we are about 2700 to get on the adventure tonight.  Calm, but a little bit disappointed because my position slightly changed, I’m standing here, one of our team Warriors on my side, Jean-Nicolas.  The wave starts to move.  I can’t wait to find myself in the forest.  I want to run, alone, as a wild beast whom we’d offer some huge land to explore.

 

THE ARCH AND THE CROWD

People are trampling as the arch is getting closer.  It’s quite warm out here.  The air feels humid, filled with hopes, goals and visions everyone pictured before we get here.  I’d loved to stand in the front, but I’m not there, so I make an effort to feel peaceful as the desire to run grows with every footstep.  A sound pops out and we can hear the crowd moving past the arch.  Some are then already gone.  I sneak in between wholes I can see in front or beside me.  Slowly, the wave moves and my pace can go a little bit faster rhythm.  I hop on every occasion to jump forward and I enjoy it.  The party seems to extend way past beyond barriers and every runner is going on to the sound of people shouting encouragements, names, smiles coming from all around.  Night time is here.  It is past ten pm and I can see myself, as my pace extends, passing something like 1500 runners on this uphill way.

 

DIRECTION: FEED ZONES

Going up is pretty efficiently done.  Many are walking, as heigh difference is surely felt, but I cannot slow down, conscious of feeling  drowned by the momentum of this new night.  Eventually, I realize that space is carving in between runners and the ambient air is getting fresher.  I want to discover and to discover some more all aspects of these dark times, all the secrets I perceived in the arms of Reunion since I landed here.  The Domaine Vidot, first feed zone, presents itself as a must-go passage in a building, a place where I quickly fill up my flasks, helped with a handy woman.  I get out there pretty fast, entering a downhill path, in single track, decelerating because it’s getting quite packed as runners afloat.

Trains are forming along the path and I focus on the feet right in front of me, aware of opportunities to move on.  We keep running like this up to Notre-Dame-de-la-Paix, second stop for bibs control, feed and liquids.  Sections of road, of trails and of what looks like fields appear one after the other.  I can’t see too far, but it feels like weather is getting colder for many of us, as we progressively climb up in altitude. Lands are equipped of all sorts of ladders to step on, of turns and twists, of surprises forming, with a strange regularity, runners congestion.  I make it to accelerate and I find myself, in the middle of the night, blithely running on a ground where a frosty blanket, along with our breathes, are forming white clouds.  It becomes colder and colder.  I’m surprised about it.  I then start to feel a venous pulsation raising up and spreading all over my head. As a vice, pain gains space.  I keep breathing, inhaling and exhaling, but I’m not slowing down.

 

NEZ DE BOEUF (KM 38,6)

I’m running, and have been for a while, with this pain violently crushing my head.  Nausea has taken place and dizziness seem to ask me to inhale and exhale in a much better way.  I keep moving up to Nez de Boeuf, an area where every runner seem to look up for warmth.  As a November evening, at home, this moment appears pretty startling to me, mostly regarding our clothes, pouring sweat, and not covered with warmer stuff.  I try to catch a coffee in express mode, but my body howls its pain.  From the corner of the eye, I see a pavilion filled with camp beds, covered by orange woolen blankets.  I’m not use to take some time to stop in a race, but I choose to walk in.  Nurses seem preoccupied by my condition.  They offer me painkillers.  I lay down for few minutes.  My fingers tend to shift to an icy something.  I then choose to get back on track, taking the blanket and survival coat off, shaken by strong shivering.  Nursery professionals seem to doubt about my capacity to leave the place, so I’m moving up, still shivering as a chicken swimming in the snow.  Night is getting darker.  I get up with the intention of warming myself up and I start walking, one foot after the other.  Surrounding space is pretty occupied, but I take advantage of the wholes to move in an easier way.  As my fingers are getting back to me, my attention is distracted from the pain and nausea, still playing around.  I keep telling myself that everything will be fine.  I go on until Mare-à-Boue, next feeding zone, lighten up with the morning light.  48,9km completed.

Once the feeding zone and bib control passed, I keep going, still dizzy, towards a section which should be pretty full of mud and littered with all sorts of stones.  Technicality and narrow spaces are legion, so runners are evolving one behind the other, as a marshmallow skewer, along the trail.  Overpass becomes an art, but somehow, it is doable.  Some are running in the middle of the deep mud ponds, avoiding to look around, but everytime, as we run, my eyes catch an easy alternate track.  We’re not getting out of it with clean shoes, but it is kind if predictable and we tend to enjoy it, I guess!  I wobble between the pain going through my head, nausea and dizziness as I keep going further.  I think about the fact that I’m not totally enjoying the process, right now.  Foreign voices are multiplying due to the slow marshmallow skewer like pace, and they have a weird resonance in my head.  Right here, I’d just appreciate to hear a familiar intonation.  Time stretches out.  Then, Benjamin, one of our Warrior Teammates, cross my way and says hi.  It makes me smile.  At this point, checkpoint timings I had written on my bib had gain an hour.  The day keeps going up and I move on to Cilaos.

 

CILAOS (Km 65,3)

Cilaos’s area and its steep lands, which are getting quite impressive, attract the eye at first glance, covered with luxuriant vegetation, with its remote villages and towns, like hamlets, afar, in the Cirque de Mafate.  Pedestrians are also on the mountain, here, walking with their children, their babies and even their mini tiny goats!  Runners are on the path, rolling in the daylight, efficient, fluid.  Some are going down faster than the others and their intrepidity surprises me, sometimes.  The place is magnificent; I’d love to fly here, but I must admit I prefer taming myself, as I do not feel a hundred percent aware at the moment.   Once more, I encounter a familiar face – Benjamin – and the simple fact that his fingers hold on, for few seconds, to my arm, reassures me.  I am in pain, but by body still exists.  So I keep going forward.  The Sun gets warmer and warmer and it reminds me I love Summer, warmth, light.  Details, for sure, but important facts in the moment.  Volunteers are positioned along the road leading to Cilaos’s stadium, one of the biggest feed zone of the race. The Great Warriors Team is expected a little bit farther, at the military pavilion.  In fact, exceptionally, soldiers, helped by health professionals, are there to welcome and take care of us in four locations along the race track.  Cilaos is the second one of them.  As an insight to me, it seems like the time has come for me to look at my race in a different way.  I do not see myself crumbling into pain for the whole 166km.  Neither going further in the Cirque de Mafate, through Taibit, passing by Marla and climbing up the Maido in a vacillating state.  Two options can then be considered: to start thinking about giving up (not possible to me) or to slow down a little bit to make sure I can manage my body pain.  As I walk in the pavilion and ask for my drop bag, I see Jessy.

Jessy lives nearby my little town, but we’re rarely meeting or encountering each other.  I had the opportunity to exchange with her before the race and I know she’s focused on experiencing it in a way she feels at peace, without stress of any kind.  Spontaneously, I offer to go on a little with her.  We both get ready to go and Benjamin, who came in meanwhile, decides to come with us.  I am not thinking about the next feed zone, but am more focused on the present moment.  A new ascension is standing here, in front of us, and we jump into it, one foot after the other.  I’ve got the rhythm of this new moment holding me on, keeping me in the second.  Benjamin goes in the front, carried by the Sun.  I know we won’t cross his way again and I think about running with him, but something in me says it is not time to accelerate.  Breathe.  Take time to center. Making a statement sounding like “Jessy’s presence equates moving beside a Buddha form of life, peaceful and strong”.  I do not have the habit, neither do I have the ease to run beside someone else during a race. Exception: last June’s Quebec Mega Trail, on the 110 km race, as I met Sylvain Rioux, at the time I just had a good commotion and was running on it.  He had helped me out through it.  Curious coincidence, in similar circumstances, reminding me that last months were quite particular in terms of health and consciousness, in a large spectrum of action/thoughts.

Pic: Nicolas Fréret, Distances+

FROM MARLA TO L’ÉCOLE DE ROCHE-PLATE

Jessy and I are arriving to Marla, smiling, in urge to pee, and with a need to get some drinks and foods.  Marla is a haven of colors and of what seems to breathe as a “mountain like peaceful place”, in the depth between its uphills, its passes and its summits, all located in the Cirque de Mafate.  Marla comes with almost 78 km ran in ups dans downs of La Reunion.  It’s also one of those places we need to think about the fact that it will soon not be possible to go back or to get out the race tracks other than by doing it.  Fully going in the Cirque de Mafate means you need to get out of it by yourself.  And I don’t fully realize, at this particular moment, it is very important to think about it.  Marla is also the place where we meet Jean-Nicolas, another Warrior on the race.  He is laying down and seem to be completely swallowed by fatigue and pain.  As he just received a message from is children, he is pretty emotional and he shares with us his thought about the eventuality of quitting.  Synchronicity’s wind is blowing a little too much and carried by it, Jean-Nic puts back his shoes and decides to go on with us.  My emotions speaks of ambivalence:  I feel nourished by the fact that we can move on counting the three of us, but also insecure thinking of the challenge it can represent.  Time goes by as the forest gets wider in front of us.  Darkness slowly arises, promise of a very special night.  It feeds me to think about the eventuality of the three of us going, side to side, on the adventure, but I feel insecure about the challenges it could offer to us.  Time keeps going fast as forest unfolds before us.  Darkness slowly arises, announcing a very particular night.  Going optimistic, I make a mistake and Grande-Place-les-Bas’s feeding zone appears really too far to me.  I’d like to run as if my life would depend on it.  But, this time, I learn to listen to the runners I’m sharing the ride with.  I’m scared to get to the finish line too late.  I doubt about my ability to keep my eyes opened.

Right here arises a space to let go.  It keeps my head clear.  Therefore, I do not feel the immense pain, coming from my head, anymore.  A second night announces rain of little and tired eyes.  We cross, along the path, on the edge of the cliffs, in the hollows, underneath their safety blankets, runners who needed to shut the light down for a moment.  Surrounding space doesn’t offer much opened areas to rest, but every little spot can look like a salvation opportunity, might it be only for a quarter of an hour.   Uncovered faces, gone in two seconds in an alternate world, mesmerize me by their beauty.  Eventually, Jessy, Jean-Nic and me think about doing the same thing.  Some runners are laying down behind a tent.  We find ourselves a space and I’m taking out a safety blanket that my friend Anne had let me.  When unfolding it, I realize it is sewed as a sleeping bag…and smile, so grateful to Anne for this amazing gift (it was, really)!   Of the three of us, I’m the only one to dive in a sleepy place.  Twenty minutes are going by.  Then, quickly jumping out of the blanket, I’m back in the cold, so it feels to me, as a that material somehow feels like a plastic bag, giving us a wet sensation.  We pack up and get back on the trail, headlamps on, towards what will be the most impressive climb of the race.  Maido, getting closer to you, I’m not sure about how I feel.

 

STARS AND THE MAIDO

Our sights spread afar.  Enormous peaks are raising at the horizon.  The impression to be sas small as an ant isn’t an exaggeration.  Our eyes get lost in the distance.  It would be, really, an euphemism to say that we stand as master of the place here.  Nature is amazingly alive, rich and unique, even as we are drowning in obscurity.  The more we progress, the more headlamps are creating clear lines, showing us abstracts drawings of our path.  We can see some of them on our left, on our right, going upwards or downwards, following different trajectories.  It is something peculiar and very special to look at.  I admire every one of these headlamp holders.  Lights are opening the path as a danse spreading its wings as people embodying it are opening the way. It’s a majestic movement.  And a little bit surreal.  Those luminous spots seem to extend so high and so far that I’d tend to say they’d be like stars in the sky.  Stars hung up to the Maido.  Jessy and Jean-Nic start to laugh, thinking about it; my imagination is tuned on, here. It’s a good point.  Downhill sections are quickly replaced by a continuous ascension.  In my sight, there are only headlamps, again and again, moving on.  Every step, every rock is touched and appears, before our eyes, like a surprise. I feel dizzy. I can barely control my posture and it looks like it takes quite an effort to keep going.  I breathe, but I can sense I’m not at my best.  My face might be looking like a with cloth, at the moment.  Jessy asks me to walk in front of her, so I do, unsure about the move.  I don’t ever think about looking at my watch.  The moment itself is enough.

Behind and in front of us, runner stand in single file, but no one seem tempted by overtaking the ride to go first.  We can hear everyone’s breath as if it were an official, crucial hymn, here.  The wall is pretty steep and we can’t see the void, but everyone knows it’s there, close to our feet. It is probably one of those moments where runners humility is shared and felt by everyone.  There is no space for vainglory.  We keep breathing, one along with others. I am waving from one side to the other.  As I tend to go towards the void, Jessy asks me to get closer to the wall.  Few more steps.  And, right there, the Roche-Plate commune and its school appears.  They are located half-way to the top of Maido.  Chorus of sigh relief.  People from all sizes and shapes are laying on the ground, in the stairs, right onto the soil or in camp beds.  Space is filled with hot and sweating or freezing runners at the time.  We activate ourselves because standing still could lead to hypothermia.  I don’t know what to eat and I don’t feel like drinking, but I’m trying to.  Some cookies, a bite of dark chocolate and the temptation of a sip of coffee, ending up in Coca Cola are all I can get in.  And we’re on for the second part of our ascension towards Maido’s summit.

 

TWO FEET FROM THE CLIFF

In the middle of our second night out, everything seem to go on at a very slow pace.  There is no other solution but to keep moving on.  Some runners go in the front, but they are rapidly caught up as many offer themselves a pause in between plateaus.  The incline seem pretty big.  Air feels rare.  Speechless, still waving, I’m going on.  Jessy and Jean-Nic too.  I hear him, exhausted, expressing his need for a little break.  Few little stops help us on the way up.  I’m telling myself that I might not have the wisdom to stop, despite the sickness, if I’d been on my own here.  I think about my daughters.  I’m not super happy about the fact I’d gone on a slower pace.  On the other hand, I realize I’m not scared about the fall.  I’m asking myself if it’s normal or if the fear of death isn’t simply there.  I’d hear, later on, that the fact that I was swaying on the cliff was pretty alarming for Jessy and Jean-Nicolas.  As we only get one life in this lifetime…

 

Pic: Nicolas Fréret

THE SUMMIT

Our trio is surrounded by other runners during the whole way up for this second pitch.  It’s an ascent that keeps being demanding for everyone and we can hear, regularly, a “putain” or “No!”, reacting to the distance left to go.  I feel like time stretches.  Then, slowly, we can see a light in between the mountains peaks.  As we get to Maido’s summit – 112,9 km, the first daylights appear and warmth seem to expands around us.  Jessy and I are getting to the summit, crossing Caroline’s way, armed with her camera.  A sob grasps my throat.  Emotion enfolds me.  It goes with the feeling of flying as we run with the sun and I’d like to keep it on until the end of the race.  Few km further, the military tent appears like a cocoon where we are warmly welcomed and efficiently taken in charge.

We’re leaving the place under a nice weather.  I feel cherished, but it also tickles me to have to slow down.  Jean-Nicolas feels quite tired.  I must admit that it’s also my case – now on, I see objects, which might not really be there, on the way – but I can also feel fire inside my belly.  Jessy and I are moving a little bit faster ahead, and then we decelerate.  The next hours will be filled with those moments as Jean-Nic starts to feel worse.  The color of his skin fades and his energy level seems to lower considerably.  I can hardly contain myself, but I want to support others too, as they need it at the moment.  I’m jogging and stopping, repeating the sequence.  Mounds arises one after the other.  Some summits too, offering nice views, green areas and little altar, dressed here and there.  From the point where we started the race, in St-Pierre,  I’ve been running with a prayer in my pocket, for my friend Dominic and his dad.  As we get close to an altar, surrounded with prayers and flowers, I take, in my bag, this prayer.  I get closer and I put it there, on one of the summits of Mafate Circus.  A feeling of peace fills me up.  Breathing.  And I take my running back to go down the hill, alive; it feels like flying.  Then I’m slowing down, adapting to my teammates.  The day is only waking up and I can’t wait to be entering in St-Denis.

 

ON THE ROAD TO L’ISLET SAVANAH

Running downhill is kept on a very slow pace, as the evolution of Jean-Nicolas sickness.  The approach of lslet Savanah takes on with an increasingly hot day.  The surroundings and the area, which becomes more and more crowded as we enter it, offer distressing landscapes.  It looks to me as the discovery of a place where poverty is part of the routine.  Wastes decorate the ground and spaces seem in need of love.  People smile at us, enthusiasts.  They applaud and encourage us, shouting our names, creating a proper reunionese atmosphere.  Hard to avoid smiling in return!  Looking for hands pointing Islet Savanah’s feeding zone, I can suddenly see it we’re in urge to get there: Jean-Nic isn’t going well at all.  I’m worried.  Once on the spot, we’re trying to find a fresher space to rest.  His face shows greenish colors.  Next minutes involve a try to drink and to eat something.  As Jean-Nic does, with Jess, I’m taking time to close my eyes…everything’s cicrcling around me.  Ambient warmth is suffocating.  The wake up call is quickly followed by a team discussion.  I’m asking myself if everyone will be able to stand on his feet. We’re at km 128 and we’ve got still some more to go on.  The decision to move forward is taken as a go for the three of us.  Priority:  Getting out of the town to catch some fresh air and breath in the trees and leaves.

 

CRAZY LOOP ON SINGLE TRACKS 

The path reaching the next feeding zone, le Chemin Ratineau, present itself as a secret pass in the woods located around a city-like place.  Crazy and funny decents, where we’re hanging on tree trunks and where dust spreads all over the place are filling me with joy.  I’m getting wild and happy. Jumping from one trunk to another, I’m swinging down.  Those few kilometers are furiously going by.  They’re good to me.  Jessy is running in front of me and Jean-Nicolas follows as much as he can, behind us.  We get, like rockets, to the feeding zone and decide, as we fill up our flasks, to run the next two sections at our own pace, meaning separately, but to wait for each other at the control points/feeding zones, to make sure everyone is fine.  From Le Chemin Ratineau to La Possession, the path is pretty wide and opened.  Runners aren’t showing as a crowd and it’s easy to move around.  At La Possession, I’m observing birds nests, suspended upside down.  I’m telling myself that the world is the other way around.  I had planned and anticipated this race, but I had absolutely not planned what I was experiencing here.  My emotions are tearing me appart, tinted by a long time fatigue.  I feel great gratitude towards Jessy and Jean-Nicolas and, at the same time, I’m realizing that I’m already thinking about doing it once more, in the future.  Time is shrinking and a new section is undergoing.  It’s talking by itself, fed by a strong past, its history.

 

THE CHEMIN DES ANGLAIS

Before the event, I had the opportunity to go on a recognition mission of this part of the race.  Its history had moved me.  The Chemin des Anglais has been built in three different sections, each one formed by good ascents and one decent, showing and holding its personality.  What characterizes it?  It is made of stones of all shapes and sizes, holding in all sorts of ways, as if time and ground had played wildly to have them go back to a more natural position, unmeasured.  Some are pointing upwards as others seems to wobble in all directions.  Vegetation is luxurious.  I was told that slaves were put on the construction of this “road” in a painful manner.  It’s kind of a pleasure to me to see that Nature, wild, takes back its rights.  And I’m going for it with a child’s joy, dancing from one stone to another, landing on the tip of my feet, arms widely opened.  Pedestrians are looking at me with incredulous eyes.  I’m smiling, focusing on the momentum.  Crazy moment, going by so fast.  A green and yellow headed lizard encounter makes me marvel some more.  I eventually get to the last part of the decent of Le Chemin des Anglais and I can see Jessy from afar.  I’m bouncing from stone to stone to get to her.  Then, I see her face, defeated.  She’s not doing well at all.  Dehydration and nausea are on the menu. We’ve got two km to go before we can reach the military pavilion of Grande Chaloupe.  We’re at 152,4 km.  When we get there, Jessy lays down and tries to get back to a tolerable health state.  I eat and discuss with the soldiers on duty, waiting for Jean-Nicolas.  As I’m walking to Jessy’s bed to get some news, Blaise is showing up.  His benevolent presence feels good.  I feel reassured to see him, as if a ray of sunshine would have crossed our way at the end of the day.  Shortly, Jean-Nicolas comes in.  He seems to feel better as Jessy is still fighting to get some energy back.  We eventually get back on track, headlamps on (I’m praying for mine to work all the way to the end) to reach the Colorado.  Initially, I had planned to get there in the morning and we were now at the corner of a possibly long evening.

Adjustment.  Everyone is showing evident signs of tiredness, but refuses to fall asleep.  We want to get to La Redoute, in St-Denis, today.  Climbing up Colorado feels like and endless sandy-white path.  I’m almost walking over a pretty long grass-snake, looking at me with its mini eyes.  Darkness and the light beam of my headlamp have me discover a lunar-like ground where vegetation doesn’t show up.  I’ve got the sensation that we’re just been guided to move and turn around to accumulate some extra mileage.  I have to other reference than Jessy’s or Jean-Nic’s shoes.  Once again, the ascent is steep and it keeps us from going too fast.  Route sections are sometimes cutting it, but we keep it slow, as the legs aren’t all aligned with the same freshness.  Back to an empty-like nature up to Colorado’s control point, km 161,4.  We’re like in the middle of nowhere.  Wind and a black surrounding landscape dress it as a mysterious panorama.  Jessy doesn’t feel better and nausea is still walking with her.  We start to move downwards very carefully.  Lee  Emmanuel, Marc Antoine and Alex, Warriors of our team, reach and pass in front of us, faster than us.  It is the last descent.  Vertiginous.  At a nice speed, we were told it would take us 45 minutes.  But we will need extra time to make it to the bottom.  Stops are essentials to allow Jessy to breathe and to maintain herself on her feet.  Every time our little train stops, I close my eyes and instantly drown past the sleep line.  I can’t wait to get to La Redoute.  I’ve been thinking about it for so long and this moment seems so abstract, right now.

 

ST-DENIS, LA REDOUTE

City echoes make themselves louder.  We can hear noise and car humming their usual symphonies.  Turns, in the descent, make themselves wider.  Suddenly, a street opens before us.  I feel chocked, as if we couldn’t make it anymore.  Few walking steps will be followed by a nice run, initiated by Jessy, as I wouldn’t even dare to suggest it in the situation.  She is impressing me.  I’d like to run at eighty miles an hour and jump in the stadium like a rocket, but emotion is knocking me off.  We are, the three of us, at the doors of this very special moment, the one leading us to km 166.  I can hardly believe it.  From a competitive mindset to a journey unveiling as a convalescent body call, eventually shared with Jessy, going on in a meditative state of mind, it has driven us to Jean-Nicolas, sitting in an agony-like attitude.  Nothing I had planned in the past months.  So, at this moment my foot crossed the line marking the arrival, hodling heands with my teammates, I could see and feel all that spoke to my heart, body and soul in the past 48 hours.  Blaise is standing beside us, recording, as a gardien bird, as a protective soul, observing us, with contentment, being back “home”. Everything is clashing in my head.  I’m sharing a hug with Jessy and Jean-Nic, speechless.  And as I’m walking to receive my medal, I strongly feel the need to come back and ride with La Diagonale once more.  I want to run, walk and breathe every part of it again.  From 160 to 888km, here and elsewhere.  With all that I am.  With all I’ve become and all I still have to learn to Be.

 

ON THE PLANE

Tonight, I’m getting back home, my heart pounding in my chest.

I miss my daughters.

But, at the same time, I do not want to go away and leave all I’ve experienced from the inside as well as in an outer-world perspective.  I know that something has been awaken, once more.  I can feel it.  I can see it in my eyes.  It reminds me of the stars, somewhere in the Maido’s surroundings.

Grand Raid, we’re meant to meet again.  It’s a rendez-vous.

 

Huge thanks to the team of Guerriers du Grand Raid, to the Running Clinic,  to Blaise and Mickaël, to Isabelle D. and to Rose, their special and super strong partners.  Thanks to Jessy and Jean-Nicolas, to Caroline, to Claudine and Aurélie, my colocs, to all those I met along the way, to Izna and Arielle, to Marie-Josée, to Chantale, to Anne,  to Dominic, to Justin, from the Clinique Ressource Vitale, to all my friends from Quebec, to Jean-Paul, Josée, Diane, Carmen and Alain and finally to all those who have been helping me out, here and there.  I’m lucky to be here and be surrounded as I am.  

Quand les étoiles étaient accrochées au Maido – Ou ce long moment où j’ai mis mes objectifs sur la glace en l’honneur de la solidarité

Quand les étoiles étaient accrochées au Maido

Seule, j’avais prévu y mettre entre 32 et 40h. Ensemble, nous en avons mis 49.
J’ai appris que la résilience, c’est aussi permettre à l’épreuve de revêtir un sens qui nous dépasse et qui enveloppe le Tout.

Le départ allait être donné dans moins d’une heure à St-Pierre.  Il s’en était déjà passé deux, pendant lesquelles nous nous étions presque assoupis, allongés sur nos boites en carton.  Les musiciens faisaient rouler les notes avec leurs voix, utilisant leurs instruments, rendant palpable l’ambiance festive.  La fébrilité se faisait sentir, dans l’air, comme un parfum qui ne pouvait pas passer inaperçu.  Je n’apprécie généralement pas les foules, mais celle-ci avait quelque chose de particulier.  Intrigante et rassurante à la fois, elle nous rapprochait, à chaque minute, du départ.  De la Diagonale des Fous.

L’ATTENTE

Pour la troisième fois en deux heures, je sors du cabinet de toilette posé, en cette occasion, dans le sas de départ.  Je n’ai pas entendu le mouvement de masse, alors que j’y étais cloîtrée.  Je cherche, du regard, les guerriers de mon équipe.  Ils ne se trouvent plus là où j’avais laissé mon sac. La plupart d’entre eux se sont évadés vers l’avant, en suivant la foule, prête à partir.  Quelques-uns sont restés sur place, surpris par le déplacement. Aussi, je ne me trouve plus au milieu de cette vague de gens qui vibrent de chaleur, mais plutôt vers l’arrière.  Il faut savoir que ce soir, nous sommes près de 3000 à prendre le départ.  Calme, mais un peu dépitée de me retrouver ainsi positionnée, je me tiens debout, aux côtés de Jean-Nicolas, l’un des membres de l’équipe des Guerriers du Grand Raid.  La vague se met à bouger.   J’ai hâte de me retrouver en forêt.  Je veux courir, seule, comme une bête sauvage à qui on aurait présenté un terrain à explorer.

L’ARCHE ET LA FOULE

Les gens piétinent alors que, tranquillement, l’arche se rapproche.  Il fait chaud.  L’air me semble humide, rempli de tous les espoirs, de toutes ces visées et des images que chacun s’est forgé avant de se retrouver ici.  J’aurais aimé être devant, mais je n’y suis pas, alors je fais la paix, intérieurement, sentant le désir de courir grandir à chaque pas.  Un son retentit et on peut capter un déplacement au-delà de l’arche.  Certains sont désormais partis.  Je me faufile d’espace en espace.  Lentement, la vague bouge et mon pas peut prendre un rythme légèrement plus rapide.  Je saisis toute occasion de me faufiler et je me prends au jeu.  La fête semble s’étendre bien au-delà des barrières et tous avancent au son des cris, des encouragements et des sourires qui fusent de toutes parts.  Il fait nuit.  Vingt-deux heures avancent et je me vois, alors que ma foulée s’allonge, croiser une foule de gens au cours des premiers quinze kilomètres.  Je me sens bien.  Excitée par l’ambiance, par ma volonté d’avancer, par le défi que j’ai tellement anticipé, j’apprécie chacun des moments qui me permettent de courir plus librement. Je doublerai, au final, près de 1500 coureurs dans ce chemin vers la montée.

EN DIRECTION DES RAVITOS

La première petite ascension se fait assez rapidement. Plusieurs marchent, car le dénivelé se fait sentir, mais je ne m’y résous pas, comme je me sens toujours portée par l’élan de cette nouvelle nuit.  Je réalise, éventuellement, que les coureurs s’espacent et que l’air se fait plus frais.  J’ai envie de découvrir et de découvrir encore tous les pans de cette noirceur, tous les secrets que j’ai eu l’impression de percevoir dans les bras de la Réunion depuis mon arrivée.  Le Domaine Vidot, premier ravito, se présente comme un passage obligé à l’intérieur, lieu où je remplis rapidement mes gourdes, avec l’aide d’une charmante dame.  J’en ressors tout aussi promptement, entamant une petite descente en « single track », ralentie par le flot des coureurs, eux-aussi ressortis du bâtiment avec une évidente mouvance.

Des trains se forment le long du trajet et je me concentre sur les pieds qui se posent devant moi, à l’affût d’éventuelles opportunités de passage.  On roule ainsi jusqu’à Notre-Dame-de-la-Paix, deuxième arrêt pour les contrôles et le ravitaillement.  Portions de route, de sentiers et de ce qui semblent être des champs se succèdent.  Je ne vois pas au loin, mais j’ai l’impression de comprendre que le temps se fait de plus en plus froid pour plusieurs, compte tenu du fait qu’on gagne, progressivement, en altitude.  Les terrains présentent toutes sortes d’échelles à enjamber, de tournants et de surprises qui forment de petits bouchons de coureurs à intervalles réguliers.  Je réussis tout de même à accélérer et je me retrouve, en pleine nuit, à courir allègrement sur un sol où commencent à se dessiner des nappes de frimas, accompagnées par nos souffles, lesquels forment des nuages blancs.  Il fait de plus en plus froid.  J’en suis surprise.  J’ai aussi l’impression de sentir une pulsation veineuse qui grandit et qui s’étale dans ma tête.  Comme un étau, une douleur s’installe.  Je continue d’inspirer et d’expirer, mais je ne ralentis pas.  Je revois l’impact ayant mené à la commotion cérébrale du mois de juin, une blessure ayant mis en jeu la saison et l’entraînement.  J’ai lutté pour courir, au cours des derniers mois.  Pas question de baisser les bras.

NEZ DE BOEUF (KM 38,6)

Je cours, depuis un moment, avec cet étau me serrant la tête.  La nausée s’est installée et les étourdissements semblent me demander d’inspirer et d’expirer un peu mieux.  Je progresse jusqu’à l’aire du Nez de boeuf, là où tous les coureurs semblent chercher la chaleur.  Comme un soir de novembre, chez nous, ce moment me paraît particulièrement saisissant, surtout en fonction du fait que nos vêtements ruissellent de sueur et que peu d’entre nous aient déjà enfilé leurs vêtements chauds.  Je tente d’aller récupérer un café, en mode express, mais mon corps hurle sa douleur.  Je vois, du coin de l’oeil, une tente où sont alignés des lits de camps, habillés de couvertures laineuses orangées.  Je n’ai pas l’habitude de m’arrêter, en course, mais j’y entre.  Les infirmières semblent inquiètes.  Elles m’offrent des anti-douleurs.  Je m’allonge quelques minutes. Mes doigts se transforment en glaçon.  Je prends la décision de repartir, me découvrant assez péniblement, alors que les frissons me prennent d’assaut.  Le personnel soignant semble douter de ma capacité à quitter les lieux, alors je m’active, en grelottant comme un poulet qu’on aurait plongé dans la neige.  La nuit avance.  Je me lève avec la ferme intention de me réchauffer et je me remets en mouvement, un pas devant l’autre.  L’espace est occupé, mais j’ai tout de même la liberté de bouger de façon relativement aisée.  Pendant que mes doigts se réchauffent, je me concentre un peu moins sur la douleur et la nausée qui perdurent.  Je me dis que ça ira.  J’avance jusqu’à Mare-à-boue, le point de ravitaillement qui s’éclaire au petit matin.  48,9 km sont complétés.

Une fois le point de contrôle passé et le remplissage effectué, je poursuis, toujours étourdie, vers ce qui devrait normalement se présenter comme une portion de sentier plutôt décorée par la boue et jonchée de pierres de toutes tailles.  Technicité et espace restreint obligent, les coureurs se retrouvent cordés, comme des guimauves en tige, le long du trajet.  Tenter de doubler s’avère parfois hasardeux, mais on y parvient, en général, de façon convenable.  Certains plongent dans la boue, faute d’observation, et je constate qu’il y a toujours une voie improvisée pour le contournement.  On n’en sort pas les pieds propres, mais je crois que tout le monde s’y attend, de toute façon!  J’oscille entre la douleur au niveau de ma tête, la nausée et les étourdissements, alors que je continue d’avancer.  Je réalise que je n’y prends pas beaucoup plaisir, momentanément.  Les voix étrangères, qui se multiplient en raison du ralentissement évident, me font l’effet d’un vent froid.  J’aimerais, juste là, entendre une intonation qui m’est familière.  Le temps s’étire.  Puis Benjamin, un guerrier de l’équipe, me croise et me salue.  Ça me fait sourire.  Les temps de passage que je m’étais fixés ont été augmentés d’une heure.  Le jour continue de se lever et moi, je trottine vers Cilaos.

CILAOS (Km 65,3)

La région de Cilaos et les abrupts, lesquels commencent à se faire impressionnants, marque les regards par sa végétation luxuriante, par ses villes et villages dissipés, comme des hameaux, au loin, dans le Cirque de Mafate.  Les piétons se retrouvent  aussi sur la montagne, accompagnés d’enfants, de poupons et même de petites chèvres!  Les coureurs circulent comme la lumière du jour, à grands renforts de fluidité.  Certains descendent plus rapidement que d’autres et leur intrépidité me surprend parfois. Le lieu est magnifique; j’y volerais bien, mais j’avoue avoir une certaine réserve quant à ma vivacité d’esprit, en l’occurence, alors je me retiens un tantinet.  Je croise un visage connu, Benjamin, à nouveau, et le simple fait que ses doigts effleurent mon bras me rassure.  J’ai mal, mais mon corps existe toujours.  Alors je continue d’avancer.  Le soleil se fait de plus en plus chaud et me rappelle que j’aime l’été, la chaleur, la lumière.  Des détails qui comptent, dans l’instant.  Des bénévoles sont en position sur le tronçon qui mène au stade, l’un des gros ravitaillements sur le parcours.  L’équipe des Guerriers du Grand Raid est attendue un peu plus loin, le long de la route, sous une tente militaire.  En effet, exceptionnellement, les militaires, assistés de professionnels de la santé, nous accueillent en quatre endroits différents, le long de ces 166km à parcourir.  Cilaos est le deuxième d’entre eux.  C’est, pour moi, le lieu où j’arrive à la conclusion qu’il est impératif que j’envisage ma course autrement.  Je ne me vois pas me tordre de douleur pendant ces 166km.  Encore moins continuer ma progression dans le Cirque de Mafate en passant par le Taibit, puis Marla et risquer l’ascension du Maido dans un état un peu vascillant.  Se présentent alors deux options : songer à abandonner ou ralentir pour avancer un peu plus prudemment.  Alors que j’entre sous la tente et que je me dirige vers mon sac, j’aperçois Jessy.

Jessy habite dans ma région et pourtant, on ne se croise à peu près jamais.  J’ai eu l’opportunité d’échanger un peu avec elle avant la course et je sais qu’elle le vit d’une façon qui lui est propre, harmonieuse.  Je propose, spontanément, un départ partagé.  Chacune se prépare et Benjamin, qui nous a rejointes, décolle avec nous.  Je ne pense plus à me rendre au prochain ravito, mais plutôt à y aller un moment à la fois.  Une nouvelle ascension se tient debout, devant nous, et on y saute, un pas après l’autre. J’ai le rythme de ce nouvel instant qui me tenaille, qui me ramène à la seconde près.  Benjamin file devant, porté par le soleil.  Je sais qu’on ne le recroisera pas et j’ai presque envie de le suivre, mais je me dis qu’il est impératif que j’écoute les signaux de mon corps.  Respirer.  Prendre le temps de me recentrer.  Constater que la présence de Jessy est comme celle du Bouddha, paisible, forte et constante.  Je n’ai ni l’aisance ni l’habitude de partager un trajet de course avec quelqu’un d’autre.  À l’exception du 110km de juin dernier (Québec Méga Trail), où j’ai croisé Sylvain Rioux, marquée, depuis quelques jours à peine, par une commotion cérébrale.  Curieuse coïncidence, dans des circonstances un peu similaires, qui me rappelle que les derniers mois ont été assez particuliers en termes de santé et de conscience, au sens large.

DE MARLA À L’ÉCOLE DE ROCHE-PLATE

Jessy et moi arrivons à Marla avec le sourire aux lèvres, la vessie plus que pleine et un grand besoin de nous ravitailler.  Marla est un havre de couleurs et de ce qui semble être une paix montagneuse, dans le creux de toutes ces montées, de tous ces cols et de ces pics que compte le Cirque de Mafate.  Marla, c’est près de 78km parcourus dans les hauts et dans les bas de la Réunion.  C’est aussi l’un de ces points où l’on se dit qu’il ne sera bientôt plus possible de faire marche arrière : plonger dans la profondeur du Cirque implique d’en ressortir.  Et je ne sais pas encore, à ce moment précis, à quel point il est pertinent d’y penser. Marla, enfin, est aussi le lieu où l’on croise Jean-Nicolas, un autre collègue Guerrier.  Il s’est affaissé, rongé par la douleur et la fatigue.  Émotif, comme il vient de recevoir un message de ses enfants, il nous salue et nous partage sa réflexion quant à la possibilité d’abandonner.  Le vent de la synchronicité souffle un peu fort et c’est porté par lui que Jean-Nic remet ses souliers pour continuer avec nous.  Mes émotions sont partagées.  Je me sens nourrie par le fait de découvrir qu’on peut cheminer ensemble, tous les trois, mais aussi insécure face à ce que cela peut représenter comme défi.  Enfin, le temps passe toujours alors que la forêt continue de se développer devant nous.  La noirceur croît tranquillement, annonce d’une nuit bien particulière.  Dans mon optimiste circonstanciel, je fais une erreur de calcul et le ravito de Grande-Place-les-Bas me semble encore beaucoup trop loin.  J’aimerais pouvoir courir à en perdre haleine.  Mais cette fois, j’apprends à être à l’écoute de celui et de celle avec qui je partage les sentiers aussi.  J’ai peur de me présenter au fil d’arrivée beaucoup trop tard.  J’ai peur de ne pas réussir à garder les yeux ouverts.

C’est, je crois, un espace de lâcher prise de tous les instants.  Ça occupe le mental.  Je ne sens alors plus l’étau qui me serre la tête.  Une deuxième nuit annonce la contagion des petits yeux et des airs fatigués.  On croise, en bordure de sentier, sur le pas des falaises, dans les petits creux, des coureurs qui se sont assoupis sous leur couverture de survie.  L’espace est restreint, mais toute ouverture est valide pour reposer, ne serait-ce que quinze minutes, un corps qui peine à avancer.  Les visages découverts, endormis en deux secondes, m’émerveillent par leur beauté.  Éventuellement, Jessy, Jean-Nic et moi songeons à faire de même.  Derrière une petite halte, quelques corps sont déjà allongés.  On s’installe et je sors, rapidement, la couverture de survie que mon amie Anne m’a prêtée pour l’occasion.  En la dépliant, je me dis que je l’aime, profondément : la couverture est en fait un sac de couchage fermé, qui me permet de m’immerger au complet, à l’abri du froid.  De nous trois, il n’y a que moi qui parviens à dormir.  Vingt minutes passent.  Puis, d’un bond, je plonge à nouveau dans le froid (sortir d’une telle couverture donne la sensation de s’extirper d’un sac de plastique humide et donc, d’être légèrement mouillée).  Nous repartons, lampe frontale active, vers ce qui se présentera comme la montée la plus épique de la course.  Maido, à ton approche, je ne sais plus trop comment je me sens.

LES ÉTOILES ET LE MAIDO

Nos regards s’étendent au loin.  De toutes parts, d’énormes pics s’élèvent.  L’impression d’être aussi grande qu’une fourmi n’est pas exagérée.  Ce serait un euphémisme de dire que nous sommes maîtres ici.  La nature est grandiose, même plongée dans une obscurité assez complète.  Plus on avance, plus les lampes frontales se dessinent au loin.  On en voit des séries à gauche, à droite, qui montent et qui descendent en suivant différentes trajectoires.  Il est assez particulier d’observer celles-ci en pensant qu’on est passés par là et qu’on aura à se rendre à cet autre lieu.  Les lumières se répandent comme une danse dont les ailes s’ouvrent au passage des corps qui l’animent.  C’est majestueux.  Et un peu surréaliste aussi.  Les éclats lumineux semblent porter si haut, si loin que j’ai l’impression qu’il s’agit d’étoiles.  Des étoiles accrochées au Maido.  Jessy et Jean-Nic éclatent de rire; mon imagination est fulgurante.  C’est un bon point.  Les descentes font place à une ascension continue.  Je ne vois que des lampes, toujours, qui avancent et qui avancent.  Chacune des marches, chacun des rochers est palpé et se dessine, comme une surprise, devant nos yeux.  Je me sens vraiment étourdie.  J’ai peine à contrôler ma posture et j’ai l’impression que l’effort demandé pour continuer d’avancer est considérable.  Je respire, mais j’ai le souffle court.  Mon visage est peut-être aussi blanc que la lumière de ma frontale.  Jessy me demande de marcher devant et je lui emboîte le pas, incertaine.  Je ne pense même pas à regarder ma montre.  Le moment est particulier.

Les coureurs, devant et derrière nous, font la file, mais personne ne semble songer à effectuer un dépassement.  On entend les souffles comme s’il s’agissait d’hymnes officiels, cruciaux, dans l’instant.  La paroi est bien étroite et on ne peut observer le vide, mais chacun sait qu’il se trouve tout près, à côté de nos pieds.  C’est, probablement, l’un de ces moments où l’humilité du coureur est répandue et intégrée par tous et toutes.  Il n’y a aucun espace pour l’orgueil.  On inspire et on expire les uns à la suite des autres.  Je vacille.  Comme je semble tendre vers le vide, Jessy m’intime de coller à la paroi.  Encore quelques pas.  Puis, l’école de la commune de Roche-Plate s’annonce. Elle est située à mi-parcours sur le chemin du Maido. Soupir de soulagement généralisé.  Des gens de tous gabarits sont allongés tant sur la brique que dans les marches, sur la terre ou sur les lits de camp. L’espace est rempli de coureurs qui ont chaud et froid à la fois.  On s’active parce que demeurer sur place présente un risque d’hypothermie.  Je ne sais plus quoi manger et je n’ai pas envie de boire, mais je fais un effort.  Quelques biscuits secs, un peu de chocolat noir et une tentative de café, qui se solde, finalement, en gorgée de Coca Cola.  Et c’est reparti pour la deuxième portion de la montée du Maido.

À DEUX PAS DU VIDE

Au coeur de la deuxième nuit, tout semble se dérouler au ralenti.  Il n’y a aucune autre solution que d’avancer encore.  Quelques personnes passent devant, mais elles sont généralement rejointes assez rapidement, car plusieurs prennent un petit temps de pause entre les paliers.  L’inclinaison semble importante.  La rareté de l’air se fait un peu sentir.  Muette, toujours vacillante, j’avance.  Jessy et Jean-Nic aussi.  J’entends ce dernier, qui souffre de fatigue, exprimer son besoin de repos.  Quelques micro-pauses nous aident à continuer.  Je me dis que je n’aurais peut-être pas eu la sagesse de m’arrêter si j’avais été seule à franchir cette section.  Je pense à mes filles.  Je m’en veux un peu d’avoir ralenti.  D’un autre côté, je constate que je ne crains pas la chute.  Je me demande si c’est normal ou si la peur de la mort n’est simplement pas présente.  J’apprendrai, plus tard, que le fait que je tangue, sur le bord de la paroi, était plutôt inquiétant pour Jessy et Jean-Nicolas. Et comme on n’a qu’une vie dans cette vie…

Photo: Nicolas Fréret

LE SOMMET

Notre trio est entouré d’autres coureurs pendant toute la durée de cette deuxième portion d’ascension.  C’est une montée qui continue d’être exigeante pour chacun et on peut entendre, de temps à autre, un « putain » ou « ah, non » en réaction à la distance qu’il nous reste encore à parcourir.  J’ai l’impression que le temps s’étire. Puis, tranquillement, on voit une lumière poindre entre les pics des montagnes.  Alors qu’on atteint le sommet du Maido – 112,9km, les premières lueurs du jour, dégagent leur chaleur et se répandent.  Jessy et moi apercevons Caroline, armée de sa caméra.  Un sanglot pousse dans ma gorge.  L’émotion est forte.  J’ai l’impression de voler avec les premiers rayons de soleil et j’ai envie de courir, sans arrêt, jusqu’à l’arrivée.  Quelques kilomètres plus loin, la tente militaire m’apparaît comme un cocon où l’on est accueillis et pris en charge à la fois avec douceur et efficacité.

Le départ se fait sous une chaleur réconfortante.  Je me sens choyée d’être si bien entourée et pourtant, il me coûte de devoir ralentir.  Jean-Nicolas ressent une fatigue considérable.  Je dois admettre que c’est aussi mon cas- j’ai tendance à entrevoir des objets qui ne se trouvent pas vraiment là où je les observe -mais je ne peux m’empêcher de ressentir le feu, au-dedans.  Jessy et moi prenons un peu d’avance, puis on ralentit.  Les prochaines heures seront peuplées de ces moments alors que Jean-Nic commence à se sentir de plus en plus mal en point.  Son teint change et l’énergie, vraisemblablement, s’éteint.  J’ai peine à me contenir, mais je tiens à soutenir les autres qui, en ce moment, ont besoin de cette présence.  Je trotte et je m’arrête, à répétition.  Les buttes se succèdent.  Quelques sommets aussi, offrant des points de vue variés, une végétation qui se transforme et de petits lieux de prière, plantés ici et là.

Je transporte, depuis St-Pierre, une pensée pour mon ami Dominic et pour son père.  À l’approche d’un petit autel, orné de messages et de fleurs, je prends, dans mon sac, cette pensée.  Je m’approche et je l’y dépose, là, sur l’un des sommets du Cirque de Mafate.  Un sentiment de paix m’envahit. Je respire.  Et je reprends la descente en me sentant vivante; j’ai encore envie de voler.  Puis je ralentis; je m’adapte.  La journée ne fait que commencer et j’ai déjà, au coeur, l’impatience d’arriver à St-Denis.

EN ROUTE VERS L’ISLET SAVANAH

La descente se poursuit lentement, tout comme l’évolution du malaise de Jean-Nicolas.  L’approche de la région de l’Islet Savanah se fait sous une chaleur croissante.  Le paysage se dégage et la région, qui devient de plus en plus habitée alors qu’on avance, offre des paysages un peu désolants.  J’ai l’impression de découvrir un de ces pans de pays qui souffre peut-être davantage de la pauvreté.  Des déchets jonchent le sol et les espaces semblent plus ou moins entretenus.  Les gens, eux, nous sourient, encore, avec enthousiasme.  Ils nous applaudissent et nous encouragent en nous appelant par nos noms, créant une atmosphère de familiarité qui semble propre à la Réunion.  Difficile de ne pas sourire en retour!  En cherchant du regard les mains qui pointent dans la direction du ravitaillement de l’Islet Savanah, je peux voir qu’il est assez urgent qu’on y arrive : Jean-Nic m’inquiète.  Une fois sur les lieux, on tente de trouver un espace plus frais pour lui permettre de se reposer.  Son teint est verdâtre. Tentative d’ingérer nourriture et boisson s’ensuivent.  J’en profite pour m’assoupir pendant quinze minutes, car tout tourne autour de moi.  La chaleur de l’air est presque étouffante.  Le réveil est marqué par un caucus rapide.  Je me demande si nous serons tous les trois capables de tenir sur nos pieds.  On en est au 128ème km et il nous en reste encore quelques-uns à franchir.  La décision de repartir, groupés, est prise.  La priorité : sortir de la ville pour retrouver un peu d’ombre et de fraîcheur avec la végétation.

SINGLE TRAC ENDIABLÉ

Le trajet qui mène au prochain point de contrôle, le Chemin Ratineau, se présente comme un passage secret dans les sous-bois entourant la localité.  Des descentes folles, auxquelles on s’accroche aux lianes des arbres et où la poussière lève, me remplissent de joie.  Je plane et de sautille sans réfléchir.  Je balance en attrapant un tronc qui ploie et qui me permet de continuer sur ma trajectoire.  Ces quelques kilomètres défilent furieusement.  Jessy est devant et Jean-Nicolas suit comme il le peut, à l’arrière.  On arrive, en trombe, au point de contrôle, duquel on repart en prenant la décision d’y aller chacun à notre rythme, pour les deux prochaines sections, tout en s’attendant aux ravitos, histoire de se retrouver.  Du Chemin Ratineau à la Possession, le sentier est dégagé.  Les coureurs se font plus espacés et il est facile de progresser.  À la Possession, j’observe des nids d’oiseau suspendus à l’envers.  Je me dis que le monde est sans dessus dessous.  J’avais planifié et vraiment anticipé cette course, son voyage, mais je n’avais pas prévu ce que j’étais entrain de vivre.  Mes émotions sont partagées, teintées par la fatigue accumulée, je crois.  J’ai une énorme gratitude envers Jessy et Jean-Nicolas et, en même temps, je réalise que je suis déjà entrain de penser à reprendre cette course.  Le temps s’effrite et une nouvelle section est amorcée.  Elle parle d’elle-même, remplie de son histoire.

LE CHEMIN DES ANGLAIS

J’avais eu l’occasion, avant l’événement, d’effectuer une reconnaissance de cette portion du parcours.  Son histoire m’avait remuée.  Le Chemin des Anglais est constitué de trois sections distinctes, chacune comportant de bonnes montées et une descente assez particulière.  Qu’est-ce qui le caractérise?  Il est formé de pierres de toutes tailles, placées de toutes sortes de façons, comme si le temps et le sol les avait amenées à se soulever et à prendre un espace imprévisible, désordonné.  Certaines pointent vers le haut alors que d’autres semblent se tordre en tous sens.  La végétation environnante est verdoyante.  On m’a raconté que des esclaves avaient contribué à construire ce chemin, de peine et de misère.  J’éprouve un certain plaisir à constater que la nature, sauvage, reprend tranquillement le dessus.  Et je m’y élance avec la joie d’un enfant, en dansant d’un rocher à l’autre, sur la pointe des pieds, les bras au vol.  Les passants me regardent d’un air incrédule.  Je souris, concentrée, plongée dans le momentum.  Le temps passe très vite.  Je croise un lézard vert à tête jaune et je lui parle, émerveillée. J’arrive éventuellement à la dernière portion de descente du Chemin des Anglais et j’aperçois, au loin, Jessy.  Je bondis, de pierre en pierre, jusqu’à elle.  Puis je vois son visage, défait.  Elle ne va pas bien.  Déshydratation et nausée sont au menu.  Il nous reste environ deux kilomètres à parcourir avant de rejoindre la tente militaire de Grande Chaloupe.  On en est à 152,4 km.  Lorsqu’on y arrive, Jessy s’étend et tente de reprendre le dessus.  Je mange et je discute un peu avec les militaires, qui s’y trouvent, en attendant Jean-Nic. Alors que je vais aux nouvelles auprès de Jessy, Blaise apparaît.  Sa présence bienveillante fait du bien.  Je me sens rassurée de le croiser, comme si on nous offrait un rayon de soleil supplémentaire, en fin de journée. Peu de temps après, Jean-Nicolas se présente au poste.  Il semble aller mieux alors que Jessy lutte encore.  On repart, frontale au front (je prie pour que ma pile tienne le coup) vers le Colorado.  J’avais, initialement, prévu y arriver au petit matin et on se trouvait maintenant au coin d’une soirée qui s’annonçait un peu longue.

Ajustement. Tout le monde manifeste des signes évidents de fatigue, mais chacun refuse de dormir.  On veut arriver à la Redoute, à St-Denis, aujourd’hui.  La montée vers le Colorado me paraît interminable.  Je croise une longue, longue couleuvre sur laquelle j’évite, de justesse, de marcher.  L’obscurité et le faisceau projeté par la lampe me font découvrir un sol qui me paraît lunaire, blanchi, dénué de végétation.  J’ai l’impression qu’on grimpe en tournant en rond ou qu’on nous fait zigzaguer pour allonger les kilomètres.  Je n’ai aucun autre point de repère que les souliers de Jessy ou ceux de Jean-Nicolas.  La montée est relativement escarpée, ce qui ne nous permet pas d’avancer rapidement.  Elle est entrecoupée de tronçons de route, mais les jambes de chacun ne sont pas habillées de la même fraîcheur, alors on poursuit doucement.  Retour à la nature désertique, jusqu’au point de contrôle du Colorado, au km 161,4.  On dirait qu’on se trouve au milieu de nulle part.  Il vente et il fait noir.  Jessy ne va pas mieux et la nausée semble assez constante.  On entame donc la descente avec parcimonie.  Lee Emmanuel, Marc Antoine et Alex, guerriers de l’équipe, nous rejoignent et passent devant, à un rythme accéléré.  C’est la dernière descente.  Elle est vertigineuse.  À bonne vitesse, on nous avait dit qu’on y mettrait 45 minutes.  Mais elle sera plus longue.  Des arrêts s’imposent, histoire de permettre à Jessy de respirer et de se maintenir, un minimum.  Chaque fois que le convoi s’immobilise, je ferme les yeux et je m’endors, instantanément.  Il me tarde d’arriver.  J’y pense depuis si longtemps que ce moment me paraît complètement abstrait.

ST-DENIS, LA REDOUTE

Les bruits de la ville commencent à se faire plus denses.  On entend des bourdonnements, le bruit des voitures. Les courbes, dans la descente, se font plus larges.  Soudainement, on débouche sur une rue.  Je me sens éberluée, comme si on ne pouvait plus y arriver.  Quelques pas de marche seront suivis du pas de course, initié par Jessy, alors même que je n’osais plus le suggérer.  Elle m’impressionne.  Je voudrais courir à cent mille à l’heure et entrer au stade comme une fusée, mais l’émotion me gagne.  On y est, tous les trois, aux portes de ce moment, celui qui nous mène à la ligne du 166ème km.  J’ai peine à le croire.  D’un périple aux objectifs compétitifs, j’en étais venue à me sentir complètement démunie parce que mon corps refusait de coopérer, me rappelant à la convalescence.  Puis j’avais choisi de partager le chemin avec Jessy, méditative, lequel nous avait conduit à Jean-Nicolas, au bord de l’agonie.  Alors, en ce moment où l’on posait le pied sur le fil d’arrivée, main dans la main, je revois passer tout ce qui m’a habitée au cours des dernières 48 heures.  Blaise est à nos côtés et il enregistre, comme un oiseau gardien, comme un protecteur qui nous voit rentrer au bercail avec contentement.  Tout s’entrechoque.  Je partage une étreinte avec Jessy et Jean-Nic, saisie.  Et alors que j’avance vers ma médaille, j’ai déjà à l’esprit l’idée de recommencer.  Je veux revenir.  Je veux courir encore.  De 160 à 888 km, ici et ailleurs.  En chair en os.  Avec tout ce que je suis devenue et ce que j’ai encore à être.

EN VOL

Je rentre chez moi, ce soir, le coeur gros.

Mes enfants me manquent.

Pourtant, je n’ai pas envie de quitter tout ce que je viens de vivre, au-dehors comme au-dedans. Je sais que quelque chose a été amorcé.  Je le vois dans mes yeux.  Je le sens.  Comme ces étoiles, sur le toit du Maido.

Grand Raid, nous aurons, encore, rendez-vous.

Merci à toute l’équipe des Guerriers du Grand Raid, à la Clinique du Coureur, à Blaise et Mikaël, à Isabelle D. et à Rose, leurs douces et fortes moitiés.  Merci à Jessy et à Jean-Nicolas, à Caroline, à Claudine et à Aurélie, mes colocs, à tous ceux que j’ai croisés, à Izna et Arielle, à Marie-Josée, à Chantale, à Anne, à Dominic (qui m’a encouragée à décrocher et à profiter du moment), à Justin, de la Clinique Ressource Vitale, à tous les amis de la gang de Québec, à Jean-Paul, Josée, Diane, Carmen et Alain ainsi qu’à tous ceux et celles qui m’ont prêté main forte, de près ou de loin. 

Septembre, au passage – As September Went By…

Septembre, au passage

Septembre prend son souffle pour être prêt, car l’automne s’en vient.  Chez nous, il précède l’hiver.  Ses journées sont remplies et elles surprennent, parfois, parce que les visites du soleil se font plus rares et surtout, plus brèves.  Les opportunités pour profiter de sa présence se déploient et elles font du bien, car elles nous rappellent un peu à l’été.  À la chaleur. Je me suis laissée portée par ce mouvement. Et c’est ainsi que l’histoire a commencé…


TOUR DU LAC EN SOLO
J’avais encore en tête le trajet du tour du lac Memphrémagog, dans mon petit coin de pays.  Il s’étend le long des terres, longe les territoires remplis de buttes et de petits monts comme un paysage bucolique, une ode à l’entre-deux, la campagne en ville ou la ville en campagne, pour certains.  Aussi, au début de ce grand septembre, j’ai pris mes vieux souliers et me suis élancée, avec la pluie, accompagnée de courageuses cyclistes, dans les chemins environnants en vue de compléter un parcours de 123 km. 123 km de route asphaltée et de chemins de gravier.  Ma région d’adoption, celle que j’apprends encore à connaître, me surprend toujours. Même lorsque j’anticipe sa faune, sa flore et ses cambrures.  Même sous une pluie diluvienne, elle me paraît magnifique.  Elle respire et moi aussi.  Nous sommes bien entourées. J’ai partagé ce moment avec des gens incroyables.  On m’a d’ailleurs déjà lancé l’invitation, informelle, à recommencer l’an prochain.  Qui sait?  Le vent m’y portera peut-être.


HARRICANA
Puis, une semaine passée, le temps est venu de sauter à pieds joints, en tant que bénévole, dans l’aventure Harricana.  Je n’avais pas eu la chance de me libérer pour m’y rendre, auparavant, alors j’ai saisi l’occasion.  J’avais découvert les paysages saisissants du secteur lors d’une escapade pour accompagner d’excellents coureurs, Matthieu et René, en juillet.  Il aura fallu l’aplomb et la force de persuasion de mon amie Anne pour me convaincre d’y plonger. J’ai retrouvé ces montagnes et ces rochers avec émotion.   Quand on a l’habitude de courir, offrir sa présence à un événement, pour venir en aide, est une belle façon de redonner.  Ça donne l’occasion de vivre l’expérience dans une autre optique.  De voir l’envers du décor.  On investi tellement de temps, de ressources et d’amour dans l’organisation d’un événement qu’il est assez unique de pouvoir y contribuer.  Je me sentais curieuse, mais aussi avide d’encourager ceux qui prenaient part aux différentes épreuves et de faire de bonnes pensées pour chacun, un geste de présence.  La rencontre d’une belle équipe de bénévoles, au ravito de la Marmotte, aura été l’un de mes coups de coeur.  Lorsque j’y suis arrivée, tous dormaient à poing fermé, emmitouflés dans leurs sacs de couchage.  Et j’avais ma place, parmi eux, à l’étage, avant que trois heures du matin ne sonnent, pour que l’on se prépare à accueillir les coureurs.  J’ai été témoin, par la bande, des succès de ce beau groupe de Québec, duquel faisaient entre autres partie Matthieu et René, Guillaume et sa douce, Marjorie, Dominic, Amélie, Jasmin, Anne et les enfants.  Je crois qu’il n’y a pas de magie plus grande que de voir l’émotion, qui est partagée, sur les visages.  De ressentir que, pour chacun et chacune, il s’est passé quelque chose.  Le dimanche, en fin de journée, j’en suis repartie avec une sensation étrange, témoin lointain, mais aussi un peu conquise par les lieux.  Réchauffée par le plaisir d’un café et d’une chocolatine partagés avec les athlètes.

Photo: AdventureMag, RIG

RAID INTERNATIONAL GASPÉSIE
La deuxième semaine de septembre était arrivée comme un paquebot enflammé, à grands renforts de signaux gaspésiens.  J’avais vingt-quatre heures pour refaire ma valise, rassembler le nécessaire en vue de passer beaucoup de temps dehors, sur la route, sur la montagne, dans les bois et dans l’eau. Vingt-quatre heures pour serrer mes enfants dans mes bras et oser partir, le coeur rempli d’espoir, vers le Raid International de Gaspésie. Espaces sauvages et cartographie étaient au menu.  Mardi matin, alors que le soleil venait de se lever, mon équipier était passer me prendre.  L’auto remplie de nos projets, nous nous sommes rendus à Carleton-sur-Mer, où l’ensemble de l’équipe d’Endurance Aventure, l’organisation, était basée. Dans mon coeur, j’avais l’impression de rentrer à la maison. Je ne sais pas si j’ai trouvé, à ce jour, les mots pour bien exprimer ce qui m’a habité pendant cette semaine-là, mais je l’espère.  Sans exagérer, je crois que chacune des minutes où j’ai pris part à l’aventure du Raid, entourée de mes collègues, aura été marquante, non seulement parce que tout semblait unique, mais parce que je m’y suis retrouvée, complètement.  J’ai pris soin de savourer ces instants, dans un milieu de travail qui me correspondait, avec toute la richesse et les apprentissages qu’il pouvait m’apporter.  Pouvoir donner de sa personne et oeuvrer à même un lieu, aussi sauvage soit-il, avec tout le plaisir du monde, est un cadeau immense.  C’est d’ailleurs l’un des grands moments de cette année, au même titre que certaines expériences en course ou ces moments ultras spéciaux avec mes enfants.  Là, les deux pieds dans l’eau et dans la boue, absorbée par les bruits de la nature, séduite par la beauté et la rusticité du moment, je me sentais bien.  J’avais envie d’être dehors.  Encore et encore.  Même la fenêtre de ma chambre, celle dont ma colocataire, Julie, m’avait fait don, projetais un paysage immensément beau.  J’avais soif d’aventure.  Je me sentais à ma place.  Même en pleine noirceur, seule en forêt, alors que les seuls bruissements perceptibles semblaient être ceux de mon walkie-talkie, me rappelant que d’autres travaillaient encore, eux-aussi à l’écoute.  J’en suis revenue remplie du ressac du fleuve, des sourires des athlètes participants, des rires de mes collègues, du son des éoliennes, au sommet, du silence dans les bois, comme dans la chapelle de l’Oratoire du Mont Saint-Joseph, du courage de chacun, du plaisir relié à tous ces moments et bien encore.

Photo: triamax.com, RIG

AU FOND
Point tournant dans la vision de la routine, chose que j’ai toujours trouvée difficile.  Je crois qu’une partie de moi a vraiment tenté de créer un cadre plus neutre avec la venue des enfants, avec le rôle de maman monoparentale à temps plein et autres considérations.  Au retour de la Gaspésie et en fonction de tout le chemin parcouru dans la dernière année, je me suis sentie comme si toute cette enveloppe avait définitivement éclaté. Comme si je m’étais enfin donné le droit de retrouver le sourire au quotidien, en travaillant, en étant là où j’avais à être, plus concrètement.  Je suis une femme de terrain, une aventurière.  Une maman, une coureuse, une crayonneuse d’images et une jongleuse avec les mots aussi, bien entendu, mais j’avais besoin de faire la paix avec certains aspects de moi-même ou plutôt, de leur redonner l’espace qu’ils réclamaient depuis longtemps.  J’ai eu peur, tellement peur depuis quinze ans, de ne pas être présente pour mes filles en choisissant d’être, entièrement.  C’était peut-être partiellement justifié.  Mais, ce que je sais, c’est que nos rapports, au quotidien, bénéficient d’une qualité et d’une simplicité remarquables quand je me donne ce droit, d’être toute juste ce que je suis et de laisser chacun(e) être, à sa façon.  Nous ne sommes pas parfaits, nous, les parents.  Mais nous sommes tellement plus complets en ces circonstances!  Le monde est magnifique, même avec ses bobos, avec les nôtres aussi.  Collaborer, plonger, aimer et s’envoler, tout à la fois.  Le temps passe vite.  Mon Izna et mon Arielle, accompagnées par Marie-Josée, me le rappellent de plus en plus.  Je vous ai remerciées, souvent, souvent, pour m’avoir permis d’y être et j’y pense encore, de tout coeur.

       

LE RELAIS MEMPHRÉMAGOG
Septembre filait et la troisième semaine avançait.  En Estrie, on se préparait pour la course à relais autour du Lac Memphrémagog, le Relais de la Fondation Christian Vachon. C’est , chaque fois, l’occasion de partager une journée de course en équipe pour une précieuse cause, celle des enfants en besoin. Comme chaque année, nous étions deux cent équipes à prendre le départ à heures variables, histoire d’assurer une certaine fluidité sur le parcours, celui-là même que j’avais sillonné au début du mois.   123 km toujours uniques, où nous étions reliés par ce fil d’entraide, sourires aux lèvres du petit matin au soir…ou enfin, la plupart du temps.  Certaines portions corsées du parcours, alliées à une chaleur extrême, ont demandé aux coureurs un effort considérables.  Certains ont franchi la ligne d’arrivée avec les derniers rayons du soleil alors que d’autres sont arrivés au flambeau. Dans tous les cas, c’est un trajet qui représente beaucoup.  Par ce qu’il véhicule, ce à quoi il contribue et les raisons pour lesquelles tous choisissent d’y participer.  Une course, qu’elle soit associée à une cause ou pas, représente toujours un défi.  Et il est fascinant de voir tous ces gens, de gabarits, d’expériences et de milieux différents, s’unir dans le cadre de ce genre d’événement.  De relever un défi pour lequel on peut se sentir plus ou moins prêt ou préparé, parce que ça nous interpelle.  C’est une démarche très rationnelle et, en même temps, émotive.  Je me suis sentie choyée de pouvoir en faire partie encore cette année.  Entourée de Marianne, Micheline, Louis-Philippe, Samuel et Emmanuel, j’ai vu les points de contrôle défiler avec la joie des équipes en mouvement.  J’ai terminé cette troisième semaine en bouclant une période d’entraînement assez soutenue, nourrie par le projet de course qui gagnait du terrain: la Diagonale des Fous.  J’avais mal au ventre…et un peu aux cuisses aussi!

LA DIAGONALE
Septembre s’en est allé et octobre est arrivé avec son rideau de pluie.  Trois journées de migraine et de problèmes intestinaux m’ont visitée pour me rappeler, peut-être, que le moment le plus important est celui que l’on vit alors qu’il se présente.  Pas demain, pas dans trois semaines et pas en fonction de ce que je n’ai pas encore réussi à résoudre.  Le temps de prendre l’avion et de me fondre dans les montagnes, les cirques de la Réunion, l’unicité de cette expérience approchent.  J’ai réalisé que j’allais partir plus longtemps qu’à l’habitude.  Que je m’apprêtais à vivre une chose pour laquelle je m’étais préparée, mais dont je ne pouvais pas anticiper les surprises, les imprévus.  Comme dans la vie.  Comme dans l’aventure.  Au-delà de la migraine, je me suis sentie envahie par la sensation du plongeon, celui qui implique qu’on ne peut pas revenir en arrière.  C’est un go.  Complet et vibrant.  Il ne s’agit que de 165km de course et pourtant, j’ai l’impression qu’une carte beaucoup plus vaste, beaucoup plus large est entrain de se dessiner.  Peut-être que j’aurai envie de pondre un roman ou une toile.  Peut-être que j’en aurai assez.  Peut-être que je me sentirai remplie de cette autre forme de nature.  Peut-être que le désir de repartir à l’aventure se fera encore plus pressant.  Un moment à la fois, avec les conseils de Chantale, la migraine s’est estompée.  Je l’ai laissée s’évaporer en forêt, sur le petit toit du monde du Mont Chauve, un instant vêtu de soleil. Ouf!

Octobre s’est découvert et je cligne des yeux devant mon écran.  Le sommeil me gagne.  Mes enfants respirent doucement et je peux les entendre, dans l’écho que répand le toit cathédrale, accompagné de la musique pianotée par un Iphone encore en service.  Je me suis assoupie deux fois déjà.  Portée par l’excitation comme par l’incertitude, je compose cette phrase.  Et doucement, je me dis qu’il est temps d’y aller.  Une nouvelle journée attend, cachée derrière les nuages.  Octobre, fais-nous rêver éveillées.

À tout de suite,

Isabelle

As September Went By…

English version will follow

 

Récidiver autour du Lac Memphrémagog – Recidivism around the Lake

LA VEILLE

Dimanche, 21 :30.  Allongée sous ma couette, j’entends la pluie qui commence à tambouriner, tout près, dehors. Mon chat ronronne, la tête sur l’oreiller qui avoisine le mien.   Mes filles ont déserté la maison pour vingt-quatre heures, histoire de se réveiller un peu plus tard que moi.  Un calme impromptu s’installe et je me demande si j’ai vraiment envie de faire ça. Le temps s’annonçait automnal et on prévoyait un déluge.  Éventuellement, l’endormissement me gagne et la nuit disparaît…jusquà ce que la pluie me réveille, vers trois heures du matin.

J’ai pris mon élan avec la bénédiction des sages.  Alors que le jour dormait encore, à quatre heures cinquante am, je leur avais affirmé qu’il ferait soleil vers dix-neuf heures, pour la dernière section de route qu’il me resterait à parcourir. Cinq heures approchaient, en plein Magog, et j’avais le calme au coeur.   Et, dans la tête, cent vingt-trois kilomètres à parcourir au pas de course. Apparus dans le stationnement de l’école, Noémie, Michel et Jocelyne souriaient, eux aussi.  Leur passage s’affichait comme le coup d’envoi de cette journée.  Ce matin-là, je devenais récidiviste : j’entreprenais, pour une seconde fois, en solo, le Tour du Lac Memphrémagog et de ses valons… de ses nombreux, ses renommés valons…

LE DÉPART

Le départ est donné sans attente.  L’été avait été long.  La guérison aussi.  Au fil des derniers jours, plusieurs collègues et amis se sont proposés en vue de m’accompagner, le temps d’une ou de quelques sections.  La météo penche dans la balance (mais pas dans ma tête). Plusieurs ont maintenu l’idée de s’alterner, bien habillés, prêts à aller de l’avant, vent devant.  Je m’étais lancée à nouveau dans ce projet en me disant qu’il ne me fallait que le matériel nécessaire pour progresser au cours de la journée et, au besoin, quelques dollars en poche.  L’arrivée d’accompagnateurs – “pacers”- s’était présentée comme la cerise sur le sundae.  Je n’ai jamais trop aimé faire l’étalage de ce que j’envisage et de ce que je prépare, mais le fait de me sentir, encore une fois, aussi bien entourée, me fait réaliser à quel point il est précieux et important aussi de communiquer avec les autres.  De partager ce que l’on vit.  De s’exprimer, simplement et franchement.  De demander.  Chacun des kilomètres franchis me rappelle à la gratitude que je ressens face à la personne qui roule à mes côtés.  L’an dernier, je fermais une boucle, un chemin.  Cette année, j’ouvre et je nettoie, avec la pluie.  Il y a, quelque part en moi, une sensation de joie.  Quelque chose de différent.

LES VALLONS

La route monte et descend, puis elle remonte et redescend.  Les sections où le sol se fait plat sont plutôt rares.  À chacun des points de contrôle, un message est envoyé pour annoncer aux autres la progression le long de ce trajet.  Le douanier, au premier poste frontalier, semble assez préoccupé par le fait que je sois entrain de courir sous la pluie.  Il ne comprend pas.  Alors on s’explique: les causes que l’on soutient, le Relais pour la Fondation (Christian Vachon), l’organisme Je Vis (prévention du suicide) et  la préparation pour la Diagonale des Fous (Grand Raid de la Réunion).  Est-ce qu’on recueille des fonds?  Oui, mais pas là, “on the spot”.  Le passage se fait assez rapidement, donc, et je repars avec Mariane, une inestimable cycliste au grand coeur.  Plusieurs pensent et se disent que les coureurs en sentier ne parcourent pas les routes.  Chez nous, routes et sentiers font leurs sillons les uns à côté des autres. Certaines routes ont d’ailleurs l’aspect de larges pistes sur lesquelles on peut aisément se retrouver face à face avec un chevreuil, un orignal, des marmottes ou des dindons sauvages. Alors, autant que la course est un entraînement, c’est aussi une période de méditation, un moment de présence, une façon de porter un message ou une cause.  Enfin, il s’agit de bien d’autres choses encore et comme je me plais à le dire, il y a toujours une bonne raison pour courir.  Aussi, coureurs de sentiers et coureurs de route entremêlent leurs pedigrees assez régulièrement dans le coin.  Aujourd’hui, on ajoute à la liste les limaces.  Elles se glissent, par centaines, sur l’accotement, rendant parfois ma démarche assez périlleuse, car je refuse de les écraser.  La pluie se fait dense, puis se disperse avec le vent.  Je navigue dans une zone qui me demande d’être présente à mon corps.  Les montées se poursuivent.

QUAND ÇA CREUSE

…Et on redescend.  Certains endroits avivent ma mémoire plus que d’autres et je prends le pouls de ce nouveau moment en mâchouillant mes petits saucissons. Le Vermont est un lieu où l’on a l’impression que le temps passe rapidement, même sous la pluie.  J’ai une pensée pour tous ces gens qui se présentent, ici et là, sur le parcours et qui sourient malgré la grisaille.  Leur présence me fait l’effet d’un incroyable cadeau.  Le sentiment de faire partie de quelque chose de bien plus grand que moi revient en boucle.  Au-delà du défi sportif, les pensées se bousculent et une joie éclate, comme un sac de grains de pop corn, à répétition. Une petite douleur apparaît au-dessus de ma cheville.  Ça tiraille, mais je gère.  J’y accorde beaucoup d’attention et je ralentis, histoire de lui offrir un peu de latitude.  Courir sans dossard est une aventure qui offre un air particulier et qui permet peut-être un peu d’être à l’écoute et présent autrement.  Gestion du temps, autonomie, anticipation et imprévus nous appartiennent.  C’est un espace que j’apprécie.  Il comporte son lot de risques, mais aussi de belles surprises. Rapidement, le territoire canadien s’annonce le long du sentier. L’entrée au Canada se fait par la douane de Bee Bee, un petit patelin aux rues en bosses.  C’est toujours excitant même si, dans les faits, nous ne sommes pas allées bien loin. Cette fois, les véhiculent attendent à la queue-leu-leu en vue de franchir le poste frontalier.  Les douaniers sont efficaces.  Le temps avance et, tranquillement, on se rapproche de la barrière.  Le passage s’effectue éventuellement et je peux rejoindre Carmen, Alain et Sylvie, qui m’attendent avec le sac de ravitaillement que je leur avais confié.  Massage rapide, vêtements secs et c’est un départ pour reprendre le chemin avec la pluie, les électrolytes et le sourire.  Tout y est.  Les jambes et le coeur suivent.  Mon accompagnatrice à vélo semble s’être évanouie.  Puis, comme une surprise, les couleurs de son manteau se dessinent alors que je me retourne, quelques kilomètres plus loin; Sylvie me suit, aussi discrète qu’une souris.

FITCH BAY ET LA SORCIÈRE

La maison de la sorcière, dans le coin de Fitch Bay, m’apparaît comme un point de repère qui titille le mental. Pas pour cette immense girouette noire, qui trône sur son balai, mais plutôt parce que j’anticipe, depuis un mois, la côte qui suit, lors de la prochaine section.  Elle n’a pourtant rien d’exceptionnel et ne se présente pas comme la montée la plus salée de la journée, mais elle trotte dans mes pensées.  Elle menace la petite douleur qui s’élance, ponctuellement.  Mon ancrage, à ce moment, se présente comme la vision de mes deux grandes filles, qui, pour une première, seront postées à deux point deux kilomètres de l’arrivée.  Elles seront accompagnée d’une amie et de leur mère.  Je pense à elles et je me dis que j’ai besoin de me rendre à ce point, au moulin, à Magog.  J’ai envie de les voir, de mettre mes lunettes de soleil parce qu’il se pointera au travers des nuages et qu’il éteindra la pluie.  C’est certain.  Hors de tout doute.  Un creux se fait ressentir et après un court arrêt, je repars, cette fois, entourée de Julie-Gil, de Daniel et de Carmen, à vélo.  Le sucre devient mon allié.  Pâte de goyave et miel se substituent aux saucissons.  Les pensées qui défilent me rappellent à quel point j’aime mes enfants, mes amis, mes collègues et mes jambes.  On est là, tous trempés (les vêtements secs auront eu une vertu éphémère), le coeur rempli de cette passion pour le mouvement, pour la course, pour le défi et pour toutes les causes qui nous tiennent au ventre.  À l’approche de la côte redoutée, je me sens vannée.  Ce sera la seule pente pendant laquelle je me permettrai de marcher pendant une ou deux minutes. Juste pour lui donner raison.  Juste parce que j’ai eu peur, avant même de l’avoir entamée.  Juste un peu, enfin, parce que je crois que j’ai ressenti l’urgence d’écouter mon besoin de douceur.  C’est un moment salutaire.  Cracher un saucisson pour manger une bouchée de miel durcit, encore, avec une touche de caféine.  La fin de journée approche.

LE RETOUR DES SAGES

On arrive, avec la lumière du jour, au poste de pompier, prochain point de contrôle (officieux, en l’occurence).  Michel et Jocelyne, mes sages et anges de quatre heures cinquante am, sont de retour, après une excursion à Rigaud, apportant avec eux le soleil de l’aurore.  C’est un moment particulier.  Un endroit, aussi, où tout semble devenir un peu festif, comme l’idée de l’approche de la fin du parcours. Chacun des moments d’une course est important, bien entendu et celui-là n’y fait pas exception.  L’an dernier, ce moment marquait le passage à la frontale et aux vestes phosphorescentes.  Aujourd’hui, la lumière, qui fait fondre les nuages, a gagné. Pour ce qui est de la veste, elle m’a tenu compagnie, toute la journée, compte tenu de la visibilité réduite en temps de déluge.  Mes pieds touchent le sol un peu moins légèrement et je sens bien que mes chaussures, elles, ont beaucoup voyagé.  Je me promets que cette sortie sera leur dernière; leur usure me préoccupe…une chaussure est aussi précieuse qu’un trésor.  Je peux comprendre, alors que mes pieds martèlent le sol, que le choix de leur offrir cette balade n’était peut-être pas le meilleur (j’en souffrirai quelque peu les jours suivants, alors que mon pied droit aura la grosseur d’une papaye)!  Enfin, l’expérience m’apprend, encore une fois.  Mon sourire avance tout de même avec ceux et celles qui sont venus m’accompagner pour la durée des deux dernières sections.  Je lève constamment les yeux au ciel, heureuse de sentir la chaleur et de percevoir les jaunes projetés par le soleil.  Une bénédiction en or.  Puis, très vite, on arrive au Moulin.

ENFANTS = ÉMOTION À L’HORIZON

Le Moulin, c’est l’endroit où toutes les équipes, lors du Relais Memphrémagog, se regroupent afin de compléter les derniers deux point deux kilomètres.  Tous sont bienvenus et les pas s’ajustent aux membres de chacun des groupes.  Alors qu’on y arrive, je savoure le fait que l’organisation de cette journée, sa préparation et la façon d’établir les points de rencontre aient été concrétisés avec simplicité. L’équipe est restreinte et pourtant, elle me semble tellement bien fournie.  Le stationnement désigné pour s’élancer vers les derniers kilomètres se dessine.  L’obscurité est encore absente.  Je peux entendre, tout près, des sifflements et des voix qui me sont familiers Puis des visages se joignent aux voix.  J’entrevois quelques amis, des élèves, des passants.  Le visage de chacune de mes filles m’apparaît enfin et je réalise à quel point elles ont grandi.  Je rêve, depuis déjà quelques années, d’avoir l’opportunité de compléter un trajet avec elles. Quand un rêve prend forme, j’ai souvent (ou presque toujours) l’impression de vivre un moment un peu surréaliste.  La gratitude se fait sentir, dans ma gorge, comme une marée.  Mes yeux s’embuent.  Les enfants, eux, semblent être heureux de pouvoir courir devant.  La joie m’apparaît comme un fil qui relie tous les hier à aujourd’hui.  C’est peut-être ça aussi, le moment présent.

L’école secondaire de la Ruche est maintenant à portée de vue.  J’atteins les cent vingt-trois kilomètres qui bouclent le trajet. Cent-vingt trois kilomètres pendant lesquels j’aurai été accompagnée par des collègues, des amis, par des coureurs et des coureuses côtoyés en forêt.  Cent vingt-trois kilomètres que j’aurai complétés entourée de mes enfants, de leurs amis et de sourires excités.  Cette année aura été bien différente.  Récidiver, dans ce cas, ne signifie pas revivre la même expérience, mais bien retracer le parcours autrement.  Ça fait partie de l’aventure.  Et de l’émotion.  C’est ce qui m’interpelle, toujours.  Droit devant.

Un “gigantissime” merci à Noémie, à Michel et Jocelyne, à Normand, à Roxanne, à Marianne, à Sylvie, à Carmen et Alain, Julie-Gil et Daniel, à Isabelle M., à mes deux filles, Izna et Arielle ainsi qu’à leurs amis, Jade, Charles, à Joanne M. et les petits,  à Marie-Josée, à Monique et les Rémis.  Merci à Chantale pour son soutien et son aide constante, merci à Justin pour son travails exceptionnel et à Maya pour l’accompagnement hors pair en soins!  Merci à tous et à toutes.  

#La Cliniqueducoureur

#Guerriers du Grand Raid

#Je Vis

#Fondation Christian Vachon

Recidivism around the Lake

(English version will soon follow)

Rouler un peu vers le Nord – Transvallée (X) 2019 – A little drive to the North

Rouler un peu vers le Nord

Trans Vallée (X) – 2019

Rouler un peu vers le Nord, c’est faire le choix de se rendre jusqu’à Portneuf, dans la Vallée du Bras-du-Nord pour y redécouvrir des sentiers qui ont une allure sauvage.  De ces sentiers qui me parlent et qui me rappellent que nous ne sommes pas maître de nos terrains, mais bien que ceux-ci nous ouvrent leurs pistes pour que nous les empruntions, ici et là.  Il y a toujours des voies plus dégagées que d’autres, mais ce qui nous sourit, je crois, demeure ce lieu où l’on ne trouve pas nécessairement une marque, une ligne ou une évidence de fréquentation.  Je me délecte encore de ces passages et de ces paysages surprenants, parce qu’il arrive qu’on ne s’y attend pas, même lorsqu’un vague souvenir nous envahi. La surprise, comme un feu qui crépite, ça fait du bien.

Rouler un peu encore pour trouver ce que, peut-être, j’avais perdu dans les derniers mois.  Prendre à bras-le-corps toute cette énergie qui cherche à trouver son utilité alors que le temps file.  J’ai fait le choix d’atterrir au coeur de cette forêt pour deux ou trois jours.  De voir ce qui pouvait se passer si je remettais un peu d’ordre dans mes pensées et dans mon corps.  Un classique, que ce Trans Vallée.  Une excursion permettant d’avoir l’impression qu’on sort d’une piscine des heures durant, alors que les tracés filent et que les gens défilent.  Il s’en passe, des heures, dans la Vallée, autour de l’accueil Cantin, du camping Etsanha et de l’incroyable parcours destiné aux vélos de montagne.  Une nature à la beauté toute crue, vaste et où le regard peut, ponctuellement, se porter au loin.  Pourtant, le temps semble passer vite, presque trop vite.

D’un vendredi soir allumé à la frontale, rempli de perles de lumières qui trouvent leur cadence à un samedi, puis un dimanche endiablés, les souvenirs s’accumulent.  Prendre le départ de chacune de ces courses porte son lot d’intensité.  Les distances varient entre dix et trente-huit kilomètres, ce qui, de nos jours, semble bien accessible, mais elles offrent aussi à ceux et à celles qui s’initient comme aux habitués de belles opportunités de pousser, de se dépasser et de se découvrir, peut-être, une passion pour la chose. On y trouve son compte.  C’est d’ailleurs ce que j’ai vécu.  Ayant d’abord quitté Orford, j’ai mis ma tente, mes souliers, mon sac et mes provisions dans la voiture d’une amie, au détour de Trois-Rivières.  Je me suis campée à St-Raymond (de Portneuf) sans autre attente que de me poser un peu.  J’ai collé ma lampe à mon front et me suis élancée au premier départ, celui du soir, en me demandant si j’avais fait le bon choix.  Puis, les yeux accrochés aux racines et aux jambes qui passaient, je me suis prise au jeu…après avoir mordu la terre, dans un moment d’inattention.  Poussière autour des yeux, j’ai filé aux trousses des kilomètres qui me rapprochaient de la plage, point de retour et de rassemblement.  La ligne d’arrivée était remplie de nuit.  C’était magnifique. Trouver la simplicité dans un instant, un petit cadeau d’avant-dodo.  Le cours d’eau, intitulé ”douche” pour la fin de semaine, souriait aussi à ceux et à celles qui osaient s’en approcher.  J’admets avoir tout de même fait chauffer un peu d’eau, vers vingt-deux heures, histoire de sentir la chaleur autrement.

Prise deux ou nouveau départ, logé dans le creux du samedi matin.  À neuf heures, nous étions nombreux à embarquer à bord des véhicules mécanisés qui nous conduisaient quelque part.  Pas de ligne, cette fois, mais des cônes qui indiquaient le couloir pour nous rendre à la première montée.  J’en avais une mémoire et j’avais envie de la redécouvrir.  De l’inspirer et de l’expirer.  Comme toutes celles qui suivraient.  Single track, single track, single track:  de quoi faire saliver tous les passionnés de la course en sentier. Je buvais le rythme avec ces pas qui me permettaient de danser dans la mousse, entre les courbes, au-delà des branches et en travers des cours d’eau.  Parfois suivie par d’autres paires de pieds, mais plus longuement seule dans la grandeur sauvage, j’ai écouté.  Là encore, le temps semblait passer vite, presque trop vite.  De magnifiques points de vue.  Un ou deux embranchements délicats et beaucoup, beaucoup de végétation verdoyante, épineuse ou feuillue.  Trente huit kilomètres passés pour mener au lit de la rivière, celui dont j’avais rêvé pendant ces quelques heures, assez humides d’ailleurs!  Les jambes plantées dans l’eau, je me suis fait l’impression d’y tenir, comme un flamant rose, à la différence que j’oscillais d’une patte à l’autre…jusqu’à ce que j’ose m’y plonger au complet.  Le constat: la douche, en cet après-midi-là, s’était révélée beaucoup plus froide que je ne l’avais imaginée, mais ça faisait vraiment du bien.  J’ai demandé à un petit kayakiste s’il accepterait de me faire “un lift” jusqu’au rivage, cependant, son embarcation étant plus petite que moi-même, nous nous sommes contentés de rire.  Et je suis repartie, ragaillardie, le sourire aux lèvres, le coeur plus léger qu’à mon arrivée, le jour précédent.  Après avoir partagé un repas avec une troupe de coureurs de mon patelin, tous férus de l’aventure, je me suis laissée gagnée par le sommeil, au son de la pluie tambourinant sur les parois de ma tente.  J’avais promis aux enfants de valider l’imperméabilité de cette dernière.  La nuit en faisait foi. Une chance!

Mon cadran s’était permis de sonner au petit matin.  L’appel de la préparation et des petits besoins d’avant course était une priorité alors même que j’avais réalisé que mes sandales baignaient dans l’eau…à l’extérieur de la tente.  Les squish, squish avançaient discrètement, avec les minutes, vers mes vêtements, vers mes chaussures, la bouteille d’eau, la cafetière, le réchaud.  À six heure quarante-cinq, j’avais enfilé ma veste d’hydratation et je marchais en direction de la route sablonneuse qui menait à la navette.  J’avais hâte de découvrir une nouvelle portion de sentier.  De pouvoir descendre ces lignes tortueuses, celles-là même qui, règle générale, se trouvaient exclusivement consacrées aux vélos de montagnes (et à leurs conducteurs/trices).  Au débarquement de la navette, nous avions près de dix minutes pour nous retrouver près de l’entrée du sentier.  Les mots de Simon allaient souffler le départ, avec nos sourires, plus ou moins crispés selon les visages auxquels ils s’accrochaient.  Il y avait peut-être aussi un peu d’appréhension dans l’air.  J’ai senti la venue de mon habituel round d’anxiété.  Cette fois, par contre, il se passait quelque chose de différent: je n’avais encore aucune envie de m’éclater et je souhaitais, surtout, pouvoir être à l’écoute des sensations qui me parcouraient, des réactions que pouvait avoir mon corps.  L’attention se déplaçait tranquillement; focus.  La respiration se faisait courte? Focus.  Les émotions s’entremêlaient? Focus.  Tout semblait se délier comme les pétales d’une fleur qui s’ouvre.  Les ponceaux se succédaient.  Les pentes se présentaient avec un dénivelé positif ou négatif, suivies de marres boueuses, puis de rochers tatoués par la verdure.  Le long du parcours, les coureurs se multipliaient car nous croisions ceux et celles qui avaient pris le départ du vingt-et-un kilomètres, une heure trente après le nôtre. Partage d’encouragements, de câlins,  de tapes sur l’épaule à mes collègues, rencontrés ici et là.  J’avais l’impression que tout se passait encore plus rapidement et c’est avec surprise que je me suis retrouvée, dévalant la pente qui menait à l’arrivée, aux côtés du valeureux Michel, alors tout près du but, puis d’une dame à qui je me suis adressée à grands renforts de poussées et de ”allez, on arrive”!  Poussée à deux = beau sprint + arrivée en force.  De l’or en barre.

En ce dimanche, après avoir salué la rivière et savouré les moments d’émotions partagés avec les amis, j’ai plié bagages.  Un instant, j’ai cru que la voiture refusait de quitter les lieux, mais un couple nous a sauvées, elle et moi.  En fait, moi surtout, car je ne savais pas que la voiture, qu’on m’avait prêtée, ne démarrait qu’avec un coup de pédale.   Il ne s’agissait pas d’un faux départ, mais bien d’un départ où la solitude m’avait faussé compagnie.  Curieusement, je me sentais rassemblée. Il s’était encore passé quelque chose.  Alors, en fin de journée, post Trans Vallée, nous allions finalement rouler comme j’avais couru: à bras ouverts.  Parce que c’est au rythme de la nature qu’on finit toujours par fleurir.  Par guérir aussi.  C’est inévitable.

 

Merci à Anne, pour la voiture, pour les rires, pour toutes les conversations délirantes et sérieuses aussi.  Merci à Annie, à Josée et Sophie, Carmen et Alain, Michel et Jocelyne, François et sa famille, à Bernice ainsi que tous ceux et celles qui étaient dans les parages, qui ont marché, couru et profité de ce formidable weekend. 

Merci à Marie-Michelle Gagnon, à Jean et Marie-Josée, à Simon, à la voix au micro, à tous les bénévoles, aux physios et aux partenaires.  Nous sommes choyés.

Merci à Monique et à 1,2,3 Santé pour les Rémis, ces craquelins savoureux!

Bravo à tous les coureurs et coureuses ayant relevé le défi.  À ceux de chez nous et de partout.  Je vous admire!

 

À tout de suite,

Isabelle

3e Femme, Transvallée X

Crédit photo: Bernice Payeur Poitras

A little drive to the North

English version will follow

Être assez ou quand tu te sens “poche” – “Am I enough”?…

Être assez ou quand tu te sens “poche” – “Am I enough”?…

(English Version below)

Le soleil plombe.  Les branches forment un toit qui semble s’effeuiller juste assez pour que la lumière s’infiltre un peu, histoire d’éclairer les racines.  Les pieds chaussés, martelant le sol, se font entendre de façon diffuse, comme si la cadence se trouvait amortie par la terre et par son coussin.  Rapide. Plus lente.  Reprise.  Souffle.  Je ferme le groupe, à l’arrière.  Les intervalles se succèdent.  Et puis, d’une seule traite, tu m’exprimes combien tu t’estimes “poche”.

À la queue leu leu, on court, ensemble, dans les sentiers.  C’est ce que les membres du Club font, dans le coin, tous les jeudis soirs.  Les mardis et samedis également, mais peut-être ne t’y trouves-tu pas avec nous.  J’entends encore ton souffle et celui des gens qui nous entourent.  II fait chaud.  Chaque pas est un rappel de cet effort que tu fais pour avancer.  De ce que tu te dis, peut-être, en posant le pied au sol.  Tu es là, aujourd’hui. Tu prends le temps de sortir de chez toi, après avoir enfilé ta tenue de course, pour  te dépenser un peu (ou beaucoup), peut-être atteindre un objectif que tu t’es fixé, socialiser et j’en passe.  Il y a toujours une bonne raison pour venir courir.  Tous ceux qui s’élancent y font face.  Il faut essayer…plus d’une fois, peut-être, pour s’en rendre compte, mais ça allume quelque chose.  En-dedans.

J’ai entendu ton message et je t’ai observé.  J’ai pu ressentir ce mélange de sentiments qui, je l’imagine, te donnent l’impression d’avoir le corps lourd.  De douter de ta capacité d’y arriver.  Ce soir, tu te retrouves plongé dans ces doutes, dans les hésitations et peut-être dans la douleur aussi.  Tantôt il t’arrive de perdre pied, tantôt d’avoir l’impression que ça tire beaucoup trop.  Le “ouch” que tes muscles et tes nerfs redirigent dans les chemins de tes membres te coûtent cher.

Ce soir, c’est toi.  Il arrive qu’on passe par là.  Ça me touche.  Entre autres parce que ce sujet m’est familier.  Des boucles se créent, dans la pensée, pour donner l’illusion d’une solution qui n’a peut-être pas toujours besoin d’exister.  Ce soir, je sens bien qu’une partie de toi souffre.  Que tu as mal.  Même si on est tous ensemble.  Même si on court dans les sentiers qui nous éclairent, minute après minute.  J’ai surtout envie de te dire que ce que tu vis mérite d’être reconnu.  Il n’y a rien de stupide, de lâche ou d’insignifiant dans le fait de partager ce qui te tracasse.

Tu as le souffle court.   Soit.  Je prendrai le temps de respirer à côté de toi.  Ta blessure te semble prendre trop de place?  Alors on l’accueillera dans notre groupe pour qu’elle fasse son chemin pendant qu’on dévore les sentiers.  Elle finira par s’ennuyer.  Et, d’elle-même, elle prendra moins de place.  Pas parce qu’on le lui aura interdit, mais parce que c’est son chemin.  À elle.  Même si c’est une seconde à la fois, ça compte.  J’ai envie de te dire qu’on est tous un peu marqués par notre histoire.  L’aspect de ce “tatouage” dépend de ce que l’on choisit d’en faire.  Enfin, c’est ce que je crois, parce que tout peut tourner et se retourner, ponctuellement.  Tournebouler, comme le dit mon amie.

 

À titre d’exemple:

Mes pensées

1- Ma mère est encore en fauteuil roulant, paralysée suite à son AVC, il y a quelques années. Puis-je me permettre de courir et de me sentir heureuse en le faisant?

2- On m’a déjà dit que j’avais fait une névrose d’échec tellement tout semblait ne pas fonctionner dans ma vie.

3- J’ai toujours été un peu sauvage.

4-J’ai longtemps pensé que les autres pouvaient y arriver, mais pas moi, parce que j’avais décidé que je ne le méritais pas.

5- J’ai fini par me dire que je me racontais n’importe quoi.

Éventuellement

-Je me suis mise à parler, à courir, à peindre et à écrire de nouveau, quoi qu’il se passe.

-J’ai accepté qu’on m’aide.

-Il a fallu que de nombreux amis m’encouragent et me poussent hors de ma zone de confort.

-Pour moi, le bonheur habite, entre autres, dans toutes ces virées en nature, dehors, plongée dans l’immensité.

 

On apprend tous les uns des autres, dans les sentiers.  Ce sont des paysages ainsi que des expériences qui nous forgent et qui nous, conduisent vers le dépassement. Enfin, qu’on parle de la course ou d’autre chose, tu y a certainement déjà goûté.  Ces moments difficiles, ces moments où tu osent t’exprimer sont précieux.  Ça me touche, me remue et me bouleverse.  En même temps, le fait de réaliser qu’on peut vivre et grandir, simplement en mettant un pied devant l’autre, m’émerveille encore.

Je ne vois pas toujours ton visage, mais j’aime bien quand ton sourire se dessine pendant que tu cours.  Ça me rappelle combien on est chanceux et chanceuses de pouvoir faire partie de ce qui se vit, à l’instant.  Je constate qu’il se passe toujours quelque chose d’unique, qu’il s’agisse de minutes, d’heures ou de jours.  Je ne m’en lasse pas.  On ne se connait pas vraiment, tu sais, mais j’ai besoin de te dire que je crois en toi.  Parce que tu es là.  Parce que tu es toi.  J’ai la conviction que tu y arriveras, à ta façon à toi.  Parfois ce sera drôle et parfois plus ardu, c’est vrai.  À retenir, surtout: “t’es capable”.  Il ne s’agit pas de quelque chose que l’on peut encadrer ou limiter.  Tu peux te dire que, si ça te passe par la tête, c’est que ça résonne, quelque part, en toi.  Que ça fait partie de toi.  Ce que tu admire, ce qui te fait sourire, ce qui te fait grimacer aussi.  Ce que tu juges, quelquefois, impossible et qui n’attend que toi pour y accéder.  Prends le temps qu’il faudra.  Fais-le pour toi, à ta façon.  Et que tu plonges, que tu coures ou que tu t’arrêtes, avec le sentiment d’avoir été vaincu ou d’être enfin vainqueur, on te sourira et on t’applaudira.  Parce que tu auras été toi.  Parce que tu l’auras fait.  Avec ce qui était là, en ces circonstances.  C’est, déjà, phénoménal!

Voici enfin quelques mots, recueillis à la lecture des écrits d’une personne croisée récemment.  Je t’invite à les lire, les relire et les relire encore.  À les reconnaître dans ton quotidien aussi.  Parce qu’ils font partie de toi, ici et là: “Persévérance-Dépassement-Apprentissage-Émotion-Adversité-Détermination-Réussite-Humilité-Respect-Force-Générosité-Résilience-Émouvant-Honneur-Amour-Écoute-Cœur-Courage-Inspiration-Fierté-Amitié-Accomplissement-Admiration-Victoire-Limites.” (Dominic G-Despatis).

Sur ce, on court toujours.  À tout bientôt,

Isabelle

Photo: René Morissette

 

“Am I enough”?…

Sunny day’s end.  Up high, branches seem to hold together and create a roof just covered enough to let a beautiful light go through its furrows, down to the roots.  Feet, wearing colors and brands, making discreet noise on the ground, are moving at their own paces, which could be, somehow, absorbed by the soil and its vegetation.  Going fast.  Getting slower. Back to speed.  Breath.  I’m closing the line, back there.  Intervals keep running.  So are we.  And, all at once, you’re telling me how much you feel not good enough.

We’re running in single file, going in and out surrounding trails.  That’s what the Club’s members do, around here, every Thursday night. Tuesdays and Saturdays too, but you might not be around for those trainings.  I can still hear you breath and other’s, moving closer and farther.  It’s getting pretty warm out here.  Every footstep is reminding you the effort you’re giving in to go on.   It is also bringing back what you might tell yourself when your feet are touching the ground.  Today, you’re here.  You’re taking some time to leave your place, after dressing up, to use up some of your energy, to reach a goal, to socialize and more.  There is always a good motivation to come to the running sessions.  Everyone jumping in faces it.  Just need to try, maybe more than once, to see it, but it remains: it lights something.  Inside us.

Hearing and observing, I could feel those mixed feelings which, I imagine, give you twisted thoughts, reflecting in  heavy body sensations…leading to doubts about your skills and your success.  Tonight, you’re drowning in those doubts, in those hesitations and, somehow, in pain.  It might feel like you’re losing balance.  Your muscles and your nerves are collecting “ouch” sensations; they are making their way, winding.

Tonight is your turn.  It matters.  Sometimes, it happens to be someone else’s.  Familiar. It creates loops in our minds and gives the illusion of a potentially existing solution.  Tonight, I can clearly feel that a part of you is suffering.  It hurts.  We’re close and far from each other at the same time. We’re running in trails lighten by a sunny end of day, a minute after the other.  What you are experiencing is valuable.  It has its importance. And so do you.  There is nothing weird, weak or unhealthy about that, about sharing it.

Your breath is short.  Fine.  I’ll take time to breathe beside you.  Your wound takes too much space?  Then, we’ll welcome it in our group, so it makes its way as we eat up the trails.  Eventually, it will be annoyed.  And, by itself, it will occupy less and less space.  Not because we would have banned it, but just because it will make its own line.  A moment after the other, it counts.  Somehow, we’re tattooed by our stories and history.  Well, that’s what I believe, because everything can roll and roll around, promptly.

 

For example:

My thoughts

1-My mom is sitting in a wheelchair, paralysed, since her AVC (stroke), few years ago.  Can I allow myself to run and to feel happy about it?

2- I was once told that I went through a neurosis failure as nothing appeared to work in my daily life.

3- I’ve always been a little shy.

4- I’ve thought for so long that others could make it, but not me, because I’d previously decided that I didn’t deserved it.

5- I ended up telling myself that I had been building up on grey clouds. It made no sense!

Eventually

-I started to express myself, to run, to paint and to write again, whatsoever would happen.

-I accepted help.

-It took many friends to encourage and push me out of my zone.

-To me, happiness is held and flourishes in all those moments spent outdoors, connected to a whole Nature world.

 

On the trail, we’re all learning one from another.  We encounter landscapes and experiences that are feeding us and which leads us to transcendence.  Well, whatever matter we talk about, you certainly tasted that before then.  Those tough moments, those moments where you dare  to express yourself are precious.  It moves me.  At the same time, realizing that we can live and grow going one foot after the other, remains something marvelous to me.

We aren’t always face to face when running, but I appreciate when your smile shows up as we run.  It reminds me how we are lucky to be part of what is alive at this very moment.  Right here.  There is always something unique happening, whether we talk about minutes, hours or days.  I never get tired about it.  We don’t really know each other, but I want to express that I believe in you.  Because you are here.  Because you are who you are.  I am convinced you’ll succeed, in your very own way.  Some days, it might be funny. Some days, it might feel difficult.  Self reminder: You can do it!  It is not about something we can put in a frame or stamp limitations on.  You can also tell yourself that, if something is crossing your mind, it is because it likely has a resonance for you.  It’s a part of yourself.  What you admire, what makes you smile and what pulls you a face too.  What you might judge as impossible, only waiting for you to access it.  Request and take some time when you need to.   Do it for yourself, in your own way, again.  And whether you dive in, you run or you stop at the corner, filled with the sensation of a vanquisher or defeated, we’ll smile and applaud at you.  Because you’d been yourself.  Because you’ll have gone though it.  With the circumstances.  It is, really, quite phenomenal!

Finally, here are few words taken from the writings of someone I recently met.  I invite you to read, read once more and read them on a on.  To recognize them in you daily life too.  Because they are a part of who you are: “Perseverance-Transcendence-Learning-Emotion-Adversity-Purposefulness-Success-Humility-Respect-Strength-Generosity-Resilience-Emotional-Honor-Love-Listening-Heart-Courage-Inspiration-Pride-Friendship-Accomplishment-Admiration-Victory-Limitations”. (Dominic G-Despatis)

.

Going with that, we keep running.  See you very soon.

Isabelle

 

Quand les plans A, B, C et D ne fonctionnent pas…!  When A,B, C and D plans are not the right ones…!

(English version below)

 

Samedi le 29 juin, 3:45.  Départ de la navette ayant pour mission de nous conduire en bord de mer.  Nous sommes quelques-uns à prendre l’autobus, à cette heure bien matinale.  À 4:45, les maisons colorées, l’air de la mer et la route asphaltée nous annoncent l’arrivée au point de départ.  Nous sommes près de trois cent, apparemment assez réveillés, à heurter le sol avec nos pieds bien chaussés.  C’est un matin relativement chaud et même si une petite pluie tombe, j’ai déjà l’impression que l’imperméable, aussi léger soit-il, sera superflu.  Je prends le temps d’aller me dégourdir un peu, accompagnée de mon amie Anne et je croise plusieurs visages familiers.  Les sourires de gens que je ne connais pas me font sourire en retour et je sens bien que c’est une aventure qui se prépare.  Depuis bien longtemps pour certains.  Pour l’heure, je me sens bien.  J’ai choisi, en ce samedi un tantinet grisonnant, de prendre le départ du 110km…huit jours après une petite commotion cérébrale.

 

Le départ est donné à cinq heures tapants.  J’ai perdu Anne de vue.  Du fond du coeur, je lui en souhaite toute une.  C’est le genre de défi pour lequel on s’élance avec détermination, bien entendu, mais aussi avec la conscience que nos prédispositions en tous sens ont leur importance.  À ce moment-là, je ne pense pas du tout au fait que je me sens fatiguée.  Je me souviens avoir peu dormi au cours des derniers jours, mais je me rassure en me disant que ça arrive souvent, avant une course.  J’ai hâte.  Même si un départ sur route ne me semble pas palpitant, je meurs d’envie de découvrir “la trail”, les sections typiques de cet environnement, les passages que je n’aurais peut-être pas empruntés autrement.  C’est aussi le Championnat Canadien de course en montagne, ce qui implique une forme de “thrill”, une belle occasion d’aller tâter ce qu’on peut donner, ce qu’on peut pousser.  J’avoue avoir eu une crainte, considérant mon état, dans la semaine précédant la course, mais je me suis dit qu’avec ma nouvelle casquette, les bâtons de Luc et la montre qu’Anne m’avait remise, tout irait bien.  Plusieurs personnes m’encourageaient, en pensée et un collègue coureur m’avait même remis du miel d’acacia, trésor de France.   J’en avais vu d’autres.  Alors pourquoi pas?

 

En chemin

Les quelques kilomètres de route s’écoulent, ma foi, assez rapidement.  L’entrée dans le sentier ascendant se fait de façon dynamique.  Le focus: ma respiration et, surtout, trouver ma cadence.  Pas celle des voisins.  De ceux qui sont devant ou derrière.  Mon monde.  À moi.  Il arrive que ce soit un exercice laborieux, mais je me débrouille plutôt bien aujourd’hui.  La montée ne me paraît pas si longue et c’est avec vigueur que les quinze premiers kilomètres passent.  Je sais que je ne cours pas au maximum de ma capacité, mais j’estime que c’est, déjà, un rythme qui me permettra de moduler et de tenir la route. J’arrive au premier ravitaillement avec une sensation de nausée qui se gère.  Je me prépare à entamer la suite en avalant quelques quartiers d’orange.  Je croise Blaise et Caroline, ce qui me fait parler et sourire un peu, puis je repars.  À peine cinq cent mètres plus loin, je prends la décision de ranger mes bâtons pour la journée et de rattacher mes souliers, car la boue se fait jasante.  En d’autres mots, elle aspire l’une de mes chaussures et semble me dire qu’il y en aura bien d’autres.  Les sentiers sont magnifiques, même maquillés en brun.  La végétation est aérée et tout semble vert, en hauteur.  C’est une zone différente de mon habituel secteur d’entraînement et je l’apprécie.  J’ai peu de souvenir du deuxième ravitaillement, comme quoi les choses vont bon train.  Je parviens à accélérer et à m’émerveiller de ce que la mécanique corporelle, alliée à la pensée, peuvent créer. Comme les autres coureurs, j’avale les kilomètres avec plusieurs pelletées de boue, en alternance avec de l’eau.  Chaque cours d’eau est une belle occasion de m’asperger et de repartir, rafraîchie.  Les haut-le-coeur persistent, mais je fais l’effort de mâchouiller quelque chose avec régularité. Ça m’ennuie.  Le motto: y aller un moment à la fois et trouver, toujours, une raison de sourire.  Mes jambes vont bien. Je croise, par moments, de petits groupes de coureurs et je gère mon eau juste comme il le faut.  Je peux respirer, je découvre la nature et je pourrais même, en d’autres circonstances, me faire un masque de boue si l’envie m’en prenais!  Il n’y avait pas de quoi se plaindre.

 

 

42,4 km. Troisième ravitaillement

Les patates me sauvent la vie.  J’ai toujours aimé manger des patates, mais là, je me dis que c’est vraiment cool de pouvoir y avoir accès en pleine forêt.  Je pense à mon ami Alex, qui m’a fait découvrir ces légumes en boites, l’an dernier, et je me dis que vraiment, j’aurais pu découvrir ça avant mes quarante ans!  J’en mets même dans mon petit ziploc de biscuits écrasés, en souhaitant que le tout ne se mélange pas trop en cours de route.  En d’autres temps, j’aurais dit “ouache”, mais là, ça n’a aucune importance.  Le seul point, c’est que je puisse continuer de tempérer les maux de coeur et d’avancer à mon goût.  Direction: le ravito quatre, première station où rejoindre un dropbag (sac dans lequel on dépose du matériel et/ou des denrées voués à être utilisés à partir de ce point).  C’est une section qui se complète assez efficacement et je rencontre encore plusieurs coureurs.  Dans mon souvenir, je crois que nous commencions tous à être plus concis dans nos conversations.  Mais peut-être aussi ai-je plus longuement couru seule, à ce moment-là. À quelques kilomètres du quatrième ravito, j’entends une voix derrière moi.  Première croisée de filles depuis mon départ.  Je l’encourage.  Elle semble bien sérieuse.  Je crois que le fait de voir mon dossard bleu la rassure – le sien est orange – et j’en déduis qu’elle a choisi de ralentir, car bien vite, je n’entends plus son pas.  Le chemin est large.  Éventuellement, je vois quelques personnes groupées de l’autre côté de ce qui me semble être une grande route.  Je suis perplexe et je me demande comment faire pour traverser et les rejoindre.  Puis, je vois un Monsieur qui me fait des signes en pointant vers la droite.  Il faut descendre.  Oh, yeah!  Et oh! Surprise: mes souliers, recouverts de brun, se retrouvent plongés dans un tunnel d’eau et de roches.  Il fait assez sombre, mais la fraîcheur de l’eau est salvatrice.  Je m’en lance un peu partout, en continuant d’avancer.  Puis je débouche sur une petite montée où je croise le regard d’Amélie, une coureuse avec qui j’ai eu la chance d’échanger quelques fois.  Quand elle me demande si ça va, je m’entends dire quelque chose qui ressemble à “pas tant que ça”; trente secondes plus tard, alors que j’ai déjà filé, je réalise ce que je viens de dire et je me concentre sur la découverte du ravito, la rencontre avec mon sac, tout en espérant ne pas lui avoir fait peur.  Mes choix alimentaires et pratiques effectués, je quitte rapidement la place, en marchant jusqu’à l’arche.  En reprenant le pas de course, je sens que le mélange du melon d’eau avec de la soupe poulet et nouilles, au soleil, c’est plus ou moins winner.

 

Petit train va loin

Plein soleil, je longe la route en pensant au fait que la terre est bien sèche et que le passage est fort dégagé.  Mon ami David m’avait prévenu, avant la course, en me disant qu’il avait trouvé cette section assez longue, mentalement parlant, l’an dernier.  Je gère ma présence, ma respiration et je remercie la vie de sentir mes jambes en bon état.  Pour la première fois de ma vie, en course, je ressens clairement que c’est le haut de mon corps qui est hypothéqué (je pense aux blagues à propos des joueurs de hockey…).  Mais bon, j’en étais consciente au départ et je savais très bien que j’aurais aussi pu choisir de ne pas participer.  J’en avais trop envie.  Entre autres parce que ça me faisait peur.  Alors je l’assume.  Jusqu’au bout.  Je discute un peu avec un coureur anglophone fort sympathique, qui semble bien apprécier le trajet et les québécois.  Je ne connais pas son nom et je ne sais pas d’où il vient, mais j’apprends, en l’écoutant, qu’il est barbu, qu’il a cinquante ans et que ses amis le trouvent un peu fou de courir comme ça.  Ça me fait rire.  Éventuellement, il passe devant et trois autres gars, discutant de tout et de rien, forment un train avec moi pour les deux prochaines sections.  J’ai l’habitude de courir seule et je ne me sens pas toujours confortable par le fait d’être entourée, mais leur présence, là, est assez réconfortante.  Ils sont drôles et semblent vraiment apprécier leur parcours.  Il pleut, la Mestashibo nous montre son visage et les escaliers se multiplient, mais c’est plaisant.  On enjambe des arbres, des rochers, des rives (trois incroyables passerelles, je crois) et on avance.  J’aime ça, même si j’ai mal.  Je déplace mon attention et le temps passe.  C’est particulier, surtout en ce moment.  Les quelques kilomètres qui précéderont notre arrivée au ravito du Mont Saint-Anne – deuxième drop bag – me font penser à mon amie Anne, qui y finira son 80 km, comme l’un des gars qui court alors derrière moi.  Je me dis que c’est un passage bien spécial.  Presque la fin, pour eux.  J’encourage tout le monde, en pensée, en souhaitant que les ondes naviguent aussi bien que la pluie.

 

Au pied de la montagne

79,5 km. Le troisième coureur de notre train s’en va vers sa ligne d’arrivée en me souhaitant une bonne fin de course et sa gentillesse me surprend, momentanément. Je me répète encore que tout ira bien.  Sac de matériel (le fameux drop bag), fruits, chips, pacers et hamburgers. J’hésite quelques minutes à savoir si je tenterai ou pas de manger un hamburger.  Puis, comme la cuisson tarde, je décide d’entreprendre l’ascension.  Je n’ai pas de pacer – d’accompagnateur – alors j’y vais avec mes bâtons et beaucoup, beaucoup de moustiques.  Je trouve étrange qu’ils soient aussi insistants malgré le fait que je ne sente pas bon du tout. Et puis, alors que je monte, je me souviens que j’ai une petite bouteille de baume pour les muscles, fabriqué par mon amie Chantale, naturopathe expérimentée.  J’en profite pour m’en mettre sur les genoux, sur les bras, dans le visage et dans le cou.  C’est miraculeux pour moi et dramatique pour les bébittes; elles disparaissent instantanément.  Une petite victoire!  J’arrive au sommet de la Crête.  Tout en reprenant un pas de course, je repense aux différents plans que j’avais élaboré.  Je me dis que malgré les difficultés, je serais vraiment heureuse de pouvoir être arrivée pour 20h30.  Le moins bon scénario élaboré, selon ma préparation, me ferait dix-sept heures de course, et donc, une arrivée prévue pour 22h.  J’étais prête, selon moi, à toute éventualité.  Curieusement, à partir de là, j’ai un peu l’impression de perdre le fil de mon estomac.  Boire et manger deviennent vraiment une tâche en soi.  Je ne sais plus trop quoi tenter, alors j’y vais avec parcimonie.  Je me rends compte qu’il me faudra travailler là-dessus dans les prochains mois, car la gestion de cet aspect n’est pas irréprochable!  Au septième ravitaillement (87,5 km), j’ai l’impression d’avoir oublié une montée sur le dessin du parcours que je me suis fait sur le bras.  Ça fait rire les gars du ravito.  Je reprends la course en ayant découvert le gingembre confit sur la table (une première de la journée pour moi).  Ça calme un peu mon envie de vomir.  Pour l’instant.

 

Entre deux abrupts

Les paysages sont magnifiques.  Je revois les encouragements reçus, les pensées, mes enfants et je me dis que j’ai besoin de finir cette course-là.  Pour eux et pour moi aussi.   Je me dis que je me suis déjà retrouvée sur des parcours au dénivelé et à la distance plus imposants.  Pourtant, là, là, celui-ci me semble beaucoup plus difficile.  Je monte, je descends, je remonte et je redescends en me demandant combien de fois j’aurai encore à le faire.  Je décide de lâcher prise sur mon temps d’arrivée, tout en me faisant la réflexion que l’organisation d’un tel trajet comporte quelque chose de masochiste.  Je me dis aussi que c’est la faute à Jean Fortier, ce qui me fait rire un peu.  J’avance.

Les sentiers commencent à se faire plus sombres et j’envisage de sortir ma lampe frontale.  Au bout d’un moment, je dois me rendre à la conclusion que celle-ci ne fonctionne pas.  J’avance donc un certain temps dans la pénombre, puis je m’arrête en tentant de la faire fonctionner.  Elle refuse, plus têtue que moi!   Alors que j’ai vraiment besoin de m’arrêter pour profiter d’un arrêt toilette en forêt, quelqu’un apparaît.  Je profite de l’offre d’un lift lumineux et je suis ce coureur-éclaireur tout en tentant de repérer l’essentiel avec la lumière de mon téléphone cellulaire (je ne le vanterai pas nécessairement à mes jeunes, mais oui, ça peut servir en forêt)!  J’ai l’impression que nous sommes tous deux fatigués, ce qui me paraît relativement normal, outre les pépins de la journée, vu l’heure depuis laquelle on est en chemin.  Le bleu-gris du ciel devient noir et la nature se fait calme.  On entend nos pas et parfois, on croise une autre lampe frontale.  Un autre coureur, lui aussi privé de lumière, se joint à nous.  Éventuellement, il sera rejoint par sa conjointe, apparition soudaine en plein coeur de la forêt.  Il est derrière moi et pourtant je ressens l’émotion lorsqu’il lui dit: ”give me a hug”.  Je continue avec mon éclaireur et le dernier ravito, vraiment bien éclairé, se présente à nous.  C’est un peu magique.  Plus que dix kilomètres.  On va y arriver.  By the way, mon éclaireur me fait réaliser qu’on ne s’est pas présentés.  Poignée de main de Sylvain à Isabelle et d’Isabelle à Sylvain.  Good to go, après quelques Bretzels.  C’est parti!

 

Noir longtemps

Dernière section du parcours, derniers moments pour me demander si j’ai encore envie de faire ça.  C’est aussi la première fois que j’y pense, en course.  Je crois qu’en cette journée bien spéciale, la fatigue accumulée des derniers mois, le manque de sommeil et la commotion des derniers jours commençaient à me faire peur.  J’ai l’impression que Sylvain est un ange.  On file, tranquillement.  Je m’en veux un peu de ne pas pouvoir gambader dans les zones de single track comme je les adore, faute de lumière.  Parce que rendue là, même si le coeur me lève et qu’une partie de moi trouve que ça n’a aucun bon sens, j’ai envie de finir en beauté.  Résilience.  C’est le mot qu’emploie alors Sylvain pour parler de cette expérience.  Ça me fait vraiment, vraiment sourire, parce que c’est un terme qui ressort beaucoup, dernièrement, quand je discute avec des gens.  Dans la vie, je me dis toujours que je m’adapte.  Ça me tient.  C’est ce qui fait que je suis encore là. Alors j’imagine que c’est valide pour la course aussi.  Un pas devant l’autre.  Selon mon compagnon de trail, on sera arrivés pour minuit.  C’est bien largement dépassé toutes les éventualités envisagées au préalable, mais c’est la réalité.  Le bon point: on va y arriver…dans le noir, les pieds mouillés et perdus pendant quelques secondes, parfois.  Les kilomètres avancent.  Je reconnais les sections du parcours de 50 km d’il y a deux ans.  Je me rappelle du son de l’eau.  J’avais oublié, par contre, les petites montées, mais c’est peut-être une bonne chose!  Ça serpente.  Sylvain trouve que ça tourne longtemps.  On y est presque.  Les deux pieds dans le courant d’eau,  on traverse. Puis, peu après, on retraverse.  On grimpe là où il ne faut pas; on redescend, pour prendre le bon chemin.  Il me semblait que c’était dangereux, aussi!  Un coureur nous indique la bonne voie.  Alleluia: moins de trois kilomètres!

 

Chemin pavé

Juste avant d’emprunter la petite colline qui nous mènera à la ligne d’arrivée, on débouche sur un chemin/ponceau pavé qui m’est familier.  Il n’a rien d’exotique ou de bien exaltant, mais il y a quelque chose de symbolique dans le fait de le fouler, encore une fois, à la course.  J’ai l’impression que la fin est porteuse d’émotion.  Je nous encourage.  Son pronostic était vraiment bon: minuit approche, d’ici quelques minutes.  On entend des voix au micro.  J’ai un petit trémolo.  Momentanément, je ne sens plus la douleur; ce qui me paraissait comme interminable vient de fondre, dans l’immédiat.  Je n’ai jamais franchi une ligne d’arrivée à deux.  J’entends Anne, Sébastien et l’animateur.  L’arche et le tapis sont là.  Je soupire.  Sur le coup de minuit.  J’ai une immense gratitude pour Sylvain, qui m’a proposé de le suivre, jusqu’au bout.  Pour Anne et Sophie, qui étaient encore au fil d’arrivée, à cette heure tardive.  Pour Chantale et Richard, qui m’ont préparé un lit juste au pied de la montagne. QMT 110km: une course comme je ne l’avais absolument pas planifiée, mais qui m’aura beaucoup, beaucoup appris.  Enfin, Jean Fortier, tu avais raison: un pacer peut être une excellente idée!

 

…presque prête à recommencer, maintenant. Après ma visite à l’hôpital!

 

Isabelle

QMT, Championnat canadien de course en montagne, 5e femme overall

La Clinique du Coureur

Les Guerriers du Grand Raid

 

Bravo à tous ceux et celles qui ont pris l’un des départs du Québec Méga Trail 2019. À ceux qui l’ont terminé, comme à ceux qui ont été contraints d’arrêter en chemin.  Ce weekend, c’était toute une épopée!

Merci à mes collègues, à mes enfants, à mes amis, à tous ceux et celles qui me supportent.  Je me sens choyée, encore une fois.  Quelle famille!

When A,B, C and D plans are not the right ones…!

 

Saturday, June 29th, 3:45 am.  Shuttle departure to carry us all the way to the coastline.  We are quite a few to hop on the bus at that early time.  At 4:45, colorful houses, marine breeze and the black asphalt route announce our arrival to destination.  Starting point.  We are about three hundreds, pretty much awaken, to touch ground with our willing shoes.  It’s a warm morning, even if a little rain is pouring down, and I can sort of feel that my raincoat might already be unnecessary.  Talking with my friend Anne, I put myself into action to jog and warm up around the place.  We encouter familiar faces and smiles of people I don’t know yet are making me smile in return.  it is palpable: an adventure is on its way.  It has already been for quite some time to many runners.  At the moment, I feel ok.  I chose, on that Saturday morning, to take part to a 110 km run…eight days after experiencing a cerebral commotion.

 

The horn sets time at five am sharp.  I’ve lost, from sight, Anne.  I wish for her to enjoy the race.  It is the kind of challenge that needs us to hop on with willingness and consciousness about what we might be able to put into it.  It has its power. It’s quite something to remind ourselves about it.  By that time, I’m not thinking about the fact that I feel tired.  I recall a lack of sleep in the previous days, but I’m comforting myself, thinking about the fact that it is frequent when race day’s around.  I feel excited.  Going for a starting line sitting right on the street, on a covered black and hard soil, isn’t a thrill in itself, as my heart burns for a new trail discovery experience, to find those places I wouldn’t have seen in other times.  Today is also the Canadian Mountain Running Championship, which adds a little spicy touch to the adventure, the current goal and what runners can push on it.  I must admit I had some sort of weir feeling, considering my state of health, a week before then, but it got cleared by the thought of my special cap, Luc’s poles and Anne’s watch, running with me on this special trajectory.  Many people were encouraging me, in thoughts, and a running colleague had given me acacia honey, some France treasure.  And, most of all, I’d gone through other challenges.  So, why not?

 

On the way

The few km on the road are quickly passing by .  The entrance in the path for the first ascent is showing up and preparing ourselves for a dynamic run/walk.  I’m focusing on my breath and, most of all, finding my own pace.  Not others pace.  The pace of runners in front or behind me.  My world.  My own.  Sometimes, it happens to be a demanding exercice, but today, I am fairly well getting into it.  Going up doesn’t appear like too long and I can sort of feel strength in those first fifteen km.  I know I’m not running at my best, but it feels safe for now and it seems ok as it allows me to gage how I will go forward during the day.  I get to the first feeding zone with a strong, but manageable, nausea. I’m getting ready to go, accepting a couple of orange pieces on the way.  Encountering Caroline and Blaise, I make it to talk a little bit, smile and move.  About five hundred meters away, I choose to put my poles back in my bag, to squeeze my shoe laces as mud seems to speak loud.  In other words, it swallows one of my shoes and seem to say something like there might be more spots of hers on the way.  Paths are magnificent, even when wearing brownish make up.  Nature, trees and leaves around breathe and everything appears like a green alive piece, up there.  It is a different space.  Something else; comparable to what I’m used to see.  I appreciate it. I don’t remember very well the second feed zone, so I guess things are going alright.  I tend to accelerate and to feel astonished by what our bodies mechanic, coupled with our thought, can create.  As other runners, I “eat” distance and time with shovels of mud, mixed or followed by watery spaces. Every watercourse is a great occasion to  refresh myself and to get back on the track, feeling a little more awake.  Nausea is still calling, but I’m focusing on regularly chewing something.  It bothers me.  My motto: going for one step at the time; finding, always, a reason to smile.  My legs feel good.  On the trail, I meet little groups or runners and my water bottles are just enough.  Basic priorities.  I can breathe, I discover Nature and I could even, in other circumstances, make myself a clay mask face if I felt for it!  There was nothing to complain about.

 

 

42,4 km. Third feeding zone

Potatoes are life savers.  I always loved to eat potatoes, but here and now, I’m telling myself it’s extremely cool to be able to find some in the woods.  I think about my friend Alex, who had me discover, last summer, those canned veggies and my conclusion is: I could have found out before I was forty!  I dump some pieces of those potatoes in a small Ziploc bag, already half filled with crunched cookies, wishing for a cohabitation that will not make me regret it.  In other times, I’d spontaneously say “ark”, but then, it seems such an unimportant detail. The only thing that matters to me is to be able to go through my nauseous feelings and to move forward as I like it.  Goal: reaching the fourth feeding zone, first station where a drop bag is awaiting for me.  The section is going well and many other runners  fly around.  Thinking about it, it seems we were starting to lower down on our speaking skills.  But I might also have been on a solo run around that time.  As the feeding zone is getting closer, I can hear a voice behind me.  First girl seen around since the race started.  I’m cheering her up.  She has no smile.  I’m telling myself that, maybe, the sight of my blue bib reassure her – she has an orange one – deducing that she chose to slow down as I cannot hear her feet pounding on the ground anymore.  The path is getting wider.  Eventually, I can see faces appearing from what seems to be far away, on the other side of a big road. I’m wondering about how to reach that place.  Then, a man is waving his hands and shows me a path on his right.  It goes down.  Oh, yeah!  Surprise: my shoes, previously covered with mud, are moving underwater, juggling with the rocks underneath and all over the place. The space is quite dark, but calmness and freshness are palpable. I’m spraying my head with water as I go through the tunnel.  Then the light shows up and a little hill needs to be climbed on.  Amelie, a runner I met shortly before, is standing right there.  She’s asking me if I’m ok and I can hear myself saying something like “not that much”. Thirty seconds later, as I’m already reaching the feeding zone tables, I realize what I just said.  Quick mind switch: taking care of my appetite – or need to eat, drink and see if I need something else in my drop bag.  I wish I didn’t scare Amélie.  My food and drinks choices made, I quit, walking to the arch.  Back on the track at a slow pace, I feel that watermelon and Lipton chicken and noodles soup, on a sunny, warm day, might not be exactly what we call the perfect match.

 

Little train goes far away

The Sun is high.  I run close to the road, thinking about the fact that the ground is pretty dry and the area, opened.  My friend David told me, few weeks before the race, that he’d found, mentally, this section quite long last year.  I’m working on managing my ability to feel present, stable and I breathe, giving thanks to my legs because they are fine.  For the first time of my life, during a race, I can clearly feel that my upper body is in trouble (and then I recall jokes about hockey players)…Well, I was conscious about it when I took on the challenge, at 5 am and I know I could have chosen not to attend to it.  I wanted to be there.  I was burning to run. Partly because it scared me.  I assume.  To the end.  I get into a short conversation with an anglophone runner, coming from somewhere not really close from Quebec city, I think.  He’s telling me how he appreciate the place and the people around.  I have no idea about his name or anything else, but I learn, listening to him, as he runs behind me, that he has a beard, is fifty years old and that his friends keep telling him it has something crazy to do things like that and to love the run for the whole trip.  It makes me laugh.  Eventually, he steps forward and three other guys, discussing in a very relax manner, join me on the run for the two next sections.  I’m used to run on my own and I do not always feel comfortable about having people around, but their presence, here, has something great.  It reassures me.   They are funny and seem to really enjoy the moment they spend together. Rain is pouring, the Mestashibo shows us her face and stairs are multipying, but it is nice.  We are going across trees, rocks, shores (tree very pretty footbridges, I think) and we are moving forward.  I love it, even if I can feel pain.  I’m playing with my attention and moves it to a different space; time goes by.  It is peculiar, especially now.  There are only few km left before we get to the Mont St-Anne’s feeding zone – second, and last, drop bag.  I think of my friend Anne, who will touch ground at that place to mark the end of her 80km race, as one of the guys running behind me.  I’m thinking of the feeling it can give someone and how special it can be.  In thoughts, I encourage everyone, wishing for vibes to navigate all around as well as the rain.

 

Mountain Base camp

79,5 km.  One third of the guys train is leaving us to run down to the Finish Line, wishing us a great end of race.  His kindness surprises me, momentarily.  I keep telling myself that everything will be ok.  Bags full of stuff (THE dropbag), fruits, chips, pacers and hamburgers. I’m hesitating, whether or not to have a hamburger, and as the cooking takes much time, I choose to go for the mountain top.  I don’t have any pacer to run along with, so I leave with my poles and many, many mosquitoes around.  The more I go up, the more they show up.  Strangely, they keep hustling me…even if I really don’t smell good.  I suddenly remember I’ve got a little bottle of my friend’s Chantale lotion called “muscle”.  Her naturopath creativity serves me well, as I decide to put some on my knees, on my arms, in my face and on my neck.  It’s miraculous for me and dramatic for insects: they disappear in a second: victory!  Meanwhile, I get to the top, called “la crête”.  As I put myself back into a running pace, I think about the scenarios I had considered prior to the race.  I’m telling myself that I’d be very happy to be going through the Finish Line by 20:30, despite difficulties and hard-to-tolerate body sensations.  When I worked on planning the race day, the worst scenario had me going down the mountain by 22:00.  I thought I was ready for everything.  Curiously, from now on, I’ve got the feeling to loose  – completely – control over my stomach.  To drink or to eat become a real challenge in itself.  I’m not sure about what I should try, so I’m making it  ”one bite” at the time.  I realize it is more than important to work on that aspect in the following months, as I know it’s one of our primary needs here.  Arriving at the seventh feeding zone (87,5km), established high up, I’ve got the feeling I forgot one hill on the path I drew on my arm, to remind me with a bigger view of the race I was on.  Guys serving at the feeding zone laugh about it.   I get back on track with a handful of ginger chew.  I slows down the vomit underground wave.  For now.

 

In between…two hills

Surroundings and landscapes are magnificent! Encouragements, thoughts, my children are passing before my eyes and I’m telling myself that this adventure will end at the Finish Line.  Not before. Fro them and for myself as well. I already went through paths and places where the elevation and the lines were bigger, harder.  But here and now, it seems more, steep and pretty tough to me.   I’m going up and down, asking myself how much more I will have to do.  I decide to let go of my expectations regarding arrival timing, chewing on the thought that organizing such a race has a little masochist flavor.  I’m smiling, seeing Jean Fortier’s face in my imagination, telling myself that it might be his fault.  Filled with laughter, I keep going.  Paths are getting darker and I think about using by head lamp.  After a while, I must admit that I cannot light it on.  My head lamp is more stubborn than I am!  Then, someone appears as I really, really need to stop to find a “natural bathroom spot”.  I take advantage of a “luminous lift” and I follow this light-on-the-way-runner, trying to put some light down the path my my cell-phone flash-light ( I will not necessarily tell the youngsters, but it can be useful in the woods)!  It feels like we are both tired, which would be quite logical as the race has been on for many hours now.  The blue-grey sky becomes black and everything/everyone around seems quiet.  We can hear our feet and, sometimes, we cross another head lamp.  We meet another without-light runner on the way and he joins us.  He will eventually leave us, reached by his wive, suddenly – mysteriously –  showing up in the forests blackness.  He’s right behind me and I can feel the emotion as he asks his wife to give him a hug.  Me and my light-on-two-legs are still in motion and the last feeding zone, all lighten up, is now right in front of us.  It has something magic.  Only 10k to go.  We’ll make it.  By the way, my colleague makes me realize we haven’t introduced ourselves one to the other.  Hand shake from Sylvain to Isabelle and from Isabelle to Sylvain.  Good to go, few Bretzels later.  Back on track!

 

Dark and darker

Last section of the race, last moments to ask myself if I really feel and want to do that.  It is also the first time, during a race, that I have such a thought.  On this very special day, I think that the lasts monts fatigue, the lack of sleep and the commotion of the week before were starting to feed some sort of fear (or consciousness) inside me.  I feel like Sylvain is an angel.  We are slowly moving forward.  I feel kind of upset about the fact that I cannot run fast in those single tracks spots I normally love to let myself on on, as I cannot see very well what is around and on the ground.  It is partly fed by the idea that, even if my stomach could pour my heart out in a second and event if a little part of me is saying it makes no sense, I’d like to end that trip on a beautiful note.  Resilience.  That’s the work spoken by Sylvain to talk about the current experience.  It makes me smile, as this same word is often showing up in the past months, when discussing with others.  In the day-to-day life, I am often telling myself I’m in an adaptative mode.  I keeps me on track.  It is part of the reasons why I am still here.  So I can figure out it applies to running.  One foot after the other.  Sylvain tells me we should arrive by midnight.  It’s much more time than all the plans I imagined would count, but it is part of our actual reality.  Good thing: we will make it…in the dark, our feet completely wet, losts for few seconds on the way.  Kilometers are passing by.  I can recognize parts of the 50km race, which I ran two years ago.  I remember the sound of water, in the area.  But I had forgot about the little ups and downs, which is probably a good thing.  It is a windy path.  Sylvain finds it winds a lot.  Almost there.  Both feet (our four feet) in the water, we cross the river.  Running a little more.  Crossing a river once more.  We climb up somewhere we shouldn’t and, realizing it, we go back.  I knew it was getting tricky and a little akward!  A runner, in the dark, speaks to show us the right way.  Alleluia: less than tree km to go!

 

Paved road

Right before we go on the little hill which will lead us to the Finish Line, a paved road, familiar to me, opens up before us.  There is nothing exotic or exhilarating about it, but there is a symbolic value in the picture, as we put our feet on it to run it all.  I feed with emotion has the end gets closer.   Cheering up for us.  Sylvain’s pronostic was really good: midnight is almost there, few minutes only to go.  Voices are travelling in the space, amplified by the mic.  Little tremolo.  I do not feel pain anymore; what felt like too, too long is melting in the moment.  I never went through a Finish Line with someone else.  I can hear Anne, Sébastien and the man calling the shots with his loud voice.  The arch is there.  Mats too. Giving a sigh, I go with Sylvain.  At midnight.  My heart is filled with gratitude for him, has he really helped me out to the end, for Anne and Sophie, still waiting for me at the Finish Line,  late at night.  For Chantale and Richard, who kept me an amazing bed right at the Base.  QMT 110km: a race like I had absolutely not planned, which will have taught me a lot, really.  Finally, Jean Fortier, you were right: a pacer can be an excellent idea!

 

…almost ready to go, now.  After visiting the hospital!

 

Isabelle

QMT, Canadian Ultrarunning Championship, 5th Female Overall

The Running Clinic

Les Guerriers du Grand Raid

 

Congratulations to all the runners who took part to the event, Quebec Mega Trail 2019.  To all those crossing the Finish Line as to all who might have ended the race earlier without planning it.  That weekend was quite something!

Thanks to my colleagues, my children, my friends, and to people supporting me.  Once more, I feel cherished.  What a family!

 

 

 

 

 

 

 

Les guerriers de tous les jours – Warriors of Everyday

Les guerriers de tous les jours – English Version Below

Ils et elles se sont présentés(es), en ce début de juin, sur la ligne de départ.  Il s’agissait de l’un de ces matins où les arbres éclairent par leur verdure. Où les oiseaux pépient, le soleil brille et où il arrive que les souffles se fassent plus ou moins calmes. Même si des sourires s’affichent, il se passe, dans ces moments d’attente et d’anticipation, une forme de trac.  Ils étaient nombreux.  Certains prenant le départ du samedi, au Trail de la Clinique du Coureur, d’autres s’élançant sur celui du dimanche, au Five Peaks d’Orford alors que d’autres encore s’entraînaient en zone dépourvue de dossards.  On comptait des femmes, des hommes et des enfants.  Leur point commun? Ils sont devenus coureurs.

Ce samedi-là, au petit matin, l’entraînement avec quelques groupes de coureurs m’attendait, à Orford.  Avec grand plaisir, nous nous sommes amusés à faire nos intervalles en montagne.  Alors même que tous commençaient à bien sentir leurs cuisses, des départs se succédaient au Lac Beauport.  J’ai quitté mes collègues, au terme de l’entraînement, pour prendre la route afin de rallier le site du Trail de la Clinique du Coureur.  J’y suis arrivée au moment où ceux et celles qui s’exécutaient sur de longues distances commençaient à franchir la ligne d’arrivée.  Comme un cheveu sur la soupe, je me suis plantée le long de la ligne d’arrivée afin d’encourager ceux et celles qui avaient tant peiné…parfois en souriant, parfois en grimaçant aussi.  C’était un parcours relevé, tant au niveau du rythme que du tracé.  Le soleil plombait et la terre offrait encore ses zones boueuses comme des passages obligés pour “se faire maquiller un peu”.  Certains semblaient en avoir arraché plus que d’autres, portant le flambeau de leur accomplissement à bout de bras, mais tous avaient, au visage, la trace de leur expérience.

L’arrivée des premiers est toujours acclamée.  Accomplissement et phénomène, ce moment marque les esprits. À la sueur de leur front, ils obtiennent une place sur le podium.  En ce beau samedi, au Trail de la Clinique du Coureur, les souvenirs n’y feront pas exception.  Guerriers et guerrières se sont présentés avec une énergie consumée et empreinte d’un regain de férocité.  De joie et de douleur.  De fierté et d’admiration.  Puis de nombreux autres coureurs se sont mis à apparaître le long des bannières et des clôtures qui annonçant la fin du parcours.  Bien que la foule, autour, se soit peu à peu dispersée, on applaudit ceux et celles qui arrivent.  Certains se font plus discrets que d’autres.  Dans tous les cas, ce sont des passages, des moments, des arrivées remplis d’émotion.

Comme une meute, du premier au dernier, ils courent.  Ils auront peut-être marché un peu, le long du trajet, mais ils y seront arrivés.  Qu’ils soient en tête, au milieu ou à la queue du peloton- à moins d’une urgence médicale – ils posent le pied sur la ligne d’arrivée, scotchée au sol comme une frontière qui titille l’endurance aussi bien que la force.  Chaque fois, c’est émouvant.  J’apprécie tout particulièrement le fait de pouvoir prendre le temps d’encourager et d’applaudir ces gens qui arrivent, peu importe le moment, le temps au chrono, l’âge ou même le statut.  On peut ressentir l’intensité et la profondeur que ces défis sont susceptible de représenter ou d’incarner en voyant arriver ces coureuses et ces coureurs qui en ont fait un défi de tous les jours.  Chaque paire de pieds qui avance et qui parcourt son chemin, à sa façon, porte sa victoire.  Que le coeur s’en aperçoive et décuple l’importance de cette réalisation est un choix qui appartient à chacun.  Enfin, avec mes yeux et avec mon coeur à moi, ce samedi-là, au Lac Beauport, j’ai vu des centaines de gagnants. J’en suis repartie avec un sourire aux lèvres, prête pour assister à un nouveau départ, au petit matin.

Un petit morceau de nature

Dimanche.

L’air était chaud et pourtant, il se faisait encore tôt.  Alors que je buvais mon café, je pensais à tous ceux et celles qui s’apprêtaient à prendre le départ pour une autre longue course.  L’équipe de Five Peaks (branche Québécoise) accueillait, dans une stationnement creusé entre deux touffes d’arbres, une famille de coureuses et de coureurs qui se préparaient à un parcours montagneux.  Certains prenaient la navette pour un trajet un peu moins long alors que d’autres s’embarquaient dans la totale…même pas peur!  À Orford, le Parc National est un refuge qui abrite de nombreuses espèces, traileurs (coureurs en sentier) inclus.  On ne s’y aventure pas souvent pour un petit moment…parce que c’est trop beau, parce que les sentiers se prolongent, parce que le dénivelé s’avère fort tentant, etc.  Il y a toujours une bonne raison pour courir, peu importe où l’on se trouve, en fait!  Avoir l’opportunité de progresser sur un parcours plus officiel, dans un secteur protégé, c’est comme entrer dans la caverne d’Alibaba…en mieux.  Hors, en ce deuxième matin de weekend, ils était présents.  Prêts?  Pour la plupart, j’imagine.  Certains allaient assurément trouver leur lot de surprises en chemin, mais, dans tous les cas, le parcours en valait la peine.  Je me suis rendue au départ de l’une des sections, celle correspondant à la mi-chemin pour le long trajet et au départ pour ceux du demi.  Le lieu était magnifique.  Les préparatifs, simples.  Pas de fioritures. Des rires, certains airs un peu nerveux, mais, encore là, bien présents.  Donné au pied d’une immense chute d’eau, j’ai pris le temps de saluer chaque coureur, chaque coureuse avant de repartir.

Dans le cadre de mes fonctions de ce dimanche, j’ai visité quelques points clés de la course.  Il y avait toujours une ambiance remplie de coeur.  Plus la journée avançait, plus les aventuriers portaient leur fatigue, mais ils arboraient tous un air guerrier aussi: concentrés, fixés sur la tâche et les besoins du moment.  Un sourire au passage, une pluie de sueur et beaucoup de détermination.  Comme dans chacune de ces courses où l’on se donne à fond, le temps passe et l’on existe, d’un moment à l’autre.  C’est une dimension bien particulière.  Accompagnatrice plutôt que participante, pour une deuxième journée, je constatais à quel point on évolue dans un univers bien à soi, sauvage et partagé avec les autres personnes ayant elles-aussi entrepris l’aventure.  C’était fascinant.  J’aurais aimé y être, mais, en même temps, le fait de pouvoir être là pour les autres me paraissait comme un énorme cadeau.  Éventuellement, j’ai entrepris le trajet à rebrousse-poil, en courant parmi les rochers et les arbres afin de croiser ceux et celles qui se dirigeaient vers la fin du parcours.  J’ai réalisé à quel point un petit geste, parfois, peut faire du bien.  Un sourire, un peu d’eau, tendre la main, être là, tout simplement.  Ralentir parce que j’ai envie d’offrir un coup de main.  Raccompagner une amie.  Encourager de féroces compétiteurs.  Respirer.  Un dimanche en journée de canicule qui offrait son regard vers l’été.  J’ai vu des gens tomber, abandonner, rigoler, se sentir à bout et pourtant, encore une fois, tous et toutes ont pris la vie à-bras-le-corps pour avancer.  Même en situation de difficulté.  J’admire chacun et chacune d’entre elles.  J’admire les bénévoles.  J’admire les organisateurs et les élites aussi.  Les yeux grands ouverts, ils ont plongé, à leur rythme.

À leur rythme, ils ont saisi un flambeau qui représentait un rêve, un objectif, une manifestation personnelle, un élan.  Comme un oiseau, comme une bête, l’instinct éveillé.  Un pas devant l’autre, maintenant.  Un pas devant l’autre, encore et encore, jusqu’au fil d’arrivée.  À tous ceux et celles qui ont pris part à ces événements – le Trail de la Clinique du Coureur et le Five Peaks Orford, le weekend dernier, je vous lève mes runnings. 

À tous ceux et celles qui prendront part à un autre défi, prochainement ou au cours de la saison, Go, go, go!  Faites-vous plaisir.  Dépassez-vous.  “Puissent vos rêves parler plus fort que vos peurs“.  Parce que c’est ce qui compte.

 

Une pensée toute spéciale pour Chantale, Jocelyne, Caro Boudriau et Meg-Ann, qui m’ont impressionnée par leur force et leur vulnérabilité à la fois.  Championnes!

 
Isabelle 

 

#LaCliniqueduCoureur

#GuerriersDuGrandRaid

#FivePeaksQuébec

#Trailforlife

Warriors of Everyday

As June was taking over the place, they got ready, on the starting line.  It was one of those mornings where trees would light up the way with their new greens.  Where birds would be singing as the Sun would offer us its rays and where, sometimes, breathes would appear as agitated. At that moment, even when smiles would show up, there might be something going on around, such as anticipation and stress.  They were quite a few.  Some going for a well known race on Saturday morning, at  Trail de La Clinique du Coureur (Running Clinic’s Trail), others getting ready for Sunday’s adventure, Orford’s Five Peak’s as some others would train in a different space, out of a competitive mindset.  There were women, men and children.  What did they have in common?  At one point, they became runners.

Early, on that Saturday morning, I was helping on a training with groups of runners, in Orford.  Pleasure on the go, we had fun going forward, practicing intervals all together, right on the mountain.  As people could feel their thighs, I thought about that time, which was calling, far away – in Lac Beauport – race cue.  Morning getting tired, I got ready to leave my colleagues to get on the road and drive to the Running Clinic’s Trail (Trail de la Clinique du Coureur).  I made my way to destination on time to witness some of the first arrivals.  I decided to steal a spot close to the Finish Line to cheer up those who had made their way up to that point, smiling or not.  It was a demanding path, as much for rhythm than route.  The Sun was high up and the ground was offering muddy areas as a-must-to-jump-in just to get a bit of make up.  Some runners were likely more wounded or more exhausted than others, carrying their accomplishment with all of their being, their presence, but all of them had, tattooed in the face, the experience.

First runners are always acclaimed.  Accomplishment and phenomenal venue, this moment creates an imprint in all present minds.  With a great deal of challenge, they access to the podium.  On this sunny Saturday, at Running Clinic’s Trail, memories aren’t falling appart.  Warriors came in with a consumed energy, fed with a building ferocity.  With Joy and Pain.  With Pride and admiration.  Then, many other runners got the the end, running along banners announcing the Finish Line.  Event if the number of supporters was decreasing, there, every new runner had its applauds round.  Some were more shy than others.  In all cases, those passing moments, those arrivals were flowering with emotion.

 

 

 

(In progress)

 

Un instant à la fois – Moment to moment…One and Only

Un instant à la fois

(English version below)

“Courir m’a transporté au coeur de petites et de grandes aventures, à la maison et autour du monde.  Courir m’a nourri d’espoir et de persévérance dans les jours où je n’en n’avais plus – et même, de temps à autres, de cette lumière qu’est la gloire.  Courir m’a appris que je pouvais tout faire, tant que je continuais à poser un pied devant l’autre.  Parfois, cette notion est métaphorique et parfois elle ne l’est pas.  En ce sens, J’ai été inspiré à réaliser des choses que je n’aurais peut-être jamais cru possibles autrement.  Et tout a commencé par un simple pas”.

Martin Dugard, publié par Anne Champagne, Instagram (traduction libre; Isabelle)

 

Sur la montagne, la pluie ruisselle.  Elle se coule le long des branches, poursuit sa fuite jusqu’aux feuilles qui y sont attachées et plonge au sol avec grâce.  Les minutes, puis les heures passent et les flaques d’eau, mélangées à la terre, offrent à mes souliers quelque chose qui ressemble à une recette bien juteuse dont on n’est pas certain de vouloir connaître le secret.  La brume enveloppe les environs et pourtant, on voit encore les sommets et les pignons au loin.  Un instant passe et le point de vue disparaît pour offrir quelque chose qui ressemble à une jungle touffue, version québécoise.  L’eau qui danse avec moi sur les rochers, le long du sentier, semble faire la conversation. La chaleur nous environne.  C’est magnifique.

Je respire, entre les rochers, en pensant à ces vides, parfois trop remplis, qui me font tanguer, dernièrement.  Au travail, je me suis rendue compte que je me sentais fatiguée, que j’avais, en quelque sorte, perdu espoir. Comme si j’avais un peu abandonné.  Comme si la ligne de départ et d’arrivée n’existaient plus et que le tracé se faisait très flou.  Je me suis perdue dans le train train du quotidien qui va, bien souvent, à une vitesse pour laquelle je me prends à retenir mon souffle.  J’ai l’impression, dans ces moments-là, d’oublier ce qu’est le bonheur.  Comme si la perception qui l’accompagne devenait un concept abstrait, quelque chose d’intouchable.  Je ne constate pas que la journée est longue; j’en suis immergée. Quand la nature me prend dans son bain, dans le mouvement, le bruissement de ce qui l’habite, je sens que ma respiration reprend son cours. J’avance, un pied devant l’autre.  Même sous une pluie torrentielle, il se dégage une paix qui nourrit le coeur.  La ligne n’est pas tracée sur le sol.  Elle est partout.  Le départ et l’arrivée se rejoignent en un instant, comme une panoramique qu’on aurait accolée à une autre, puis une autre encore pour en faire un paysage à tête de hibou.  Les sensations bougent.

 

La cadence, rythmée, crée sa musique et elle me fait remarquer que j’ai la tête remplie. Pleine de trop-pleins.  Fatiguée aussi.  Comme je respire, elle fait son inventaire et se déverse, quelque part, le long du trajet.  Comme la pluie, les pensées ruissellent et s’organisent en créant de drôles de chemins.  Dans la forêt, les pentes montent et descendent.  Mon souffle s’adapte.  il gravit les abrupts, palier après palier.  Puis il redescend avec l’allégresse d’un mouvement plus rapide.   Les formes sont irrégulières et harmonieuses.  L’environnement me fascine.  Je me rends compte – ou quelque chose porte au rappel- que ce que je ressens et que j’observe fourmillent à partir de l’intérieur. L’entraînement et la nature génèrent  un langage qui me parle et qui me stimule, qui m’interpelle, jour après jour.  C’est mon encodage. J’en ai besoin. Il m’est arrivée d’essayer de m’en dissuader, mais ça ne fonctionne pas.

Je cours.  Les minutes continuent de s’effleurer.  Les heures rigolent et je réalise que j’ai oublié, une autre fois, que mon bonheur m’appartenait.  Qu’on ne pouvait pas le déposer dans les mains des autres. Paradoxalement, alors que le jour semble tomber, l’esprit se dégage et s’éclaire.

Inspirer et expirer pour de vrai.

Sentir mes jambes qui travaillent alors que mes yeux découvrent les environs une nouvelle fois…ou une fois nouvelle.

Avoir l’idée que la fatigue se fait ressentir, mais qu’elle ne m’emporte pas.  Elle ne m’écrase pas. Elle fait partie de ce qui circule dans mon souffle.  Par la bouche, par les narines, par les yeux, par les pieds et par la tête aussi.  Le souffle, c’est l’ensemble.

Le souffle, c’est un peu de ce que je retrouve en forêt.

Quelques tranches d’orange sortent de mon sac.  J’ai le rictus facile.  Le bonheur perle à la pluie.  Et je cours encore, en me disant qu’on peut se projeter dans les environs, venir en aide et se faire donner un coup de main aussi, à son tour.  C’est vrai.  Et important.  Mais la semence, ce qui grandit avec la pluie, puis le retour au soleil, passe par un rythme, une cadence et les yeux qui sont les nôtres.

 

Le sentier s’ouvre et se referme, offrant des passages moins empruntés que d’autres.  Je réussis à me perdre dans une forêt pourtant familière et ça me fait sourire.  Parce que je peux goûter un peu plus à la pluie.  Certains passages sont inondés alors que d’autres se drainent tout naturellement.  Et tous semblent respirer, encore, comme moi.  J’y vois un beau parallèle.  Les zones se découvrent alors que la verdure se fait de plus en plus abondante.  Je circule à bon rythme et j’ai tout de même l’impression de capter ce qui vit, comme si je me fondais dans le paysage.  Comme si nos poumons ne faisaient qu’un.  C’est une sensation riche et unique.  Devenir la nature, la forêt.  Ajuster mon pouls au sien.

J’enchaîne et le temps me semble relatif.  Dehors, les heures passent et elles n’ont pas d’importance.  C’est un moment et je ne le remets pas en question non plus.  Je m’entraîne, oui, mais il me semble que ça représente bien davantage.  Doucement, la pluie s’effrite et s’éteint.  La sortie approche aussi, car des pancartes annoncent l’approche du point de départ.  J’entends l’eau qui gronde, au petit barrage, comme si elle faisait la conversation avec entrain.  Je bondis.  À mes pieds, soudain, un mini serpent apparaît.  Une couleuvre qui se meut tout en ondulation.  Elle et moi avons été surprises, je crois, par l’apparition de l’autre.  Je m’arrête et je prends le temps de lui sourire, de lui parler avec douceur.  Mon imagination travaille et j’ai l’impression qu’elle discute, elle aussi, à sa façon.  Je l’observe et elle m’observe à son tour.  C’est un cadeau.  Je repars, doucement, avec le sourire au coeur, au ventre et aux pieds.  Au terme de ce weekend, de ces trois journées d’entraînement, je ressens une saine fatigue, mais surtout, la paix.  Je débouche sur le stationnement où se trouve ma voiture alors même que le soleil pointe son nez.  Il me rappelle, lui aussi, que la vie sourit et qu’elle est bonne.

Un instant à la fois

 

Un merci tout spécial à Pascale Dubuc, à Jean-Paul et à Diane ainsi qu’à David Courchesne pour votre appui, votre support et vous encouragements, par ce geste.  Ça me touche beaucoup.

 

 Isabelle 
Pour suivre et contribuer à ma campagne Makeachamp: https://makeachamp.com/fr/isabellebernier

Moment to moment…One and only

“Running has taken me on adventures great and small, at home and around the world.  It has provided me with hope and perseverance on days when I had none – and even, once every great while, warmed me with that fleeting ray of sunshine known as glory.  Running has taught me that I can do anything, just so long as I keep putting one foot in front of the other.  Sometimes that notion is metaphorical and sometimes not.  In this way, I have been inspired to attempt things I would have never dreamed possible.  And it all started with a single step”.

Martin Dugard

Shared by Anne Champagne, Instagram

 

Rain is pouring on the mountain.  It flows along the branches, escapes down to the leaves attached to them and dives gracefully to the very bottom, on the ground.  Minutes and then hours are passing by and puddles, blended with soil and muddy extracts, offer to my shoes something that looks like a juicy recipe, one of those secret one we might not necessarily be tempted to ask for.  A mist covers the surroundings, but from afar, summits and pinions keep being sort of in our eyes sight. In the blink of an eye, the view disappear and offer a wild jungle, Quebec version.  Water and I are dancing on the rocks, along the path, seemingly talking to each other.  Heat is all around us.  It is quite magnificent.

 

In between rocks, I’m breathing, thinking about the void, this nothingness, sometimes too full, lately, making me feel like I would spin in a strange way.  At work, I felt tired; I felt, somehow, like if I had sort of lost hope.  Like if I had given up.  Like if start and finish lines weren’t existing anymore and that the way was blurring.  I lost myself in a daily routine often unfolding at a keep-your-breath-as-long-as-you-can rhythm.  In those specific moments, the sensations growing and growling in my body seem to tell me I have forgotten what happiness is all about. Likewise, the perception coming along would be abstract, untouchable.  I’m not standing to say that my day is too long; I’m submerged in the hole of it.  Whole.  When Mother Nature bathes me, in the movement, in the whispering of every living thing she holds, I clearly feel my breathe catching up with who I am. I move forward, one foot after the other.  Under pouring rain, a great deal of peace feeds my heart.  The line isn’t like an imprint on the ground.  It is everywhere.  Departure and arrival are meeting up in one moment, in one spot, like a panoramic view we would saw to another, and then another one to create a howl’s head landscape.  Sensations are moving.

 

Put in rhythm, the cadence creates its music and makes me realize my head feels quite overwhelmed.  Filled with too much of pretty much everything.  Tired too.  As I breathe, it’s building it’s inventory and pours a lot out along the path.  Like rain, thoughts drip and gather, creating funny ways.  Uphills and downhills are talking up in the woods.  My breathe adapts to the mood.  It goes up the steep places, plateau after plateau.  Then, it lowers back down, going with a gleesome and fast movement.  Shapes are irregulars and harmonious at the same time.  Environment fascinates me.  I can realize – or something reminds it to me – that what I feel and observe abound from within.  Training and Nature generate a langage that speaks to me and motivates, calling me, day after day.  It is my key code.  I truly need it.  Once in a while, I try to put off it, but it doesn’t work.

I run.  Minutes keep flirting one with another.  Hours laugh and play naughty…for me get to the fact that I forgot, once more, that happiness was mine to take care of, meaning it belonged to me to embrace it.  As there was absolutely no point to let it in others hands. Day is going down and, paradoxically, Spirit rise and lightens up.

Time to breathe in and breathe out…for real.

To feel that my legs are working as my eyes discover the surroundings once more…in a new way.

To hold to the idea that tiredness is there, but that it isn’t putting me off nor breaking me.  It is part of what flows in my breathe.  Through my mouth, through my nose, my eyes, my feet and my head as well.  Breath is Unity.

Breath is part of what I get back in the woods.

An orange is taken out of my bag.  Smile comes easily.  Happiness drops from the rain.  And I’m still running, telling myself that we can project ourselves all around, help and give back too when it is possible.  It’s true.  And important.  But the seed, first growing with rain and then with the Sun, passes by a rhythm itself, a cadence and eyesights of ours.

Pathway opens and close ups, offering uncrowded spaces and places.  I keep loosing myself in a familiar forest and it makes me smile.  Because I can taste a little more of that rain.  Some paths are flooded as others aren’t as they naturally get drained. And everyone of them seem to breathe in a very simple way, even then, as I do.  I picture it as a nice parallel.  Areas are uncovering before me as green appears much abundant.  I move to my own pace, accelerating, and still get the impression of being able to catch, at first glance, what lives in here as if I was sinking in the place, being part of it.  As if our lungs would merge.  It is quite an impressive sensation.  Something unique to me.  To become Nature, Forest.  To match my pulse to theirs.

Here I keep going and time appear as a something optional.  Spending time outside, observing hours going by as if their number was not to mention.  It’s a moment.  A glimpse in time.  I’m not doubting about it.  Yes, I’m training here, but it looks to me as if is has an extended meaning.  Rain is carefully slowing down and fall asleep.  The end of the path gets closer, as signs announce the starting point.  I can hear roaring water, at the dam, as if it was sharing a talk with a powerful tone.  I jump from one spot to the other.  Suddenly, under my feet, a small snake appears.  A grass-snake moving in waves.  Her and I had been surprised by each other.  Stopping right there, I  take some time to smile at her and to talk to her softly.  My imagination is working on it and I tell myself that she’s talking too, here, in her very own way. I am observing her and she’s doing it back.  It’s a gift.  I get back to run, very softly, with a smile in my heart, in my belly and in my feet.  At the very end of this weekend, three days of training ending on the spot, I feel tired in a nice and relaxing way.  I feel at peace.  The end of the path leads me to a parking lot where my car is located as the Sun dares to show up.  He reminds me that Life smiles and that it is worth responding to it.

 

Moment to moment…One and Only

 

 

Special thanks to Pascale Dubuc, to Jean-Paul and to Diane as much as David Courchesne for your support, your help and the steps you make for yourselves too.  It is very special to me.

 
Isabelle 
To follow and contribute to my Makeachamp campaign: https://makeachamp.com/fr/isabellebernier