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Renée Hamel – En sentinelle

En sentinelle

Photo: courtoisie

Posée, présente et passionnée. C’est ce qui se ressent dans le ton de sa voix, dans les images captées lors de ses périples à la course comme à la marche. Renée Hamel évolue dans l’univers du trail depuis plusieurs années déjà. Revenue précipitamment d’un périple au Chili et en Argentine, elle se raconte et raconte cette nature grandiose offrant, à ceux qui la visitent, le cadeau de l’expérience. L’émerveillement. Comme si le temps comportait, après tout, un caractère un peu relatif.

La Patagonie en  sabbatique

Alors que 2020 a pris sa lancée, Renée s’est affairée à ouvrir, à nouveau, une porte sur le Monde. Factrice chez Poste Canada, elle s’est octroyé un congé sabbatique, histoire de transposer la marche en ville en une aventure bien particulière. En mode course, elle s’est plongée au coeur d’espaces ayant attiré son attention au préalable ou encore une fois sur les lieux. Les tracés possibles en vue de réaliser des périples journaliers se sont présentés au fil des rencontres, des conversations, des découvertes. Dans un lieu où tout semble nouveau, les cartes ont été mises sur la table, littéralement, pour tracer les itinéraires.

À la fin de l’année 2019, j’ai eu l’opportunité de discuter avec Renée de ses plans. Elle envisageait parcourir plusieurs régions et s’inspirer de ce qui se faisait pour se donner de nouveaux défis, pour explorer, en solo, l’idée première étant de se donner l’opportunité de se consacrer à la passion qu’elle entretien pour la course à pied dans un cadre différent, en sortant de la routine, en se retrouvant face à elle-même et donc, à ses propres limites. Elle a ainsi fait le choix de débarquer en ville – vol intérieur direct de Punta Arenas, au Chili, pour se diriger vers une campagne assez lointaine : le parc Torres Del Paine. C’est un endroit connu, où l’on peut naviguer, dans les sentiers, sur un trajet d’environ 120 km. On ne peut pas, à l’heure actuelle, franchir cette distance sans réserver plusieurs nuits en hébergement. La réglementation en place exige la preuve des réservations, lesquelles sont normalement vérifiées par chacune des stations de garde sur le terrain en vue de réaliser ce parcours sur une période de huit jours. L’idée de Renée était de compléter le trajet, si possible, en une seule sortie. Elle transportait l’essentiel à même son sac de course. « Tout le long du parcours, c’était magnifique! Ce que j’aimais le plus, c’était d’être toute seule. Je suis arrivée à un glacier et puis j’étais toute seule à le regarder. Apprivoiser la nuit, aussi. J’ai souvent peur de me perdre et là, c’était presque impossible. Mon état d’esprit était vraiment stable. Je n’avais pas peur. Il y avait peut-être des pumas à un endroit, mais comme j’y suis passée de jour, ça allait ».

Établir un record de parcours…avec surprise!

Son deuxième projet a pris son envol à El Chalten, un petit village en Argentine. On peut y parcourir des sentiers à partir de son épicentre. Ayant complété toutes les randonnées d’une journée, elle s’est tournée vers un trajet qui se complète habituellement en un laps de temps plus long. Renée y a vu une ouverture, mais elle ne se sentait pas à l’aise de franchir les rivières et le trajet, moins bien balisé, sans accompagnement. Le campement étant souvent l’occasion de discuter, de rencontrer d’autres aventuriers, l’opportunité s’est présentée : un norvégien, Hans Kristian Smedsrod, expressément venu d’Europe pour réaliser plusieurs tracés au pays, envisageait compléter le trajet du Huemul (70 km) afin de battre le record de parcours précédemment établit. Il y avait fait une reconnaissance, était bien équipé et recherchait une personne pouvait compléter le parcours avec lui, histoire d’assurer une certaine sécurité pour l’un comme pour l’autre.

Au final, ils y auront mis quatorze heures trois minutes, établissant un nouveau record de parcours. « Ça a été magique, vraiment incroyable. À El Chalten, il y a beaucoup moins de monde et beaucoup de possibilités de sentiers, tandis qu’à Torres Del Paine, il n’y a qu’un tracé accessible. C’est peut-être un peu moins majestueux, donc, que Torres Del Paine, mais vraiment beau et tellement magique, avec un dénivelé avoisinant les 3000 m. J’étais contente de le faire avec quelqu’un, parce que je ne voulais pas me perdre et tu sais, la tyrolienne, avec un harnais, je n’avais encore jamais fait ça. J’aurais pu le faire toute seule, mais le courant de l’eau, s’encorder, c’était immense ».

Photo: courtoisie

Traverser la frontière

Deux jours plus tard, Renée a enfilé son gros sac à dos pour traverser la frontière de l’Argentine au Chili à pied, soit en passant par la Careterra Austral, au Chili. Le temps estimé était de onze heures pour une distance de 36 km. Elle en a mis sept et demie, parcourant de trajet en une journée. Arrivée de l’autre côté de la frontière, elle s’est arrêtée et a déposé sa tente pendant deux jours, s’offrant un jeûne de 48 heures au passage. Elle n’avait pas prévu cette expérience au préalable, quelques surprises s’étant pointées à l’horizon, mais elle en a tiré profit et en a aussi relevé quelques apprentissages : « C’était pas tellement une bonne idée de faire un jeûne après sept heures de marche (36 km) et un soixante-dix km en montagne. J’ai vu que je me sentais fatiguée. Je sentais que je n’avais pas d’énergie. Mais je trouve ça intéressant parce que ça n’était pas dangereux, ça n’a pas mal viré et puis ce sont des expériences. Un voyage, c’est toutes sortes d’expériences. J’apprécie de voir comment je vis celles-ci, la façon dont je vais y faire face, comment je vais y réagir. Ce qui est bien quand on voyage tout seul, c’est que l’attention est portée sur soi, sur ce qui se passe vraiment. On est vraiment connecté au moment présent ».

Une semaine plus tard, ayant discuté avec plusieurs voyageurs, elle est parvenue à se rendre sur les lieux d’un nouveau parc afin de compléter un dernier parcours, soit un circuit d’environ 55km, localisé à Cerro Castillo. Il n’y avait pas beaucoup de latitude concernant la fenêtre météo et les accès pour réaliser le trajet dont on lui avait parlé. Le délai, relativement court, entre ses deux projets, la barrière de la langue et une petite fatigue ne l’ont pas empêchée de plonger dans l’aventure. Ayant été accueillie « au milieu de nulle part » – lire : une hutte en plein désert, elle s’est élancée sur un tracé qui s’est avéré, finalement, assez bien balisé. L’idée était de parcourir le sentier en s’y collant, le plus possible, tout en réussissant à voir les lagons, au nombre de trois, dont on lui avait parlé. La journée avancée, après s’être un peu perdue, le dernier d’entre eux lui a offert sa vue. C’était la dernière journée dont elle disposait, le dernier défi. Elle y aura mis onze heures, quelques détours et un grand sourire. « J’ai aimé l’inconnu, vivre avec peu, réaliser que nous n’avons pas besoin de grand chose, que c’est simple. Me rappeler, aussi, que je pouvais prendre soin de moi, bien me traiter, me laisser aller, m’écouter ».

Photo: courtoisie

À chacun ses défis

Au final, elle en retient qu’il est important que chacun respecte ses défis. Qu’on ne peut pas toujours se comparer. Que lorsqu’on entreprend quelque chose, la dimension de plaisir occupe une place importante. « Comme je dis aux gens que j’entraîne, je ramène toujours ça à « est-ce que j’ai du plaisir quand je cours? » Que je fasse cinq ou dix kilomètres en une heure, c’est une question qui se pose. Je cours à une vitesse où je me sens bien. Je fais quelque chose qui me parle. C’est, encore et surtout, de respecter que chacun établit son objectif et que c’est correct. Qu’il n’y en n’a pas un qui soit meilleur que l’autre ». La variété des expériences, que l’on parle de course ou d’autre chose, demeure impressionnante et inspirante, bien entendu, mais son essence se loge dans la façon dont elles résonnent pour chacun et chacune d’entre nous.

Le retour aura été marqué par le choc et le décalage quant aux réactions des gens, à ce qui se dépeignait sur les visages, au passage, à l’aéroport. Des airs désespérés, des yeux à peine exposés alors que le reste est emmitouflé, une chasse aux billets d’avion pour rentrer. Par la présence, virtuelle, aidante et aimante, de son amoureux, lequel était prêt à tout pour qu’elle puisse revenir au pays.  À Québec, les rues étant vides et la quarantaine nécessaire, le temps s’écoule jusqu’au retour au travail et il laisse doucement émerger les pensées, les idées. Le voyage semble déjà loin. Mais il reviendra. Toujours.

Avec le plaisir

Avec l’imprévu

Avec les défis

 

 

Les explorateurs de l’aube

Photo: courtoisie

Les explorateurs de l’aube

Martine Marois et Danny Landry partagent la vie à la maison comme à la course. Ils ont instauré, à même leur quotidien, une routine qui donne à ce sport un élan et qui leur permet de grandir à travers l’expérience. La complicité qui les unit est palpable. Ils s’offrent un défi comme un plaisir dont on se délecte et dont on se souvient jour après jour en l’intégrant à notre réalité. Derrière eux: la découverte de la course en sentier. Au-devant: le Tor des Géants, à nouveau. Et entre les deux, un moment pour se préparer, mais aussi pour se poser.

Devant une montagne

Leur aventure commune s’est amorcée dans le virage d’un défi sportif encadré par Martine, alors coach chez Esprit de Corps. Tous deux parents monoparentaux, l’entraînement et la montagne ont dévoilé une opportunité qui s’est avérée cruciale dans la suite des événements. Préparation, ascension et covoiturage ont tissé la trame de ce qui allait se construire dans la plus grande ouverture. Le secret? C’est la faute de la Gaspésie. C’est aussi, je crois, l’élan qu’ils insufflent à chacune des expériences qu’ils entreprennent. Ils s’entraînent ensemble aux petites heures, pendant que nombre de gens dorment encore. Le plaisir et la découverte les guident. Ils ont soif de défis qui dépassent l’entendement. On pourra d’ailleurs les considérer, maintenant, comme des habitués du tracé du Tor des Géants, un événement qui en secoue plus d’un.

Au fil des courses

Danny exprime : « On courait déjà tous les deux. Avant qu’on ne se connaisse, je courais un peu. J’avais déjà fait des demi-marathons, des trucs comme ça. Je n’avais jamais fait plus long que ça, mais je courais à toutes les semaines, j’étais très actif. Martine faisait déjà ça, elle aussi, de son côté, alors je pense que lorsqu’on a commencé à être en couple, ça s’est installé tout seul parce qu’on partageait déjà cette passion-là et on l’a développée à deux ». Chacun avait développé une aisance à la course, mais l’élément déclencheur, selon Martine, a bel et bien été la course en sentier.

À l’époque, Martine agissait notamment en tant que coach auprès de groupes de coureurs. Ce qui était, à ce moment-là, la plus longue course en sentier au Québec, l’Ultra trail Harricanna, affichait l’ouverture de ses inscriptions. Ayant été mise au défi par un coureur, Martine s’est engagée à s’inscrire et Danny aussi, motivé par l’idée d’aller explorer ses limites. Le plan initial était de franchir la distance de 65 km. À la suite d’une invitation à intégrer, sans frais supplémentaires, les rangs des partants pour le 80 km, le plan prenait une tangente un peu différente. Dans la conception qu’en avait Danny, courir 65 ou 80 km, c’était du pareil au même. Martine avait plutôt en tête : « Non, mais, c’est parce que tu n’as jamais couru de marathon… ».

En vue de réaliser ce défi de taille pour lequel ils n’avaient aucun comparatif, ils ont pris le départ de l’Ultra trail du Mont Albert afin de compléter le trajet de 42 km. Expériences un et deux en poche, heureux, mais éprouvés, ils n’ont jamais cessé de se lancer des défis en course en sentier depuis. La première année aura été une année de découverte. Danny en dit aussi : « Après ça, on a comme juste augmenté et on a été de plus en plus audacieux, même si on savait qu’on aurait pu juste travailler à améliorer nos temps. On choisissait une distance supérieure et on se disait « On verra où ça va nous mener ».

L’année suivante, quelques abandons lors de longs parcours, en course, ont eu un impact intéressant. Plutôt que de se sentir décontenancés devant le choix de mettre un terme à une expérience en cours, ils ont surtout retenu le plaisir et la joie de pouvoir identifier les points forts tout comme les dimensions à parfaire en vue de retenter le coup, d’entreprendre de nouveaux défis.

Martine a grandi en jouant au basketball, puis en pratiquant la course sur route, principalement. Danny jouait au hockey et s’est tranquillement dirigé vers la course à pied. Ils se sont retrouvés là où les chemins n’existent pas, là où il importe de faire confiance à la nature : dans les sentiers, à flanc de montagne, en se rendant jusqu’aux sommets.

Être contagieux

La course en sentier, pour Martine et Danny, est synonyme d’aventure à vivre en équipe. Ils ont convenu de progresser ensemble, en respectant le rythme propre à chacun. En se retrouvant, inévitablement, quelque part. Martine évoque : « C’est moi qui propose, tout le temps, les plans de fou. C’est moi qui vais chercher la documentation et tout ça. Une fois qu’on est sur la montagne, c’est Danny la sécurité. C’est Danny la sagesse.  On fait une superbe équipe pour explorer ». Danny ajoute qu’il ne voit pas de limites. Il se plaît à trouver des défis qui peuvent sembler insurmontables. Il en dit d’ailleurs : « Parfois, les gens pourraient dire ‘’Ben voyons, c’est complètement malade! T’as pas fait tes classes encore.’’, mais j’ai besoin de me dire

C’est infaisable, ça n’a pas de bon sens? Ok, j’y vais ». Ils sont tous deux d’accord : « C’est l’expérience qu’on va chercher. On est des gens de processus…plus que de performance ». Ils aiment en profiter, parler, aller à la rencontre des gens et rire ensemble, même – et surtout – dans les moments qui s’avèrent exigeants. Le plaisir qu’ils en retirent prend tout son sens dans la satisfaction personnelle, l’accomplissement ressenti plutôt que dans un classement. Ils ont soif d’aventure et parmi celles qui ont capté leur attention, le Tor des Géants en est une. Cette épopée, ils l’ont vécue à plus d’une reprise (une et demie pour Martine, la première se terminant au 192e km, et deux pour Danny). Entre temps, Danny s’est également senti interpellé par le triathlon et a complété un Ironman, une expérience qu’il a adorée, mais la course demeure la piste favorite.

Photo: courtoisie

Les défis à venir

Le temps n’a pas usé leur volonté. Au contraire, elle est encore forte. Forte de ces expériences, forte de ces moments uniques qui peuplent leurs saisons. Martine, Kinésiologue et kinésithérapeute de formation, prépare les plans. Organisation et inspiration sont au rendez-vous afin de construire ce qui les mènera sur le parcours, jusqu’à la ligne d’arrivée, si tout va comme prévu. Ils se connaissent. Ils savent de quoi ils ont besoin. À ce propos, il y a quelques années, Martine a été diagnostiquée coéliaque. C’est un des facteurs qui auront véritablement remodelé l’entraînement ainsi que la préparation, comme la gestion de l’alimentation – un élément d’ores et déjà crucial – lors d’un événement.  Ils se préparent en courant à la frontale, aux petites heures du matin, ou encore au retour du travail. Pendant la semaine, Martine court davantage alors que Danny s’entraîne à vélo. Les weekends se construisent autour de sorties dans les Montagnes Blanches, un vaste terrain de jeu et d’entraînement.

Encore cette année, le Québec Méga Trail risque d’être à l’horaire avant l’objectif Tor des Géants. « Ma vision en lien avec cette course commence vraiment à se placer. Je sais quel est l’effort que j’ai mis et ce que j’ai à mettre de plus pour améliorer mon temps. Je suis déjà entrain de faire ce travail psychologique de préparation mentale ». Danny ajoute : « Il y a deux choses qui vont aider à ton succès : tu as l’expérience du terrain et tu as aussi une équipe de soutien ». Car, lors de cette édition, Danny agira en tant qu’équipe pour venir en aide à Martine. De son côté, il envisage compléter un défi différent, où elle l’accompagnerait, à son tour. On sent que la ligne directrice est claire et que l’énergie investie est entière. Aucune ambiguïté. Et même si le doute se levait, il irait probablement boire une tisane en attendant le prochain train. L’inspiration se lève, je crois, et elle irradie de la détermination qu’on peut ressentir dans la communication partagée par cette équipe. La complémentarité offre une latitude qui semble permettre à chacun de rayonner, d’y trouver son compte et de terminer, ici ou ailleurs, tout près de l’autre.

Photo: courtoisie

Entre la route et la montagne

De Montréal à la Gaspésie, les années ont passé. Ils se sont rencontrés une première fois, un projet de montagne en tête et ils ont eu, je crois, cette opportunité de faire grandir un rendez-vous qui se renouvelle avec la grandeur de l’expérience, du partage qu’ils en font, des apprentissages qu’ils en retirent. Martine continue de proposer des « plans fous » et Danny s’y investi avec coeur, y trouvant sa douce vêtue d’une grande force, mais aussi en traçant son chemin avec cette passion qu’est la course en sentier. Dans la lignée, des projets tels que le Tor des Glaciers sont dans l’air. Mais d’abord, place au moment. En souhaitant vivement que l’été soit synonyme d’ouverture, d’instants qui se multiplient, conduisant aux montagnes d’aujourd’hui et de demain, plein soleil.

Sur une crête étroite

« On peut découvrir en soi, et autour de soi, les moyens qui permettent de revenir à la vie et d’aller de l’avant tout en gardant la mémoire de sa blessure. Les chemins de vie se situent sur une crête étroite, entre toutes les formes de vulnérabilité. Être invulnérable voudrait dire impossible à blesser. La seule protection consiste à éviter les chocs qui détruisent autant qu’à éviter de trop s’en protéger ».

Boris Cyrulnik

De chair et d’âme (2006)

 

Les passants baissent les yeux, le visage figé, les lèvres neutres. J’ai croisé, en pleine forêt, une ou deux grandes familles et des amis bien distancés. Nous ne sommes pas à proximité de la ville, mais la tension se fait sentir. L’air, pourtant vivifiant, ne semble toucher les peaux qu’avec un peu de recul, alors que le temps passe.

On respire parce que les minutes sont précieuses. Parce qu’on a un moment et une santé pour faire un tour, entre deux soubresauts de travail ou de connexion internet. Je pense à tous ces gens qui ont vécu une grande partie de leur vie (peut-être leur vie entière) dans l’isolement, la solitude, la souffrance, la maladie, avec le stress, l’anxiété et/ou dans la peur. Il y en a pour qui cette réalité n’a rien de nouveau quant aux sensations qu’elle éveille. Quant à ce qu’elle soulève. Pour certains, c’est un choc. Comme un marteau qui s’affaisse alors qu’on ne l’avait pas prévu. Comme un arbre qui s’effrite quand on le croyait presque immortel. Le mouvement de masse amplifie la situation, pour le meilleur et pour le pire…

En période d’incertitude, on se demande comment concevoir le fait de résider dans ce genre de situation de façon indéterminée. Comment y entrer et en ressortir? On peut toujours s’évader, ne serait-ce que par la pensée, avec la force de l’esprit (ce qu’on appelle « le mental »). En profiter, surtout, pour cultiver la paix. Pour soi. En soi. Peut-être éveiller l’équilibre alors qu’il peut sembler, à prime abord, brisé. Il existe des peuplades de réflexions qui effleurent, qui visitent, qui transpercent.

On s’observe, à distance.

On nidifie.

On cultive l’espérance.

Et, dans la foulée, on commence à parler de solidarité.

Ici, maintenant, dans quelques mois, dans quelques années aussi, je l’espère. Parce qu’on a tous besoin de ces regards remplis d’ouverture, de franchise et de volonté d’aider l’autre, de contribuer, de grandir.

Entre les deux, je me suis fait la promesse, au gré de mes allers-retours au travail et des bourrées d’oxygénation au grand air, de continuer à sourire à ceux et à celles dont le regard croisera le mien. Enfin, s’il advenait que la routine me confine au hameau familial, je ferai de mon mieux pour faire naviguer les sourires sur les fils invisibles. Pour moi, pour nous. Histoire qu’on se voit un peu, en vrai ou en ondes.

Inner peace

#solidarité

#lacliniqueducoureur

#healthyrebeltribe

Jessica Lange et Olivier Le Méner: une équipe de choc

Une équipe de choc

Photo: Courtoisie Jessica et Olivier

Leur rire est contagieux. Échanger un moment avec Olivier Le Méner et Jessica Lange, c’est prendre le temps de plonger au coeur d’une équipe à toute épreuve, d’un noyau qui se transpose, dans le temps, avec une constance et une volonté qui impressionnent. Ils ont chacun leur bagage et pourtant, leurs expériences de vie se fondent en un seul trésor, bien ancrées dans le quotidien.

Les débuts

Jessica a grandi dans un village où pratiquer la course à pied était plutôt marginal. « J’ai toujours été une passionnée de course à pied, dès mon plus jeune âge. Dans le secteur où j’habitais, j’étais la seule à courir. C’était comme pas le sport, en plus, à ce moment-là, qui était connu et reconnu. Mais moi j’aimais ça. À travers les années, ça a été un petit peu comme un dancing. Parfois je reprenais la course. Parfois j’arrêtais ». Se remettant tout d’abord à courir pour accompagner Olivier alors qu’ils venaient de s’installer au Québec, elle ne s’est jamais arrêtée depuis.  À la base, elle a toujours aimé la vitesse. « Après, j’ai commencé à faire un peu plus de longue distance en accompagnant Olivier en trail. J’ai toujours fait de la course sur route. Le trail était donc très, très nouveau pour moi. J’ai commencé à le suivre un petit peu et il est vrai que j’aime beaucoup l’environnement et c’est de là que j’ai commencé à faire un petit peu plus de longue distances ».

Olivier, à grands renforts de confiance, relate son expérience de vie en tant que militaire : « J’ai réussi à entrer dans l’armée – j’avais emmené Jessica, je lui avais fait quitter son travail. J’étais persuadé que j’allais entrer dans la marine et en fait, j’étais entrain d’échouer à mes tests de course. J’avais un 8 km à faire en trail et arrivé à cette sortie, je me suis foulé la cheville le long d’une rivière ». À ce moment-là, Olivier croyait s’être perdu le long du parcours. Puis un ami est arrivé, derrière lui, et lui a offert de l’aide en portant son sac. Il ajoute : « Tu sais, ça pesait 15 kilos. Et là, j’ai allumé. Le cerveau a dû déconnecter. J’ai oublié ma douleur, je l’ai suivi, j’ai avancé, puis il m’a redonné mon sac. On a fini ensemble et j’ai réussi à être pris dans ces classes-là, à suivre la formation que je voulais tant suivre ». Il s’est toujours entraîné depuis. L’entraînement a fait partie de son quotidien et c’est ce qu’il s’applique à transmettre, jour après jour, auprès de ses clients, des athlètes, de ses collègues, de sa famille.

Ce qui les relie

À l’écoute de Jessica et d’Olivier, je me sens attendrie par la force de la communication qu’ils entretiennent et par la façon dont ils en font un langage commun. On peut sentir que les chemins les ont fait grandir et qu’ils ont en main tout un bagage pour courir à travers la vie. Outre trois beaux enfants, tout aussi éveillés, curieux et actifs qu’eux, ils ont donné vie à une passion qui s’est construite au fil des défis.

Originaires de France, ils sont arrivés au Canada avec le désir de s’y installer. La transition aura été un moment bien particulier, comme Olivier était pris par le travail…et la poutine! Reprendre du mieux, physiquement parlant et garder la forme ont été des facteurs déterminants pour la suite, pour le rythme qu’a adopté la famille, pour pouvoir accompagner Jessica dans ses projets, elle qui s’était aussi remise à la course entre temps, histoire de retrouver son homme et de le suivre dans sa routine. Olivier, qui se décrit comme un coureur social, évolue dans le monde de la course en appréciant particulièrement soutenir des gens, les aider à atteindre leur plein potentiel. C’est un peu ce qu’il vit maintenant avec Jessica, en prenant soin de l’épauler dans sa démarche et de la suivre, peu importe le rythme qu’elle choisira d’adopter. Il exprime : « Je serai toujours à ses côtés. Quand on a des sorties ensemble, c’est vraiment, pour moi, une sortie ensemble. Je la consacre à ce que Jessica soit à son rythme. Qu’on puisse discuter si elle en a envie. Ou alors si elle me dit “On force un peu plus aujourd’hui“, on y va. C’est d’ailleurs pour ça que je m’entraîne fort. Pour pouvoir accompagner tout le monde dans différents types de sorties ».

Les défis qui suivront

À l’heure actuelle, Olivier et Jessica courent surtout en mode endurance. Olivier ajoute : « On est plus en mode discussion. C’est comme une réunion de couple, ces sorties, maintenant. On refait et on discute de nos projets. En fait, on passe du temps de couple de qualité quand on prend ces temps de sortie alors qu’avant, justement, le fractionné et tout…courir avec la montre…On poussait plus la machine, alors on avait moins de temps pour nous deux ». Ce sont des moments qu’ils partagent parfois aussi avec leurs filles et ceux-ci revêtent un caractère tout spécial. Il s’agit d’une conception différente de la course, centrée sur les moments agréables et actifs qui peuvent être partagés.

Au fil des sorties, les projets sont nombreux et ils émergent de ces discussions qu’ils partagent. La course les amène plus loin. Elle transporte la réflexion et nourrissent les rêves qui deviennent des objectifs. Plus ils cheminent, plus leurs chemins semblent se rapprocher. Olivier gère l’Ultra Trail Académie et développe les tuques Owl Active alors que Jessica construit à partir de ce qu’elle souhaite transmettre sur les plans psychologique et physique.

De fil en aiguille

Inspirés par de nombreuses personnes, par ce mode de transport qu’est la course, ils tissent leur avenir. Olivier parle de Florent Bouguin : « Il me pose plein de questions, notamment à propos de mon avenir professionnel…tout ça en courant. Il m’encourage énormément dans ce que je fais, dans les projets que je monte pour le trail. C’est important aussi pour lui, la communauté. On a des valeurs qui sont assez proches, donc je pense que c’est pour ça qu’on se retrouve assez souvent ». Jessica, de son côté, pense à Serge Girard : « C’est un français qui s’est mis à la couse à pied vers l’âge de quarante-cinq ans. En fait, il a fait le tour du monde en courant. C’est un grand inspirateur, avec beaucoup d’humilité. Il m’a raconté son histoire. C’est important pour lui de ne pas donner de conseils. Il m’a raconté sa façon de faire, qui m’a d’ailleurs beaucoup aidée pour mes vingt-six marathons ».

L’année qui se dessine apporte avec elle ses projets qui appellent à être développés et dévoilés. Pour l’équipe de choc, la course transforme le quotidien et les place dans une dimension où l’action prédomine. « On est dangereusement ambitieux! », ajoute Jessica. De ces dix à quinze heures consacrées à la course, un bouquet de créativité et de précieux échanges voient le jour. Ce sont ces moments qui contribuent à créer autant de souvenirs qu’un avenir où tout peut être possible.

Ces couples qui courent – Anne Bouchard et Sylvain Rioux

Photo, courtoisie, Anne Bouchard et Sylvain Rioux

Anne Bouchard et Sylvain Rioux font partie de ces personnes que l’on croise et dont on se souvient. La CCC, l’UTMB, le North Face Endurance Challenge, le QMT et la Gaspésia 100 font partie des courses qui les ont vu courir, gagner, supporter et former une équipe incomparable.

« Je me disais que pour la séduire, je devais la faire rire.  Mais à chaque fois qu’elle riait, c’est moi qui tombait amoureux ».

Tommaso Maria Ferrari (1649, 1716)

Au bout du fil, Anne et Sylvain parlent en voix complices. Ils ont pris un moment, un vendredi soir, afin de discuter à propos de course et de couple. L’ouverture et la simplicité, dans la communication, sont désarmantes.  D’entrée de jeu, Anne confie qu’il y a des zones qu’ils partagent et d’autres qu’ils ne partagent pas. Les routines semblent établies pour durer. C’est d’ailleurs ce qui se dégage de leur union. L’ultramarathonienne et le duathlète ont trouvé une recette qui résonne pour eux.

La course et son noyau

Près de treize ans après leur première rencontre, Anne et Sylvain, respectivement âgés de 45 et 46 ans, construisent encore en conciliant les entraînements, la vie de couple et la vie de famille. Leurs deux enfants font partie de cette équipe de choc. Ils apprennent en suivant leur propre voie, entourés de parents qui sortent de l’ordinaire et qui se permettent de vivre ce qui les passionne. Anne introduit le sujet en mentionnant : « Je n’étais pas une sportive du tout. Je n’avais jamais fait de sport d’endurance. C’est Sylvain l’athlète, le coureur en fait. C’est un duathlète, il a fait six championnats du monde et la course à pied, il connait ça. Moi, je suis un fille de montagne. Je viens du milieu de l’escalade. Et quand j’ai découvert le trail running, c’est devenu mon nouveau défi ».

La flamme de la course en sentier avait été allumée. Anne l’exprime de façon convaincue en mentionnant que pour Sylvain, le déclic n’avait pas été si soudain. Il le dit d’ailleurs en rapatriant ses souvenirs : « J’ai grandi en Abitibi. Mon père est un travailleur forestier. Il partait travailler en chantier et quand il revenait, il était super en forme. Il gardait sa forme en allant courir, comme il courait des 10 km quand il avait une ou deux semaines à la maison. Mon père, c’était mon idole, mon modèle. J’allais courir de temps en temps avec lui et c’est comme ça que j’ai accroché à ce sport-là ». Pour Sylvain, le parcours s’est tissé, de fil en aiguille, depuis l’école, avec ses olympiades, suivi de l’athlétisme, en passant par une ouverture vers la course sur route, laquelle lui a permis de gravir des marches et d’acquérir de l’expérience dans la discipline du duathlon (course et vélo). Le duathlon aura fait figure d’aventure s’échelonnant sur une dizaine d’années, période pendant laquelle Anne s’est éventuellement mise à la course en sentier.

Nouveaux défis, nouveaux chapitres

« Quand j’ai fini mon duathlon, je m’étais dit : je ne fais plus de compétition. Je me tiens en forme pour le reste de ma vie. C’est tout. Mais, très rapidement, j’ai vu qu’il y avait un espèce de gros vide. C’est Anne qui a ouvert le chemin du trail, puis je me suis aventuré. J’y ai vraiment pris plaisir ».

Alors que la discussion va bon train, Anne souligne que leur expérience de la course est distincte, même s’ils s’y retrouvent. Ils en parlent d’ailleurs chacun à leur tour et adressent leur vécu individuel antant que commun avec lucidité. Anne mentionne : « C’est pas une zone de grande entente, entre Sylvain et moi, la course. Tranquillement, on s’en vient sur un terrain d’entente parce qu’on a deux attitudes totalement opposées par rapport au sport. Sylvain est un gars performant. Moi, je suis une fille de bonheur ». Pas toujours facile de partager des moments d’entraînement, en course à pied, quand les optiques et les perceptions divergent!

Elle ajoute : « Depuis que j’ai un nouveau coach, j’ai cette zone de performance-là à aller toucher et c’est Sylvain qui m’amène dedans. On se rejoint. C’est limite encore et ce sont des entraînements isolés,  mais on ne va pas faire quatre heures de course ensemble ». Sylvain s’entraîne en semaine, au coeur de Montréal, dans le secteur du Mont-Royal, en sillonnant les rues qui jalonnent son parcours. Il ne sort pas beaucoup en forêt, mais y arrive en participant à différentes courses. De son côté, Anne se concentre exclusivement sur les parcours d’entraînement en sentier..ou presque! Elle court pour se rendre au Mont-Royal, pour additionner les kilomètres et fréquente la montagne, à l’extérieur de la ville, le weekend. Travaillant en collaboration avec un nouveau coach, elle applique les modifications au plan d’entraînement, lesquelle implique de marteler un peu plus fréquemment le sol des rues de ville. Chose aisée, tant pour elle que pour Sylvain, comme la petite famille est logée au coeur de la Métropole.

Conciliation, le mot magique…non sans effort!

Qui dit famille, couple et entraînement soutenu dit conciliation. C’est là que se pointe la routine. Anne explique qu’elle s’entraîne deux fois par jour. Elle se lève à 04 :30, s’entraîne, revient à la maison et s’occupe des boites à lunch avant le départ pour l’école et le boulot. Son deuxième entraînement se fait à l’heure du midi. Sylvain, quant à lui, insère ses plages d’entraînement dans son horaire de travailleur autonome : « J’essaie de bloquer deux heures à tous les jours. Ça représente un défi et des sacrifices. Entre 8h et 17h, je concilie le travail, l’entraînement et tout ce que j’ai à faire personnellement ». Le mercredi est une journée de course partagée, comme Anne et Sylvain vont s’entraîner ensemble sur piste au Centre Claude Robillard. Ces moments ont un caractère bien spécial, comme l’explique Anne : « Sur la piste, Sylvain me sort de ma zone de confort. Ces moments-là sont devenus aussi un meeting familial. Pendant le vingt minutes de réchauffement, on jase de notre planning familial, de nos enfants, de nos défis. On se fait vraiment un conseil de famille. Cet entraînement-là est devenu presque essentiel dans la conciliation de tout ça. Ça nous permet d’enfin échanger sur nos réflexion, de faire avancer le bateau de la famille ». Tous deux s’accordent pour dire que ces moments sont d’une qualité exceptionnelle.

 

Un mode de vie

Courir, pour Anne et Sylvain, fait partie d’une hygiène de vie et d’une façon de l’appliquer qui modèlent le quotidien, mais aussi la vision de ce qui suivra. D’un défi qui devait marquer la fin du parcours en course (la CCC), Anne en est venue à cibler de nouveaux objectifs : « Maintenant, les défis, je les veux, je les garde et c’est essentiel. Dans ce mode de vie-là, je ne suis tellement pas rendue encore au bout des réflexions que ça m’apporte et des réflexions que ça me fait faire en tant qu’être humain ». La course est un vecteur d’énergie et alimente les journées. Sylvain, lui, se positionne comme « un athlète réserviste ». Il s’entraîne pour se sentir vraiment en forme et choisi ses défis en fonction des possibilités, des ouvertures relativement au plan qu’Anne aura dressé pour sa saison. Tous deux estiment que son rôle de soutien en est un qui est capital et cela fait partie de ce qui cimente l’équipe. Parce qu’Anne et Sylvain travaillent ensemble lors des courses auxquelles elle participe. Ici ou ailleurs, il lui prête main forte et l’assiste, que ce soit en personne ou de façon virtuelle. L’efficacité s’allie à la complicité. Ils en ont notamment fait l’expérience alors qu’Anne se joignait à un camp d’entraînement relevé, en Europe, l’été dernier. 2020 apporte son lot de nouveaux défis et de vacances aussi. En famille, ils prennent soin de distinguer les deux. Cet été, la Canadian Dead Race et la Sinister Seven feront partie des courses auxquelles Anne participera, entourée de ses enfants, précieusement aidée par Sylvain.

Enfin…

La force d’un couple repose entre autres sur ce qui se construit et ce , dès le tout début. À l’origine de leur rencontre, les mots suivant ont été partagés par Sylvain: “Belle, brillante, sensible, extravertie, rayonnante, authentique, aventurière, talentueuse…toutes ces qualités me sont apparues lorsque j’ai rencontré Anne dans un souper d’amis communs où elle racontait des histoires de vie quotidienne et où elle m’a fait tellement rire. La femme de mes rêves était apparue. C’était un ressenti très fort, inexplicable. Quelques années plus tard, nos chemins se sont recroisés et l’aventure a commencé. Premier rendez-vous…à courir au Mont-Royal. Le coq, à son apogée athlétique, se rend compte qu’Anne suit le rythme avec aisance pendant 50 minutes alors qu’elle n’est pas coureuse du tout! Treize ans plus tard, cette même fougue, profondément humaine, ne la lâche pas et j’adore”! De l’un à l’autre, la foulée s’est allongée. La confiance s’est installée, avec les défis, les projets. Et ils courent encore.

Un grand et doux merci à Anne, à Sylvain et aux enfants pour le partage et pour l’inspiration. Quatre plumes en mouvement qui en inspireront encore bien d’autres!

Le calendrier de Noël – The Christmas Calendar

Le calendrier de Noël a ouvert toutes ses cases.  Il a rencontré les gens qui l’attendaient, s’est laissé porter par toutes sortes de musiques. Au jour le jour, en rétrospectives ou en  percées d’anticipations, le temps avance. Habituellement, j’en profite pour réfléchir un peu plus fort. En ce moment, pourtant, ça ne me dit rien qui vaille: vouloir me mettre à réfléchir égale avoir la migraine ou m’endormir avant.

Les journées s’habillent de façon printanière.  Le printemps est ma patrie, mon noyau, mon cordon ombilical.  Ce moment où tout commence, renaît, en région, me fait l’effet d’une nouvelle vie.  Décembre s’apprête à faire place à janvier et je sais bien qu’il faut s’attendre, au Québec du moins, à ce que la neige et les grands froids reprennent le dessus.  Quoi qu’il en soit, l’élan du moment et toute la douceur qu’ils transportent me font du bien. Je réalise que je n’aime pas les fins.  Je n’ai jamais aimé fermer une porte.  J’ai toujours eu l’impression que, même quand on meurt (littéralement – physiquement – ou métaphoriquement) on est encore là.

J’aime ce qui commence.  J’aime les débuts.  Tout comme je me sens fascinée par la lumière, ses jeux dans le ciel, au cœur de la nature, parmi nous.  Sa présence diurne, comme son halo nocturne, me semblent regorger de vie.  À mon avis, la lumière, c’est un peu de ce qu’on cherche, avec récurrence. La vie.  Même quand on en doute.  Ou lorsqu’on ne s’en aperçoit pas.

Sans en faire une rétrospective, j’ai réalisé, au cours des dernières semaines, que je ne prenais pas encore le temps de m’offrir du temps.  Que chaque minute, tant que j’avais les yeux ouverts, pouvait être occupée à penser, à agir et à travailler pour une raison ou pour une autre. Que je ressentais un besoin pressant de réapprendre ce que signifiait le mot “relaxer” et “repos”. Sans culpabilité.  Avant de sombrer dans un sommeil plus ou moins régénérateur.  Prendre soin de ces moments où l’on se permet d’être soi, de s’asseoir, de se demander quoi faire m’est apparu comme un impératif.  Je ne dispose pas souvent de cette opportunité et lorsque c’est le cas, je m’empresse de la meubler.  Parce qu’il y a tellement à faire, à accomplir, à comprendre, à apprendre.  Vous voyez?  La liste est interminable.  Peut-être est-ce positif…enfin, qui d’autre que soit pourrait manifester l’importance de cet état de fait?  La famille, les amis, oui, oui, mais je pense que le déclic doit se faire, à un moment ou à un autre, à l’intérieur de soi.

En ce qui me concerne, c’est toujours une histoire d’endurance.  J’y vais jusqu’à ce que je n’en puisse plus pour découvrir que je peux encore.  Il est vrai que cette réalité pourrait valoir son pesant d’or.  Par contre, je constate que ces moments où je me permets de m’asseoir et de créer – ou simplement de m’asseoir…avant de tomber de fatigue – ont quelque chose d’unique.  Ce sont eux qui me permettent de voir naître tout un tas d’idées ou encore d’appliquer et de mettre en pratique toutes celles que j’ai eu en courant, lors de mes sorties sur route/en sentier. J’ai un cerveau hyperactif.  J’ai un coeur qui s’hypertensionne.  Soit. J’ai quand même le droit et la possibilité de me créer un quotidien qui ait du sens.  Parce qu’oublier de prendre le temps conduit, inévitablement, à l’impression que le sens n’est plus.  Hors, j’ai quarante et un ans et j’ai envie de discerner, de choisir ce qui est porteur de sens.  De pouvoir alimenter ce qui l’est et de grandir avec.  J’ai besoin de sentir que j’avance avec la vie et non en luttant pour elle.

Omettre de s’accorder le temps qu’il faut (peu importe de quelle dimension il s’agit) est toujours très coûteux.  Bien au-delà de la question du budget.  J’en ai fait l’expérience.  Je ne possède pas la science infuse, comme on dit, mais je sais qu’on ne retire aucune satisfaction à ”faire ce qu’il faut parce qu’il le faut”. Il ne subsiste aucun bénéfice quant au sens alors qu’on efface quelque chose de précieux: le vrai moi.  Cette portion de soi qui a une place à occuper: la sienne.  La mienne ou la vôtre.  Bien entendu, ce sont des questions qui parlent de perceptions.  Bien entendu, il arrive qu’on ait à se débrouiller.  Il importe de le considérer.  Ce que je vous et nous souhaite, en premier lieu, est de pouvoir évoluer en nous sentant centrés (ce qu’on appelle ”être sur son X”) à temps plein.  Que les moments qui font du bien deviennent légion et qu’on s’inspire, encore et encore, consciemment les uns des autres pour aller vers nos rêves, même lorsqu’ils semblent illogiques ou incompréhensibles.

J’ai compris qu’on ne peut pas tout expliquer, pas plus qu’on ne peut tout calculer.  L’imprévu, le feu, la tempête et les jours ultra ensoleillés feront toujours partie de nos calendriers.  Ce que j’ai envie de m’offrir, par contre, pour 2020, c’est le plaisir de me permettre de vivre ces nouveaux départs, ces commencements, de croiser, puis d’emprunter ces portes debout, l’énergie renouvelée, de prendre le temps d’allumer et de souffler sur mes bougies avec l’ardeur de l’autrice, de la blogueuse, de l’aventurière, de l’athlète, de l’artiste, de la maman que je suis et que j’aimerais voir sourire davantage, rire à gorge déployée et respirer plus calmement.  Une introvertie dont les portes peuvent être grandes ouvertes.

Parce que j’aime communiquer.

Parce que j’aime partager.

Et que je formule aussi le souhait, de tout coeur, de le vivre pleinement.

Je souhaite, enfin, inspirer mes enfants à vivre, simplement, avec bonheur.

À Être, heureux

…Après tout, c’est ce qui compte vraiment.

 

 

En vous en souhaitant tout autant, à votre façon, pour cette nouvelle année.

Vivons l’hiver comme si c’était le printemps!

 

 

 

 

 

Le manteau de vastitude

“La pensée tout est possible est techniquement fausse – nous avons tous et des contraintes, ne serait-ce que la gravité et l’impôt.  Mais le sentiment de vastitude qu’elle évoque est la vérité.

J’aime vous imaginer déclarer votre souveraineté et vous démontrer, par vos pensées et vos actions, que vous avez choisi d’avoir foi en vous.  Foi en la beauté.  J’aime vous imaginer accueillir les petites parties de vous toutes agitées qui rêvent de grandeur sans jamais y croire, et ensuite lever calmement les yeux vers le ciel étoilé, malgré le bruit autour.  Car c’est votre véritable “chez vous”.  Au-delà de tout, vous êtes un enfant de l’infini.  Et quels que soient les messages que vous recevez ou interprétez, ou les arguments qui pourraient vous traverser l’esprit, vous n’avez absolument jamais à vous rapetisser pour votre vie”.

Marie- Pierre Charron

Jiangshang Station – Chine

Je me suis réveillée, ce matin, en réalisant à quel point l’idée de courir – et de marcher – en montagne m’est précieuse. J’en ai une soif infinie.  Il s’agit d’un rêve et d’un besoin qui se sont transformés en objectifs.  Je m’y sens vivante.  Comme je me plais à osciller entre les valons et les cours d’eau, j’ai aussi besoin de cet équilibre entre la base et le sommet.  Rien que d’y penser, mon souffle se régule. Il y a de ces moments qui nous portent du centre de la Terre jusqu’au ciel, littéralement.  Je n’ai pas envie de planer sur ces perles de temps; j’ai envie de les ancrer, au quotidien, et de les partager.

L’hiver s’amène.  Les surprises abondent et m’incitent à continuer d’avancer.  L’idée de reprendre part à une sortie, une aventure, une course ou une expédition m’alimente.  C’est le temps des récapitulations de l’année, des retours sur la saison.  Des regards qu’on projette vers l’avant.  C’est surtout ce qui capte mon attention.  Ce qui me fait trépigner.  Parce qu’il me semble qu’on a tellement, tellement à vivre et à découvrir encore.  Peu importent les parcours, peu importe l’âge de chacun, il y a quelque chose de vraiment particulier à imaginer qu’on se construit, toujours, davantage.  Que ça ne se termine pas.  Qu’il est impossible d’avoir tout vu et tout vécu.  Bref, quand je m’assois pour écrire ou illustrer les idées et les projets qui me viennent en tête, j’ai l’impression que ça prendrait dix cahiers, une toile bien  plus grande que ma maison, tant de mots et d’images que j’en perds mon latin!  Le rappel: toujours un pas à la fois.  Une étape.  Cette année encore, l’impatience me gagne parfois autant que l’excitation.  Les deux pieds au sol, je repense à tous ces moments où j’ai pu me sentir pleinement ancrée et heureuse, en toute simplicité.  Et tous, ils parlent de nature, de connexion avec sa végétation, avec les gens, petits et grands, avec la beauté de ce qu’on ne peut pas prévoir.

Aujourd’hui, le discours intérieur que je me tiens me demande de faire preuve de patience et de confiance.  Je ne sais pas exactement comment je vais parvenir à réaliser chacun des projets que j’ai en tête, tout en me construisant un nouveau cheminement de carrière, en prenant soin de mes deux grandes (plus chat et cochon d’Inde) et en côtoyant tous ces gens que j’aime, mais j’ai la certitude que je vais y arriver, que “ça va le faire”, comme dit mon amie Jessy. Je sais qu’il y a une voie, un chemin et qu’il est crucial que j’aie confiance. Que je m’y investisse, à fond.  Doucement, par moment, avec présence, bien sûr, mais complètement.  Peut-être que l’aube de la quarantaine y est pour quelque chose.  Peut-être pas.  Je sais pertinemment que je me connais chaque jour davantage et que ce que je construis ne ressemble pas au voisin, mais bien à ce que je découvre à mon sujet.  J’apprends à écouter autrement et à rendre hommage à tout ce qui se passe, parce que c’est sensé…même lorsque le tout semble dénué de sens!

Je ne crois pas que ces phrases se formeront en un long, long texte ici.  Je veux agir.  Bouger.  Faire avancer les choses.  Me retrouver sur le terrain, pour en faire naître, ensuite, des mots et des images.  Et surtout, surtout remercier ces femmes, ces hommes et ces enfants qui y croient un peu, qui encouragent, célèbrent, communiquent, puis échangent tout ce lot d’expériences, chacune et chacun à leur façon. Je crois que je ne remercierai jamais assez ceux et celles qui m’ont adressé un sourire, qui m’ont encouragée à continuer, qui ont souligné l’importance d’un instant dont, parfois, je n’avais pas pris conscience moi-même.  Je ne me sens pas toujours fière de ce que j’ai accompli, mais je me sens fière d’être ici, d’être en vie et de vous avoir rencontrés, tous et toutes.  Je me sens fière d’avoir deux filles extraordinaires et de ces valeurs avec lesquelles on se construit.  Je me sens fière, enfin, d’être moi et de me dire que ça en vaut la peine.  Chaque jour.

Ainsi, pour  l’année qui s’en vient, j’ai quelques montagnes à aller rencontrer, plusieurs trajets à découvrir, un nouvel emploi qui se profile et qui sait, sûrement quelques imprévus au calendrier!  De nombreux choix à faire, une panoplie de couleurs et des saisons à travers le monde entier.  Enfin, c’est ce que je souhaite.  C’est ce que je nous souhaite. “Parce que c’est notre lumière et non notre ombre, qui nous effraie le plus…et quand nous laissons notre propre lumière briller, nous permettons, inconsciemment, aux autres de faire de même”. (Coach Carter)

On ne rapetisse pas, donc, on grandit. Moi, je porterais volontiers le manteau de la vastitude, même en été.

Je vous en souhaite une belle!

Village au creux des montagnes du Sud de la Chine

When the Stars Were Hanging to the Maido – Or this long moment where my goals were taken apart to honor solidarity

When the Stars Were Hanging to the Maido

Or this long moment where my goals were taken apart to honor solidarity

 

On my own, I had planned running it in between 32 and 40 hours. Together, it took us 49 hours.
I leaned that resilience also allows trial to dress in an unpredictable way, wrapping up The Whole.

Pic: Max Lapierre, The Running Clinic

Starting time was going to be called in less than an hour in St-Pierre.  Two of them had already gone by, which we spent trying to sleep, laying on our cardboard boxes.  Musicians were rolling notes with their voices, using their instruments, giving the space a festive ambience. In the air, feverishness was palpable, as a perfume which couldn’t sneak in in an invisible way.  Generally, I’m not a big fan of crowds, but this one had something special.  Intriguing and reassuring at the time, it was bringing us closer, every minute, to the start.  To the Diagonale des Fous.

 

WAITING

For the third time in the last two hours, I get out of the cabinets, crashed, for the occasion, in the departure sas.  I didn’t hear people moving, as I was locked in there.  I’m trying to find, by sight, the warriors of my team.  They’re not where I had let my vest.  Most of them had been escaping to the front, following the crowd, ready to leave.  Some stayed on the spot, taken by surprise by the wave.  And so then, I’m not in the middle of the pack of people warmed up by the night, but, roughly, in the back.  Fact to remind: we are about 2700 to get on the adventure tonight.  Calm, but a little bit disappointed because my position slightly changed, I’m standing here, one of our team Warriors on my side, Jean-Nicolas.  The wave starts to move.  I can’t wait to find myself in the forest.  I want to run, alone, as a wild beast whom we’d offer some huge land to explore.

 

THE ARCH AND THE CROWD

People are trampling as the arch is getting closer.  It’s quite warm out here.  The air feels humid, filled with hopes, goals and visions everyone pictured before we get here.  I’d loved to stand in the front, but I’m not there, so I make an effort to feel peaceful as the desire to run grows with every footstep.  A sound pops out and we can hear the crowd moving past the arch.  Some are then already gone.  I sneak in between wholes I can see in front or beside me.  Slowly, the wave moves and my pace can go a little bit faster rhythm.  I hop on every occasion to jump forward and I enjoy it.  The party seems to extend way past beyond barriers and every runner is going on to the sound of people shouting encouragements, names, smiles coming from all around.  Night time is here.  It is past ten pm and I can see myself, as my pace extends, passing something like 1500 runners on this uphill way.

 

DIRECTION: FEED ZONES

Going up is pretty efficiently done.  Many are walking, as heigh difference is surely felt, but I cannot slow down, conscious of feeling  drowned by the momentum of this new night.  Eventually, I realize that space is carving in between runners and the ambient air is getting fresher.  I want to discover and to discover some more all aspects of these dark times, all the secrets I perceived in the arms of Reunion since I landed here.  The Domaine Vidot, first feed zone, presents itself as a must-go passage in a building, a place where I quickly fill up my flasks, helped with a handy woman.  I get out there pretty fast, entering a downhill path, in single track, decelerating because it’s getting quite packed as runners afloat.

Trains are forming along the path and I focus on the feet right in front of me, aware of opportunities to move on.  We keep running like this up to Notre-Dame-de-la-Paix, second stop for bibs control, feed and liquids.  Sections of road, of trails and of what looks like fields appear one after the other.  I can’t see too far, but it feels like weather is getting colder for many of us, as we progressively climb up in altitude. Lands are equipped of all sorts of ladders to step on, of turns and twists, of surprises forming, with a strange regularity, runners congestion.  I make it to accelerate and I find myself, in the middle of the night, blithely running on a ground where a frosty blanket, along with our breathes, are forming white clouds.  It becomes colder and colder.  I’m surprised about it.  I then start to feel a venous pulsation raising up and spreading all over my head. As a vice, pain gains space.  I keep breathing, inhaling and exhaling, but I’m not slowing down.

 

NEZ DE BOEUF (KM 38,6)

I’m running, and have been for a while, with this pain violently crushing my head.  Nausea has taken place and dizziness seem to ask me to inhale and exhale in a much better way.  I keep moving up to Nez de Boeuf, an area where every runner seem to look up for warmth.  As a November evening, at home, this moment appears pretty startling to me, mostly regarding our clothes, pouring sweat, and not covered with warmer stuff.  I try to catch a coffee in express mode, but my body howls its pain.  From the corner of the eye, I see a pavilion filled with camp beds, covered by orange woolen blankets.  I’m not use to take some time to stop in a race, but I choose to walk in.  Nurses seem preoccupied by my condition.  They offer me painkillers.  I lay down for few minutes.  My fingers tend to shift to an icy something.  I then choose to get back on track, taking the blanket and survival coat off, shaken by strong shivering.  Nursery professionals seem to doubt about my capacity to leave the place, so I’m moving up, still shivering as a chicken swimming in the snow.  Night is getting darker.  I get up with the intention of warming myself up and I start walking, one foot after the other.  Surrounding space is pretty occupied, but I take advantage of the wholes to move in an easier way.  As my fingers are getting back to me, my attention is distracted from the pain and nausea, still playing around.  I keep telling myself that everything will be fine.  I go on until Mare-à-Boue, next feeding zone, lighten up with the morning light.  48,9km completed.

Once the feeding zone and bib control passed, I keep going, still dizzy, towards a section which should be pretty full of mud and littered with all sorts of stones.  Technicality and narrow spaces are legion, so runners are evolving one behind the other, as a marshmallow skewer, along the trail.  Overpass becomes an art, but somehow, it is doable.  Some are running in the middle of the deep mud ponds, avoiding to look around, but everytime, as we run, my eyes catch an easy alternate track.  We’re not getting out of it with clean shoes, but it is kind if predictable and we tend to enjoy it, I guess!  I wobble between the pain going through my head, nausea and dizziness as I keep going further.  I think about the fact that I’m not totally enjoying the process, right now.  Foreign voices are multiplying due to the slow marshmallow skewer like pace, and they have a weird resonance in my head.  Right here, I’d just appreciate to hear a familiar intonation.  Time stretches out.  Then, Benjamin, one of our Warrior Teammates, cross my way and says hi.  It makes me smile.  At this point, checkpoint timings I had written on my bib had gain an hour.  The day keeps going up and I move on to Cilaos.

 

CILAOS (Km 65,3)

Cilaos’s area and its steep lands, which are getting quite impressive, attract the eye at first glance, covered with luxuriant vegetation, with its remote villages and towns, like hamlets, afar, in the Cirque de Mafate.  Pedestrians are also on the mountain, here, walking with their children, their babies and even their mini tiny goats!  Runners are on the path, rolling in the daylight, efficient, fluid.  Some are going down faster than the others and their intrepidity surprises me, sometimes.  The place is magnificent; I’d love to fly here, but I must admit I prefer taming myself, as I do not feel a hundred percent aware at the moment.   Once more, I encounter a familiar face – Benjamin – and the simple fact that his fingers hold on, for few seconds, to my arm, reassures me.  I am in pain, but by body still exists.  So I keep going forward.  The Sun gets warmer and warmer and it reminds me I love Summer, warmth, light.  Details, for sure, but important facts in the moment.  Volunteers are positioned along the road leading to Cilaos’s stadium, one of the biggest feed zone of the race. The Great Warriors Team is expected a little bit farther, at the military pavilion.  In fact, exceptionally, soldiers, helped by health professionals, are there to welcome and take care of us in four locations along the race track.  Cilaos is the second one of them.  As an insight to me, it seems like the time has come for me to look at my race in a different way.  I do not see myself crumbling into pain for the whole 166km.  Neither going further in the Cirque de Mafate, through Taibit, passing by Marla and climbing up the Maido in a vacillating state.  Two options can then be considered: to start thinking about giving up (not possible to me) or to slow down a little bit to make sure I can manage my body pain.  As I walk in the pavilion and ask for my drop bag, I see Jessy.

Jessy lives nearby my little town, but we’re rarely meeting or encountering each other.  I had the opportunity to exchange with her before the race and I know she’s focused on experiencing it in a way she feels at peace, without stress of any kind.  Spontaneously, I offer to go on a little with her.  We both get ready to go and Benjamin, who came in meanwhile, decides to come with us.  I am not thinking about the next feed zone, but am more focused on the present moment.  A new ascension is standing here, in front of us, and we jump into it, one foot after the other.  I’ve got the rhythm of this new moment holding me on, keeping me in the second.  Benjamin goes in the front, carried by the Sun.  I know we won’t cross his way again and I think about running with him, but something in me says it is not time to accelerate.  Breathe.  Take time to center. Making a statement sounding like “Jessy’s presence equates moving beside a Buddha form of life, peaceful and strong”.  I do not have the habit, neither do I have the ease to run beside someone else during a race. Exception: last June’s Quebec Mega Trail, on the 110 km race, as I met Sylvain Rioux, at the time I just had a good commotion and was running on it.  He had helped me out through it.  Curious coincidence, in similar circumstances, reminding me that last months were quite particular in terms of health and consciousness, in a large spectrum of action/thoughts.

Pic: Nicolas Fréret, Distances+

FROM MARLA TO L’ÉCOLE DE ROCHE-PLATE

Jessy and I are arriving to Marla, smiling, in urge to pee, and with a need to get some drinks and foods.  Marla is a haven of colors and of what seems to breathe as a “mountain like peaceful place”, in the depth between its uphills, its passes and its summits, all located in the Cirque de Mafate.  Marla comes with almost 78 km ran in ups dans downs of La Reunion.  It’s also one of those places we need to think about the fact that it will soon not be possible to go back or to get out the race tracks other than by doing it.  Fully going in the Cirque de Mafate means you need to get out of it by yourself.  And I don’t fully realize, at this particular moment, it is very important to think about it.  Marla is also the place where we meet Jean-Nicolas, another Warrior on the race.  He is laying down and seem to be completely swallowed by fatigue and pain.  As he just received a message from is children, he is pretty emotional and he shares with us his thought about the eventuality of quitting.  Synchronicity’s wind is blowing a little too much and carried by it, Jean-Nic puts back his shoes and decides to go on with us.  My emotions speaks of ambivalence:  I feel nourished by the fact that we can move on counting the three of us, but also insecure thinking of the challenge it can represent.  Time goes by as the forest gets wider in front of us.  Darkness slowly arises, promise of a very special night.  It feeds me to think about the eventuality of the three of us going, side to side, on the adventure, but I feel insecure about the challenges it could offer to us.  Time keeps going fast as forest unfolds before us.  Darkness slowly arises, announcing a very particular night.  Going optimistic, I make a mistake and Grande-Place-les-Bas’s feeding zone appears really too far to me.  I’d like to run as if my life would depend on it.  But, this time, I learn to listen to the runners I’m sharing the ride with.  I’m scared to get to the finish line too late.  I doubt about my ability to keep my eyes opened.

Right here arises a space to let go.  It keeps my head clear.  Therefore, I do not feel the immense pain, coming from my head, anymore.  A second night announces rain of little and tired eyes.  We cross, along the path, on the edge of the cliffs, in the hollows, underneath their safety blankets, runners who needed to shut the light down for a moment.  Surrounding space doesn’t offer much opened areas to rest, but every little spot can look like a salvation opportunity, might it be only for a quarter of an hour.   Uncovered faces, gone in two seconds in an alternate world, mesmerize me by their beauty.  Eventually, Jessy, Jean-Nic and me think about doing the same thing.  Some runners are laying down behind a tent.  We find ourselves a space and I’m taking out a safety blanket that my friend Anne had let me.  When unfolding it, I realize it is sewed as a sleeping bag…and smile, so grateful to Anne for this amazing gift (it was, really)!   Of the three of us, I’m the only one to dive in a sleepy place.  Twenty minutes are going by.  Then, quickly jumping out of the blanket, I’m back in the cold, so it feels to me, as a that material somehow feels like a plastic bag, giving us a wet sensation.  We pack up and get back on the trail, headlamps on, towards what will be the most impressive climb of the race.  Maido, getting closer to you, I’m not sure about how I feel.

 

STARS AND THE MAIDO

Our sights spread afar.  Enormous peaks are raising at the horizon.  The impression to be sas small as an ant isn’t an exaggeration.  Our eyes get lost in the distance.  It would be, really, an euphemism to say that we stand as master of the place here.  Nature is amazingly alive, rich and unique, even as we are drowning in obscurity.  The more we progress, the more headlamps are creating clear lines, showing us abstracts drawings of our path.  We can see some of them on our left, on our right, going upwards or downwards, following different trajectories.  It is something peculiar and very special to look at.  I admire every one of these headlamp holders.  Lights are opening the path as a danse spreading its wings as people embodying it are opening the way. It’s a majestic movement.  And a little bit surreal.  Those luminous spots seem to extend so high and so far that I’d tend to say they’d be like stars in the sky.  Stars hung up to the Maido.  Jessy and Jean-Nic start to laugh, thinking about it; my imagination is tuned on, here. It’s a good point.  Downhill sections are quickly replaced by a continuous ascension.  In my sight, there are only headlamps, again and again, moving on.  Every step, every rock is touched and appears, before our eyes, like a surprise. I feel dizzy. I can barely control my posture and it looks like it takes quite an effort to keep going.  I breathe, but I can sense I’m not at my best.  My face might be looking like a with cloth, at the moment.  Jessy asks me to walk in front of her, so I do, unsure about the move.  I don’t ever think about looking at my watch.  The moment itself is enough.

Behind and in front of us, runner stand in single file, but no one seem tempted by overtaking the ride to go first.  We can hear everyone’s breath as if it were an official, crucial hymn, here.  The wall is pretty steep and we can’t see the void, but everyone knows it’s there, close to our feet. It is probably one of those moments where runners humility is shared and felt by everyone.  There is no space for vainglory.  We keep breathing, one along with others. I am waving from one side to the other.  As I tend to go towards the void, Jessy asks me to get closer to the wall.  Few more steps.  And, right there, the Roche-Plate commune and its school appears.  They are located half-way to the top of Maido.  Chorus of sigh relief.  People from all sizes and shapes are laying on the ground, in the stairs, right onto the soil or in camp beds.  Space is filled with hot and sweating or freezing runners at the time.  We activate ourselves because standing still could lead to hypothermia.  I don’t know what to eat and I don’t feel like drinking, but I’m trying to.  Some cookies, a bite of dark chocolate and the temptation of a sip of coffee, ending up in Coca Cola are all I can get in.  And we’re on for the second part of our ascension towards Maido’s summit.

 

TWO FEET FROM THE CLIFF

In the middle of our second night out, everything seem to go on at a very slow pace.  There is no other solution but to keep moving on.  Some runners go in the front, but they are rapidly caught up as many offer themselves a pause in between plateaus.  The incline seem pretty big.  Air feels rare.  Speechless, still waving, I’m going on.  Jessy and Jean-Nic too.  I hear him, exhausted, expressing his need for a little break.  Few little stops help us on the way up.  I’m telling myself that I might not have the wisdom to stop, despite the sickness, if I’d been on my own here.  I think about my daughters.  I’m not super happy about the fact I’d gone on a slower pace.  On the other hand, I realize I’m not scared about the fall.  I’m asking myself if it’s normal or if the fear of death isn’t simply there.  I’d hear, later on, that the fact that I was swaying on the cliff was pretty alarming for Jessy and Jean-Nicolas.  As we only get one life in this lifetime…

 

Pic: Nicolas Fréret

THE SUMMIT

Our trio is surrounded by other runners during the whole way up for this second pitch.  It’s an ascent that keeps being demanding for everyone and we can hear, regularly, a “putain” or “No!”, reacting to the distance left to go.  I feel like time stretches.  Then, slowly, we can see a light in between the mountains peaks.  As we get to Maido’s summit – 112,9 km, the first daylights appear and warmth seem to expands around us.  Jessy and I are getting to the summit, crossing Caroline’s way, armed with her camera.  A sob grasps my throat.  Emotion enfolds me.  It goes with the feeling of flying as we run with the sun and I’d like to keep it on until the end of the race.  Few km further, the military tent appears like a cocoon where we are warmly welcomed and efficiently taken in charge.

We’re leaving the place under a nice weather.  I feel cherished, but it also tickles me to have to slow down.  Jean-Nicolas feels quite tired.  I must admit that it’s also my case – now on, I see objects, which might not really be there, on the way – but I can also feel fire inside my belly.  Jessy and I are moving a little bit faster ahead, and then we decelerate.  The next hours will be filled with those moments as Jean-Nic starts to feel worse.  The color of his skin fades and his energy level seems to lower considerably.  I can hardly contain myself, but I want to support others too, as they need it at the moment.  I’m jogging and stopping, repeating the sequence.  Mounds arises one after the other.  Some summits too, offering nice views, green areas and little altar, dressed here and there.  From the point where we started the race, in St-Pierre,  I’ve been running with a prayer in my pocket, for my friend Dominic and his dad.  As we get close to an altar, surrounded with prayers and flowers, I take, in my bag, this prayer.  I get closer and I put it there, on one of the summits of Mafate Circus.  A feeling of peace fills me up.  Breathing.  And I take my running back to go down the hill, alive; it feels like flying.  Then I’m slowing down, adapting to my teammates.  The day is only waking up and I can’t wait to be entering in St-Denis.

 

ON THE ROAD TO L’ISLET SAVANAH

Running downhill is kept on a very slow pace, as the evolution of Jean-Nicolas sickness.  The approach of lslet Savanah takes on with an increasingly hot day.  The surroundings and the area, which becomes more and more crowded as we enter it, offer distressing landscapes.  It looks to me as the discovery of a place where poverty is part of the routine.  Wastes decorate the ground and spaces seem in need of love.  People smile at us, enthusiasts.  They applaud and encourage us, shouting our names, creating a proper reunionese atmosphere.  Hard to avoid smiling in return!  Looking for hands pointing Islet Savanah’s feeding zone, I can suddenly see it we’re in urge to get there: Jean-Nic isn’t going well at all.  I’m worried.  Once on the spot, we’re trying to find a fresher space to rest.  His face shows greenish colors.  Next minutes involve a try to drink and to eat something.  As Jean-Nic does, with Jess, I’m taking time to close my eyes…everything’s cicrcling around me.  Ambient warmth is suffocating.  The wake up call is quickly followed by a team discussion.  I’m asking myself if everyone will be able to stand on his feet. We’re at km 128 and we’ve got still some more to go on.  The decision to move forward is taken as a go for the three of us.  Priority:  Getting out of the town to catch some fresh air and breath in the trees and leaves.

 

CRAZY LOOP ON SINGLE TRACKS 

The path reaching the next feeding zone, le Chemin Ratineau, present itself as a secret pass in the woods located around a city-like place.  Crazy and funny decents, where we’re hanging on tree trunks and where dust spreads all over the place are filling me with joy.  I’m getting wild and happy. Jumping from one trunk to another, I’m swinging down.  Those few kilometers are furiously going by.  They’re good to me.  Jessy is running in front of me and Jean-Nicolas follows as much as he can, behind us.  We get, like rockets, to the feeding zone and decide, as we fill up our flasks, to run the next two sections at our own pace, meaning separately, but to wait for each other at the control points/feeding zones, to make sure everyone is fine.  From Le Chemin Ratineau to La Possession, the path is pretty wide and opened.  Runners aren’t showing as a crowd and it’s easy to move around.  At La Possession, I’m observing birds nests, suspended upside down.  I’m telling myself that the world is the other way around.  I had planned and anticipated this race, but I had absolutely not planned what I was experiencing here.  My emotions are tearing me appart, tinted by a long time fatigue.  I feel great gratitude towards Jessy and Jean-Nicolas and, at the same time, I’m realizing that I’m already thinking about doing it once more, in the future.  Time is shrinking and a new section is undergoing.  It’s talking by itself, fed by a strong past, its history.

 

THE CHEMIN DES ANGLAIS

Before the event, I had the opportunity to go on a recognition mission of this part of the race.  Its history had moved me.  The Chemin des Anglais has been built in three different sections, each one formed by good ascents and one decent, showing and holding its personality.  What characterizes it?  It is made of stones of all shapes and sizes, holding in all sorts of ways, as if time and ground had played wildly to have them go back to a more natural position, unmeasured.  Some are pointing upwards as others seems to wobble in all directions.  Vegetation is luxurious.  I was told that slaves were put on the construction of this “road” in a painful manner.  It’s kind of a pleasure to me to see that Nature, wild, takes back its rights.  And I’m going for it with a child’s joy, dancing from one stone to another, landing on the tip of my feet, arms widely opened.  Pedestrians are looking at me with incredulous eyes.  I’m smiling, focusing on the momentum.  Crazy moment, going by so fast.  A green and yellow headed lizard encounter makes me marvel some more.  I eventually get to the last part of the decent of Le Chemin des Anglais and I can see Jessy from afar.  I’m bouncing from stone to stone to get to her.  Then, I see her face, defeated.  She’s not doing well at all.  Dehydration and nausea are on the menu. We’ve got two km to go before we can reach the military pavilion of Grande Chaloupe.  We’re at 152,4 km.  When we get there, Jessy lays down and tries to get back to a tolerable health state.  I eat and discuss with the soldiers on duty, waiting for Jean-Nicolas.  As I’m walking to Jessy’s bed to get some news, Blaise is showing up.  His benevolent presence feels good.  I feel reassured to see him, as if a ray of sunshine would have crossed our way at the end of the day.  Shortly, Jean-Nicolas comes in.  He seems to feel better as Jessy is still fighting to get some energy back.  We eventually get back on track, headlamps on (I’m praying for mine to work all the way to the end) to reach the Colorado.  Initially, I had planned to get there in the morning and we were now at the corner of a possibly long evening.

Adjustment.  Everyone is showing evident signs of tiredness, but refuses to fall asleep.  We want to get to La Redoute, in St-Denis, today.  Climbing up Colorado feels like and endless sandy-white path.  I’m almost walking over a pretty long grass-snake, looking at me with its mini eyes.  Darkness and the light beam of my headlamp have me discover a lunar-like ground where vegetation doesn’t show up.  I’ve got the sensation that we’re just been guided to move and turn around to accumulate some extra mileage.  I have to other reference than Jessy’s or Jean-Nic’s shoes.  Once again, the ascent is steep and it keeps us from going too fast.  Route sections are sometimes cutting it, but we keep it slow, as the legs aren’t all aligned with the same freshness.  Back to an empty-like nature up to Colorado’s control point, km 161,4.  We’re like in the middle of nowhere.  Wind and a black surrounding landscape dress it as a mysterious panorama.  Jessy doesn’t feel better and nausea is still walking with her.  We start to move downwards very carefully.  Lee  Emmanuel, Marc Antoine and Alex, Warriors of our team, reach and pass in front of us, faster than us.  It is the last descent.  Vertiginous.  At a nice speed, we were told it would take us 45 minutes.  But we will need extra time to make it to the bottom.  Stops are essentials to allow Jessy to breathe and to maintain herself on her feet.  Every time our little train stops, I close my eyes and instantly drown past the sleep line.  I can’t wait to get to La Redoute.  I’ve been thinking about it for so long and this moment seems so abstract, right now.

 

ST-DENIS, LA REDOUTE

City echoes make themselves louder.  We can hear noise and car humming their usual symphonies.  Turns, in the descent, make themselves wider.  Suddenly, a street opens before us.  I feel chocked, as if we couldn’t make it anymore.  Few walking steps will be followed by a nice run, initiated by Jessy, as I wouldn’t even dare to suggest it in the situation.  She is impressing me.  I’d like to run at eighty miles an hour and jump in the stadium like a rocket, but emotion is knocking me off.  We are, the three of us, at the doors of this very special moment, the one leading us to km 166.  I can hardly believe it.  From a competitive mindset to a journey unveiling as a convalescent body call, eventually shared with Jessy, going on in a meditative state of mind, it has driven us to Jean-Nicolas, sitting in an agony-like attitude.  Nothing I had planned in the past months.  So, at this moment my foot crossed the line marking the arrival, hodling heands with my teammates, I could see and feel all that spoke to my heart, body and soul in the past 48 hours.  Blaise is standing beside us, recording, as a gardien bird, as a protective soul, observing us, with contentment, being back “home”. Everything is clashing in my head.  I’m sharing a hug with Jessy and Jean-Nic, speechless.  And as I’m walking to receive my medal, I strongly feel the need to come back and ride with La Diagonale once more.  I want to run, walk and breathe every part of it again.  From 160 to 888km, here and elsewhere.  With all that I am.  With all I’ve become and all I still have to learn to Be.

 

ON THE PLANE

Tonight, I’m getting back home, my heart pounding in my chest.

I miss my daughters.

But, at the same time, I do not want to go away and leave all I’ve experienced from the inside as well as in an outer-world perspective.  I know that something has been awaken, once more.  I can feel it.  I can see it in my eyes.  It reminds me of the stars, somewhere in the Maido’s surroundings.

Grand Raid, we’re meant to meet again.  It’s a rendez-vous.

 

Huge thanks to the team of Guerriers du Grand Raid, to the Running Clinic,  to Blaise and Mickaël, to Isabelle D. and to Rose, their special and super strong partners.  Thanks to Jessy and Jean-Nicolas, to Caroline, to Claudine and Aurélie, my colocs, to all those I met along the way, to Izna and Arielle, to Marie-Josée, to Chantale, to Anne,  to Dominic, to Justin, from the Clinique Ressource Vitale, to all my friends from Quebec, to Jean-Paul, Josée, Diane, Carmen and Alain and finally to all those who have been helping me out, here and there.  I’m lucky to be here and be surrounded as I am.  

Quand les étoiles étaient accrochées au Maido – Ou ce long moment où j’ai mis mes objectifs sur la glace en l’honneur de la solidarité

Quand les étoiles étaient accrochées au Maido

Seule, j’avais prévu y mettre entre 32 et 40h. Ensemble, nous en avons mis 49.
J’ai appris que la résilience, c’est aussi permettre à l’épreuve de revêtir un sens qui nous dépasse et qui enveloppe le Tout.

Le départ allait être donné dans moins d’une heure à St-Pierre.  Il s’en était déjà passé deux, pendant lesquelles nous nous étions presque assoupis, allongés sur nos boites en carton.  Les musiciens faisaient rouler les notes avec leurs voix, utilisant leurs instruments, rendant palpable l’ambiance festive.  La fébrilité se faisait sentir, dans l’air, comme un parfum qui ne pouvait pas passer inaperçu.  Je n’apprécie généralement pas les foules, mais celle-ci avait quelque chose de particulier.  Intrigante et rassurante à la fois, elle nous rapprochait, à chaque minute, du départ.  De la Diagonale des Fous.

L’ATTENTE

Pour la troisième fois en deux heures, je sors du cabinet de toilette posé, en cette occasion, dans le sas de départ.  Je n’ai pas entendu le mouvement de masse, alors que j’y étais cloîtrée.  Je cherche, du regard, les guerriers de mon équipe.  Ils ne se trouvent plus là où j’avais laissé mon sac. La plupart d’entre eux se sont évadés vers l’avant, en suivant la foule, prête à partir.  Quelques-uns sont restés sur place, surpris par le déplacement. Aussi, je ne me trouve plus au milieu de cette vague de gens qui vibrent de chaleur, mais plutôt vers l’arrière.  Il faut savoir que ce soir, nous sommes près de 3000 à prendre le départ.  Calme, mais un peu dépitée de me retrouver ainsi positionnée, je me tiens debout, aux côtés de Jean-Nicolas, l’un des membres de l’équipe des Guerriers du Grand Raid.  La vague se met à bouger.   J’ai hâte de me retrouver en forêt.  Je veux courir, seule, comme une bête sauvage à qui on aurait présenté un terrain à explorer.

L’ARCHE ET LA FOULE

Les gens piétinent alors que, tranquillement, l’arche se rapproche.  Il fait chaud.  L’air me semble humide, rempli de tous les espoirs, de toutes ces visées et des images que chacun s’est forgé avant de se retrouver ici.  J’aurais aimé être devant, mais je n’y suis pas, alors je fais la paix, intérieurement, sentant le désir de courir grandir à chaque pas.  Un son retentit et on peut capter un déplacement au-delà de l’arche.  Certains sont désormais partis.  Je me faufile d’espace en espace.  Lentement, la vague bouge et mon pas peut prendre un rythme légèrement plus rapide.  Je saisis toute occasion de me faufiler et je me prends au jeu.  La fête semble s’étendre bien au-delà des barrières et tous avancent au son des cris, des encouragements et des sourires qui fusent de toutes parts.  Il fait nuit.  Vingt-deux heures avancent et je me vois, alors que ma foulée s’allonge, croiser une foule de gens au cours des premiers quinze kilomètres.  Je me sens bien.  Excitée par l’ambiance, par ma volonté d’avancer, par le défi que j’ai tellement anticipé, j’apprécie chacun des moments qui me permettent de courir plus librement. Je doublerai, au final, près de 1500 coureurs dans ce chemin vers la montée.

EN DIRECTION DES RAVITOS

La première petite ascension se fait assez rapidement. Plusieurs marchent, car le dénivelé se fait sentir, mais je ne m’y résous pas, comme je me sens toujours portée par l’élan de cette nouvelle nuit.  Je réalise, éventuellement, que les coureurs s’espacent et que l’air se fait plus frais.  J’ai envie de découvrir et de découvrir encore tous les pans de cette noirceur, tous les secrets que j’ai eu l’impression de percevoir dans les bras de la Réunion depuis mon arrivée.  Le Domaine Vidot, premier ravito, se présente comme un passage obligé à l’intérieur, lieu où je remplis rapidement mes gourdes, avec l’aide d’une charmante dame.  J’en ressors tout aussi promptement, entamant une petite descente en « single track », ralentie par le flot des coureurs, eux-aussi ressortis du bâtiment avec une évidente mouvance.

Des trains se forment le long du trajet et je me concentre sur les pieds qui se posent devant moi, à l’affût d’éventuelles opportunités de passage.  On roule ainsi jusqu’à Notre-Dame-de-la-Paix, deuxième arrêt pour les contrôles et le ravitaillement.  Portions de route, de sentiers et de ce qui semblent être des champs se succèdent.  Je ne vois pas au loin, mais j’ai l’impression de comprendre que le temps se fait de plus en plus froid pour plusieurs, compte tenu du fait qu’on gagne, progressivement, en altitude.  Les terrains présentent toutes sortes d’échelles à enjamber, de tournants et de surprises qui forment de petits bouchons de coureurs à intervalles réguliers.  Je réussis tout de même à accélérer et je me retrouve, en pleine nuit, à courir allègrement sur un sol où commencent à se dessiner des nappes de frimas, accompagnées par nos souffles, lesquels forment des nuages blancs.  Il fait de plus en plus froid.  J’en suis surprise.  J’ai aussi l’impression de sentir une pulsation veineuse qui grandit et qui s’étale dans ma tête.  Comme un étau, une douleur s’installe.  Je continue d’inspirer et d’expirer, mais je ne ralentis pas.  Je revois l’impact ayant mené à la commotion cérébrale du mois de juin, une blessure ayant mis en jeu la saison et l’entraînement.  J’ai lutté pour courir, au cours des derniers mois.  Pas question de baisser les bras.

NEZ DE BOEUF (KM 38,6)

Je cours, depuis un moment, avec cet étau me serrant la tête.  La nausée s’est installée et les étourdissements semblent me demander d’inspirer et d’expirer un peu mieux.  Je progresse jusqu’à l’aire du Nez de boeuf, là où tous les coureurs semblent chercher la chaleur.  Comme un soir de novembre, chez nous, ce moment me paraît particulièrement saisissant, surtout en fonction du fait que nos vêtements ruissellent de sueur et que peu d’entre nous aient déjà enfilé leurs vêtements chauds.  Je tente d’aller récupérer un café, en mode express, mais mon corps hurle sa douleur.  Je vois, du coin de l’oeil, une tente où sont alignés des lits de camps, habillés de couvertures laineuses orangées.  Je n’ai pas l’habitude de m’arrêter, en course, mais j’y entre.  Les infirmières semblent inquiètes.  Elles m’offrent des anti-douleurs.  Je m’allonge quelques minutes. Mes doigts se transforment en glaçon.  Je prends la décision de repartir, me découvrant assez péniblement, alors que les frissons me prennent d’assaut.  Le personnel soignant semble douter de ma capacité à quitter les lieux, alors je m’active, en grelottant comme un poulet qu’on aurait plongé dans la neige.  La nuit avance.  Je me lève avec la ferme intention de me réchauffer et je me remets en mouvement, un pas devant l’autre.  L’espace est occupé, mais j’ai tout de même la liberté de bouger de façon relativement aisée.  Pendant que mes doigts se réchauffent, je me concentre un peu moins sur la douleur et la nausée qui perdurent.  Je me dis que ça ira.  J’avance jusqu’à Mare-à-boue, le point de ravitaillement qui s’éclaire au petit matin.  48,9 km sont complétés.

Une fois le point de contrôle passé et le remplissage effectué, je poursuis, toujours étourdie, vers ce qui devrait normalement se présenter comme une portion de sentier plutôt décorée par la boue et jonchée de pierres de toutes tailles.  Technicité et espace restreint obligent, les coureurs se retrouvent cordés, comme des guimauves en tige, le long du trajet.  Tenter de doubler s’avère parfois hasardeux, mais on y parvient, en général, de façon convenable.  Certains plongent dans la boue, faute d’observation, et je constate qu’il y a toujours une voie improvisée pour le contournement.  On n’en sort pas les pieds propres, mais je crois que tout le monde s’y attend, de toute façon!  J’oscille entre la douleur au niveau de ma tête, la nausée et les étourdissements, alors que je continue d’avancer.  Je réalise que je n’y prends pas beaucoup plaisir, momentanément.  Les voix étrangères, qui se multiplient en raison du ralentissement évident, me font l’effet d’un vent froid.  J’aimerais, juste là, entendre une intonation qui m’est familière.  Le temps s’étire.  Puis Benjamin, un guerrier de l’équipe, me croise et me salue.  Ça me fait sourire.  Les temps de passage que je m’étais fixés ont été augmentés d’une heure.  Le jour continue de se lever et moi, je trottine vers Cilaos.

CILAOS (Km 65,3)

La région de Cilaos et les abrupts, lesquels commencent à se faire impressionnants, marque les regards par sa végétation luxuriante, par ses villes et villages dissipés, comme des hameaux, au loin, dans le Cirque de Mafate.  Les piétons se retrouvent  aussi sur la montagne, accompagnés d’enfants, de poupons et même de petites chèvres!  Les coureurs circulent comme la lumière du jour, à grands renforts de fluidité.  Certains descendent plus rapidement que d’autres et leur intrépidité me surprend parfois. Le lieu est magnifique; j’y volerais bien, mais j’avoue avoir une certaine réserve quant à ma vivacité d’esprit, en l’occurence, alors je me retiens un tantinet.  Je croise un visage connu, Benjamin, à nouveau, et le simple fait que ses doigts effleurent mon bras me rassure.  J’ai mal, mais mon corps existe toujours.  Alors je continue d’avancer.  Le soleil se fait de plus en plus chaud et me rappelle que j’aime l’été, la chaleur, la lumière.  Des détails qui comptent, dans l’instant.  Des bénévoles sont en position sur le tronçon qui mène au stade, l’un des gros ravitaillements sur le parcours.  L’équipe des Guerriers du Grand Raid est attendue un peu plus loin, le long de la route, sous une tente militaire.  En effet, exceptionnellement, les militaires, assistés de professionnels de la santé, nous accueillent en quatre endroits différents, le long de ces 166km à parcourir.  Cilaos est le deuxième d’entre eux.  C’est, pour moi, le lieu où j’arrive à la conclusion qu’il est impératif que j’envisage ma course autrement.  Je ne me vois pas me tordre de douleur pendant ces 166km.  Encore moins continuer ma progression dans le Cirque de Mafate en passant par le Taibit, puis Marla et risquer l’ascension du Maido dans un état un peu vascillant.  Se présentent alors deux options : songer à abandonner ou ralentir pour avancer un peu plus prudemment.  Alors que j’entre sous la tente et que je me dirige vers mon sac, j’aperçois Jessy.

Jessy habite dans ma région et pourtant, on ne se croise à peu près jamais.  J’ai eu l’opportunité d’échanger un peu avec elle avant la course et je sais qu’elle le vit d’une façon qui lui est propre, harmonieuse.  Je propose, spontanément, un départ partagé.  Chacune se prépare et Benjamin, qui nous a rejointes, décolle avec nous.  Je ne pense plus à me rendre au prochain ravito, mais plutôt à y aller un moment à la fois.  Une nouvelle ascension se tient debout, devant nous, et on y saute, un pas après l’autre. J’ai le rythme de ce nouvel instant qui me tenaille, qui me ramène à la seconde près.  Benjamin file devant, porté par le soleil.  Je sais qu’on ne le recroisera pas et j’ai presque envie de le suivre, mais je me dis qu’il est impératif que j’écoute les signaux de mon corps.  Respirer.  Prendre le temps de me recentrer.  Constater que la présence de Jessy est comme celle du Bouddha, paisible, forte et constante.  Je n’ai ni l’aisance ni l’habitude de partager un trajet de course avec quelqu’un d’autre.  À l’exception du 110km de juin dernier (Québec Méga Trail), où j’ai croisé Sylvain Rioux, marquée, depuis quelques jours à peine, par une commotion cérébrale.  Curieuse coïncidence, dans des circonstances un peu similaires, qui me rappelle que les derniers mois ont été assez particuliers en termes de santé et de conscience, au sens large.

DE MARLA À L’ÉCOLE DE ROCHE-PLATE

Jessy et moi arrivons à Marla avec le sourire aux lèvres, la vessie plus que pleine et un grand besoin de nous ravitailler.  Marla est un havre de couleurs et de ce qui semble être une paix montagneuse, dans le creux de toutes ces montées, de tous ces cols et de ces pics que compte le Cirque de Mafate.  Marla, c’est près de 78km parcourus dans les hauts et dans les bas de la Réunion.  C’est aussi l’un de ces points où l’on se dit qu’il ne sera bientôt plus possible de faire marche arrière : plonger dans la profondeur du Cirque implique d’en ressortir.  Et je ne sais pas encore, à ce moment précis, à quel point il est pertinent d’y penser. Marla, enfin, est aussi le lieu où l’on croise Jean-Nicolas, un autre collègue Guerrier.  Il s’est affaissé, rongé par la douleur et la fatigue.  Émotif, comme il vient de recevoir un message de ses enfants, il nous salue et nous partage sa réflexion quant à la possibilité d’abandonner.  Le vent de la synchronicité souffle un peu fort et c’est porté par lui que Jean-Nic remet ses souliers pour continuer avec nous.  Mes émotions sont partagées.  Je me sens nourrie par le fait de découvrir qu’on peut cheminer ensemble, tous les trois, mais aussi insécure face à ce que cela peut représenter comme défi.  Enfin, le temps passe toujours alors que la forêt continue de se développer devant nous.  La noirceur croît tranquillement, annonce d’une nuit bien particulière.  Dans mon optimiste circonstanciel, je fais une erreur de calcul et le ravito de Grande-Place-les-Bas me semble encore beaucoup trop loin.  J’aimerais pouvoir courir à en perdre haleine.  Mais cette fois, j’apprends à être à l’écoute de celui et de celle avec qui je partage les sentiers aussi.  J’ai peur de me présenter au fil d’arrivée beaucoup trop tard.  J’ai peur de ne pas réussir à garder les yeux ouverts.

C’est, je crois, un espace de lâcher prise de tous les instants.  Ça occupe le mental.  Je ne sens alors plus l’étau qui me serre la tête.  Une deuxième nuit annonce la contagion des petits yeux et des airs fatigués.  On croise, en bordure de sentier, sur le pas des falaises, dans les petits creux, des coureurs qui se sont assoupis sous leur couverture de survie.  L’espace est restreint, mais toute ouverture est valide pour reposer, ne serait-ce que quinze minutes, un corps qui peine à avancer.  Les visages découverts, endormis en deux secondes, m’émerveillent par leur beauté.  Éventuellement, Jessy, Jean-Nic et moi songeons à faire de même.  Derrière une petite halte, quelques corps sont déjà allongés.  On s’installe et je sors, rapidement, la couverture de survie que mon amie Anne m’a prêtée pour l’occasion.  En la dépliant, je me dis que je l’aime, profondément : la couverture est en fait un sac de couchage fermé, qui me permet de m’immerger au complet, à l’abri du froid.  De nous trois, il n’y a que moi qui parviens à dormir.  Vingt minutes passent.  Puis, d’un bond, je plonge à nouveau dans le froid (sortir d’une telle couverture donne la sensation de s’extirper d’un sac de plastique humide et donc, d’être légèrement mouillée).  Nous repartons, lampe frontale active, vers ce qui se présentera comme la montée la plus épique de la course.  Maido, à ton approche, je ne sais plus trop comment je me sens.

LES ÉTOILES ET LE MAIDO

Nos regards s’étendent au loin.  De toutes parts, d’énormes pics s’élèvent.  L’impression d’être aussi grande qu’une fourmi n’est pas exagérée.  Ce serait un euphémisme de dire que nous sommes maîtres ici.  La nature est grandiose, même plongée dans une obscurité assez complète.  Plus on avance, plus les lampes frontales se dessinent au loin.  On en voit des séries à gauche, à droite, qui montent et qui descendent en suivant différentes trajectoires.  Il est assez particulier d’observer celles-ci en pensant qu’on est passés par là et qu’on aura à se rendre à cet autre lieu.  Les lumières se répandent comme une danse dont les ailes s’ouvrent au passage des corps qui l’animent.  C’est majestueux.  Et un peu surréaliste aussi.  Les éclats lumineux semblent porter si haut, si loin que j’ai l’impression qu’il s’agit d’étoiles.  Des étoiles accrochées au Maido.  Jessy et Jean-Nic éclatent de rire; mon imagination est fulgurante.  C’est un bon point.  Les descentes font place à une ascension continue.  Je ne vois que des lampes, toujours, qui avancent et qui avancent.  Chacune des marches, chacun des rochers est palpé et se dessine, comme une surprise, devant nos yeux.  Je me sens vraiment étourdie.  J’ai peine à contrôler ma posture et j’ai l’impression que l’effort demandé pour continuer d’avancer est considérable.  Je respire, mais j’ai le souffle court.  Mon visage est peut-être aussi blanc que la lumière de ma frontale.  Jessy me demande de marcher devant et je lui emboîte le pas, incertaine.  Je ne pense même pas à regarder ma montre.  Le moment est particulier.

Les coureurs, devant et derrière nous, font la file, mais personne ne semble songer à effectuer un dépassement.  On entend les souffles comme s’il s’agissait d’hymnes officiels, cruciaux, dans l’instant.  La paroi est bien étroite et on ne peut observer le vide, mais chacun sait qu’il se trouve tout près, à côté de nos pieds.  C’est, probablement, l’un de ces moments où l’humilité du coureur est répandue et intégrée par tous et toutes.  Il n’y a aucun espace pour l’orgueil.  On inspire et on expire les uns à la suite des autres.  Je vacille.  Comme je semble tendre vers le vide, Jessy m’intime de coller à la paroi.  Encore quelques pas.  Puis, l’école de la commune de Roche-Plate s’annonce. Elle est située à mi-parcours sur le chemin du Maido. Soupir de soulagement généralisé.  Des gens de tous gabarits sont allongés tant sur la brique que dans les marches, sur la terre ou sur les lits de camp. L’espace est rempli de coureurs qui ont chaud et froid à la fois.  On s’active parce que demeurer sur place présente un risque d’hypothermie.  Je ne sais plus quoi manger et je n’ai pas envie de boire, mais je fais un effort.  Quelques biscuits secs, un peu de chocolat noir et une tentative de café, qui se solde, finalement, en gorgée de Coca Cola.  Et c’est reparti pour la deuxième portion de la montée du Maido.

À DEUX PAS DU VIDE

Au coeur de la deuxième nuit, tout semble se dérouler au ralenti.  Il n’y a aucune autre solution que d’avancer encore.  Quelques personnes passent devant, mais elles sont généralement rejointes assez rapidement, car plusieurs prennent un petit temps de pause entre les paliers.  L’inclinaison semble importante.  La rareté de l’air se fait un peu sentir.  Muette, toujours vacillante, j’avance.  Jessy et Jean-Nic aussi.  J’entends ce dernier, qui souffre de fatigue, exprimer son besoin de repos.  Quelques micro-pauses nous aident à continuer.  Je me dis que je n’aurais peut-être pas eu la sagesse de m’arrêter si j’avais été seule à franchir cette section.  Je pense à mes filles.  Je m’en veux un peu d’avoir ralenti.  D’un autre côté, je constate que je ne crains pas la chute.  Je me demande si c’est normal ou si la peur de la mort n’est simplement pas présente.  J’apprendrai, plus tard, que le fait que je tangue, sur le bord de la paroi, était plutôt inquiétant pour Jessy et Jean-Nicolas. Et comme on n’a qu’une vie dans cette vie…

Photo: Nicolas Fréret

LE SOMMET

Notre trio est entouré d’autres coureurs pendant toute la durée de cette deuxième portion d’ascension.  C’est une montée qui continue d’être exigeante pour chacun et on peut entendre, de temps à autre, un « putain » ou « ah, non » en réaction à la distance qu’il nous reste encore à parcourir.  J’ai l’impression que le temps s’étire. Puis, tranquillement, on voit une lumière poindre entre les pics des montagnes.  Alors qu’on atteint le sommet du Maido – 112,9km, les premières lueurs du jour, dégagent leur chaleur et se répandent.  Jessy et moi apercevons Caroline, armée de sa caméra.  Un sanglot pousse dans ma gorge.  L’émotion est forte.  J’ai l’impression de voler avec les premiers rayons de soleil et j’ai envie de courir, sans arrêt, jusqu’à l’arrivée.  Quelques kilomètres plus loin, la tente militaire m’apparaît comme un cocon où l’on est accueillis et pris en charge à la fois avec douceur et efficacité.

Le départ se fait sous une chaleur réconfortante.  Je me sens choyée d’être si bien entourée et pourtant, il me coûte de devoir ralentir.  Jean-Nicolas ressent une fatigue considérable.  Je dois admettre que c’est aussi mon cas- j’ai tendance à entrevoir des objets qui ne se trouvent pas vraiment là où je les observe -mais je ne peux m’empêcher de ressentir le feu, au-dedans.  Jessy et moi prenons un peu d’avance, puis on ralentit.  Les prochaines heures seront peuplées de ces moments alors que Jean-Nic commence à se sentir de plus en plus mal en point.  Son teint change et l’énergie, vraisemblablement, s’éteint.  J’ai peine à me contenir, mais je tiens à soutenir les autres qui, en ce moment, ont besoin de cette présence.  Je trotte et je m’arrête, à répétition.  Les buttes se succèdent.  Quelques sommets aussi, offrant des points de vue variés, une végétation qui se transforme et de petits lieux de prière, plantés ici et là.

Je transporte, depuis St-Pierre, une pensée pour mon ami Dominic et pour son père.  À l’approche d’un petit autel, orné de messages et de fleurs, je prends, dans mon sac, cette pensée.  Je m’approche et je l’y dépose, là, sur l’un des sommets du Cirque de Mafate.  Un sentiment de paix m’envahit. Je respire.  Et je reprends la descente en me sentant vivante; j’ai encore envie de voler.  Puis je ralentis; je m’adapte.  La journée ne fait que commencer et j’ai déjà, au coeur, l’impatience d’arriver à St-Denis.

EN ROUTE VERS L’ISLET SAVANAH

La descente se poursuit lentement, tout comme l’évolution du malaise de Jean-Nicolas.  L’approche de la région de l’Islet Savanah se fait sous une chaleur croissante.  Le paysage se dégage et la région, qui devient de plus en plus habitée alors qu’on avance, offre des paysages un peu désolants.  J’ai l’impression de découvrir un de ces pans de pays qui souffre peut-être davantage de la pauvreté.  Des déchets jonchent le sol et les espaces semblent plus ou moins entretenus.  Les gens, eux, nous sourient, encore, avec enthousiasme.  Ils nous applaudissent et nous encouragent en nous appelant par nos noms, créant une atmosphère de familiarité qui semble propre à la Réunion.  Difficile de ne pas sourire en retour!  En cherchant du regard les mains qui pointent dans la direction du ravitaillement de l’Islet Savanah, je peux voir qu’il est assez urgent qu’on y arrive : Jean-Nic m’inquiète.  Une fois sur les lieux, on tente de trouver un espace plus frais pour lui permettre de se reposer.  Son teint est verdâtre. Tentative d’ingérer nourriture et boisson s’ensuivent.  J’en profite pour m’assoupir pendant quinze minutes, car tout tourne autour de moi.  La chaleur de l’air est presque étouffante.  Le réveil est marqué par un caucus rapide.  Je me demande si nous serons tous les trois capables de tenir sur nos pieds.  On en est au 128ème km et il nous en reste encore quelques-uns à franchir.  La décision de repartir, groupés, est prise.  La priorité : sortir de la ville pour retrouver un peu d’ombre et de fraîcheur avec la végétation.

SINGLE TRAC ENDIABLÉ

Le trajet qui mène au prochain point de contrôle, le Chemin Ratineau, se présente comme un passage secret dans les sous-bois entourant la localité.  Des descentes folles, auxquelles on s’accroche aux lianes des arbres et où la poussière lève, me remplissent de joie.  Je plane et de sautille sans réfléchir.  Je balance en attrapant un tronc qui ploie et qui me permet de continuer sur ma trajectoire.  Ces quelques kilomètres défilent furieusement.  Jessy est devant et Jean-Nicolas suit comme il le peut, à l’arrière.  On arrive, en trombe, au point de contrôle, duquel on repart en prenant la décision d’y aller chacun à notre rythme, pour les deux prochaines sections, tout en s’attendant aux ravitos, histoire de se retrouver.  Du Chemin Ratineau à la Possession, le sentier est dégagé.  Les coureurs se font plus espacés et il est facile de progresser.  À la Possession, j’observe des nids d’oiseau suspendus à l’envers.  Je me dis que le monde est sans dessus dessous.  J’avais planifié et vraiment anticipé cette course, son voyage, mais je n’avais pas prévu ce que j’étais entrain de vivre.  Mes émotions sont partagées, teintées par la fatigue accumulée, je crois.  J’ai une énorme gratitude envers Jessy et Jean-Nicolas et, en même temps, je réalise que je suis déjà entrain de penser à reprendre cette course.  Le temps s’effrite et une nouvelle section est amorcée.  Elle parle d’elle-même, remplie de son histoire.

LE CHEMIN DES ANGLAIS

J’avais eu l’occasion, avant l’événement, d’effectuer une reconnaissance de cette portion du parcours.  Son histoire m’avait remuée.  Le Chemin des Anglais est constitué de trois sections distinctes, chacune comportant de bonnes montées et une descente assez particulière.  Qu’est-ce qui le caractérise?  Il est formé de pierres de toutes tailles, placées de toutes sortes de façons, comme si le temps et le sol les avait amenées à se soulever et à prendre un espace imprévisible, désordonné.  Certaines pointent vers le haut alors que d’autres semblent se tordre en tous sens.  La végétation environnante est verdoyante.  On m’a raconté que des esclaves avaient contribué à construire ce chemin, de peine et de misère.  J’éprouve un certain plaisir à constater que la nature, sauvage, reprend tranquillement le dessus.  Et je m’y élance avec la joie d’un enfant, en dansant d’un rocher à l’autre, sur la pointe des pieds, les bras au vol.  Les passants me regardent d’un air incrédule.  Je souris, concentrée, plongée dans le momentum.  Le temps passe très vite.  Je croise un lézard vert à tête jaune et je lui parle, émerveillée. J’arrive éventuellement à la dernière portion de descente du Chemin des Anglais et j’aperçois, au loin, Jessy.  Je bondis, de pierre en pierre, jusqu’à elle.  Puis je vois son visage, défait.  Elle ne va pas bien.  Déshydratation et nausée sont au menu.  Il nous reste environ deux kilomètres à parcourir avant de rejoindre la tente militaire de Grande Chaloupe.  On en est à 152,4 km.  Lorsqu’on y arrive, Jessy s’étend et tente de reprendre le dessus.  Je mange et je discute un peu avec les militaires, qui s’y trouvent, en attendant Jean-Nic. Alors que je vais aux nouvelles auprès de Jessy, Blaise apparaît.  Sa présence bienveillante fait du bien.  Je me sens rassurée de le croiser, comme si on nous offrait un rayon de soleil supplémentaire, en fin de journée. Peu de temps après, Jean-Nicolas se présente au poste.  Il semble aller mieux alors que Jessy lutte encore.  On repart, frontale au front (je prie pour que ma pile tienne le coup) vers le Colorado.  J’avais, initialement, prévu y arriver au petit matin et on se trouvait maintenant au coin d’une soirée qui s’annonçait un peu longue.

Ajustement. Tout le monde manifeste des signes évidents de fatigue, mais chacun refuse de dormir.  On veut arriver à la Redoute, à St-Denis, aujourd’hui.  La montée vers le Colorado me paraît interminable.  Je croise une longue, longue couleuvre sur laquelle j’évite, de justesse, de marcher.  L’obscurité et le faisceau projeté par la lampe me font découvrir un sol qui me paraît lunaire, blanchi, dénué de végétation.  J’ai l’impression qu’on grimpe en tournant en rond ou qu’on nous fait zigzaguer pour allonger les kilomètres.  Je n’ai aucun autre point de repère que les souliers de Jessy ou ceux de Jean-Nicolas.  La montée est relativement escarpée, ce qui ne nous permet pas d’avancer rapidement.  Elle est entrecoupée de tronçons de route, mais les jambes de chacun ne sont pas habillées de la même fraîcheur, alors on poursuit doucement.  Retour à la nature désertique, jusqu’au point de contrôle du Colorado, au km 161,4.  On dirait qu’on se trouve au milieu de nulle part.  Il vente et il fait noir.  Jessy ne va pas mieux et la nausée semble assez constante.  On entame donc la descente avec parcimonie.  Lee Emmanuel, Marc Antoine et Alex, guerriers de l’équipe, nous rejoignent et passent devant, à un rythme accéléré.  C’est la dernière descente.  Elle est vertigineuse.  À bonne vitesse, on nous avait dit qu’on y mettrait 45 minutes.  Mais elle sera plus longue.  Des arrêts s’imposent, histoire de permettre à Jessy de respirer et de se maintenir, un minimum.  Chaque fois que le convoi s’immobilise, je ferme les yeux et je m’endors, instantanément.  Il me tarde d’arriver.  J’y pense depuis si longtemps que ce moment me paraît complètement abstrait.

ST-DENIS, LA REDOUTE

Les bruits de la ville commencent à se faire plus denses.  On entend des bourdonnements, le bruit des voitures. Les courbes, dans la descente, se font plus larges.  Soudainement, on débouche sur une rue.  Je me sens éberluée, comme si on ne pouvait plus y arriver.  Quelques pas de marche seront suivis du pas de course, initié par Jessy, alors même que je n’osais plus le suggérer.  Elle m’impressionne.  Je voudrais courir à cent mille à l’heure et entrer au stade comme une fusée, mais l’émotion me gagne.  On y est, tous les trois, aux portes de ce moment, celui qui nous mène à la ligne du 166ème km.  J’ai peine à le croire.  D’un périple aux objectifs compétitifs, j’en étais venue à me sentir complètement démunie parce que mon corps refusait de coopérer, me rappelant à la convalescence.  Puis j’avais choisi de partager le chemin avec Jessy, méditative, lequel nous avait conduit à Jean-Nicolas, au bord de l’agonie.  Alors, en ce moment où l’on posait le pied sur le fil d’arrivée, main dans la main, je revois passer tout ce qui m’a habitée au cours des dernières 48 heures.  Blaise est à nos côtés et il enregistre, comme un oiseau gardien, comme un protecteur qui nous voit rentrer au bercail avec contentement.  Tout s’entrechoque.  Je partage une étreinte avec Jessy et Jean-Nic, saisie.  Et alors que j’avance vers ma médaille, j’ai déjà à l’esprit l’idée de recommencer.  Je veux revenir.  Je veux courir encore.  De 160 à 888 km, ici et ailleurs.  En chair en os.  Avec tout ce que je suis devenue et ce que j’ai encore à être.

EN VOL

Je rentre chez moi, ce soir, le coeur gros.

Mes enfants me manquent.

Pourtant, je n’ai pas envie de quitter tout ce que je viens de vivre, au-dehors comme au-dedans. Je sais que quelque chose a été amorcé.  Je le vois dans mes yeux.  Je le sens.  Comme ces étoiles, sur le toit du Maido.

Grand Raid, nous aurons, encore, rendez-vous.

Merci à toute l’équipe des Guerriers du Grand Raid, à la Clinique du Coureur, à Blaise et Mikaël, à Isabelle D. et à Rose, leurs douces et fortes moitiés.  Merci à Jessy et à Jean-Nicolas, à Caroline, à Claudine et à Aurélie, mes colocs, à tous ceux que j’ai croisés, à Izna et Arielle, à Marie-Josée, à Chantale, à Anne, à Dominic (qui m’a encouragée à décrocher et à profiter du moment), à Justin, de la Clinique Ressource Vitale, à tous les amis de la gang de Québec, à Jean-Paul, Josée, Diane, Carmen et Alain ainsi qu’à tous ceux et celles qui m’ont prêté main forte, de près ou de loin. 

Septembre, au passage – As September Went By…

Septembre, au passage

Septembre prend son souffle pour être prêt, car l’automne s’en vient.  Chez nous, il précède l’hiver.  Ses journées sont remplies et elles surprennent, parfois, parce que les visites du soleil se font plus rares et surtout, plus brèves.  Les opportunités pour profiter de sa présence se déploient et elles font du bien, car elles nous rappellent un peu à l’été.  À la chaleur. Je me suis laissée portée par ce mouvement. Et c’est ainsi que l’histoire a commencé…


TOUR DU LAC EN SOLO
J’avais encore en tête le trajet du tour du lac Memphrémagog, dans mon petit coin de pays.  Il s’étend le long des terres, longe les territoires remplis de buttes et de petits monts comme un paysage bucolique, une ode à l’entre-deux, la campagne en ville ou la ville en campagne, pour certains.  Aussi, au début de ce grand septembre, j’ai pris mes vieux souliers et me suis élancée, avec la pluie, accompagnée de courageuses cyclistes, dans les chemins environnants en vue de compléter un parcours de 123 km. 123 km de route asphaltée et de chemins de gravier.  Ma région d’adoption, celle que j’apprends encore à connaître, me surprend toujours. Même lorsque j’anticipe sa faune, sa flore et ses cambrures.  Même sous une pluie diluvienne, elle me paraît magnifique.  Elle respire et moi aussi.  Nous sommes bien entourées. J’ai partagé ce moment avec des gens incroyables.  On m’a d’ailleurs déjà lancé l’invitation, informelle, à recommencer l’an prochain.  Qui sait?  Le vent m’y portera peut-être.


HARRICANA
Puis, une semaine passée, le temps est venu de sauter à pieds joints, en tant que bénévole, dans l’aventure Harricana.  Je n’avais pas eu la chance de me libérer pour m’y rendre, auparavant, alors j’ai saisi l’occasion.  J’avais découvert les paysages saisissants du secteur lors d’une escapade pour accompagner d’excellents coureurs, Matthieu et René, en juillet.  Il aura fallu l’aplomb et la force de persuasion de mon amie Anne pour me convaincre d’y plonger. J’ai retrouvé ces montagnes et ces rochers avec émotion.   Quand on a l’habitude de courir, offrir sa présence à un événement, pour venir en aide, est une belle façon de redonner.  Ça donne l’occasion de vivre l’expérience dans une autre optique.  De voir l’envers du décor.  On investi tellement de temps, de ressources et d’amour dans l’organisation d’un événement qu’il est assez unique de pouvoir y contribuer.  Je me sentais curieuse, mais aussi avide d’encourager ceux qui prenaient part aux différentes épreuves et de faire de bonnes pensées pour chacun, un geste de présence.  La rencontre d’une belle équipe de bénévoles, au ravito de la Marmotte, aura été l’un de mes coups de coeur.  Lorsque j’y suis arrivée, tous dormaient à poing fermé, emmitouflés dans leurs sacs de couchage.  Et j’avais ma place, parmi eux, à l’étage, avant que trois heures du matin ne sonnent, pour que l’on se prépare à accueillir les coureurs.  J’ai été témoin, par la bande, des succès de ce beau groupe de Québec, duquel faisaient entre autres partie Matthieu et René, Guillaume et sa douce, Marjorie, Dominic, Amélie, Jasmin, Anne et les enfants.  Je crois qu’il n’y a pas de magie plus grande que de voir l’émotion, qui est partagée, sur les visages.  De ressentir que, pour chacun et chacune, il s’est passé quelque chose.  Le dimanche, en fin de journée, j’en suis repartie avec une sensation étrange, témoin lointain, mais aussi un peu conquise par les lieux.  Réchauffée par le plaisir d’un café et d’une chocolatine partagés avec les athlètes.

Photo: AdventureMag, RIG

RAID INTERNATIONAL GASPÉSIE
La deuxième semaine de septembre était arrivée comme un paquebot enflammé, à grands renforts de signaux gaspésiens.  J’avais vingt-quatre heures pour refaire ma valise, rassembler le nécessaire en vue de passer beaucoup de temps dehors, sur la route, sur la montagne, dans les bois et dans l’eau. Vingt-quatre heures pour serrer mes enfants dans mes bras et oser partir, le coeur rempli d’espoir, vers le Raid International de Gaspésie. Espaces sauvages et cartographie étaient au menu.  Mardi matin, alors que le soleil venait de se lever, mon équipier était passer me prendre.  L’auto remplie de nos projets, nous nous sommes rendus à Carleton-sur-Mer, où l’ensemble de l’équipe d’Endurance Aventure, l’organisation, était basée. Dans mon coeur, j’avais l’impression de rentrer à la maison. Je ne sais pas si j’ai trouvé, à ce jour, les mots pour bien exprimer ce qui m’a habité pendant cette semaine-là, mais je l’espère.  Sans exagérer, je crois que chacune des minutes où j’ai pris part à l’aventure du Raid, entourée de mes collègues, aura été marquante, non seulement parce que tout semblait unique, mais parce que je m’y suis retrouvée, complètement.  J’ai pris soin de savourer ces instants, dans un milieu de travail qui me correspondait, avec toute la richesse et les apprentissages qu’il pouvait m’apporter.  Pouvoir donner de sa personne et oeuvrer à même un lieu, aussi sauvage soit-il, avec tout le plaisir du monde, est un cadeau immense.  C’est d’ailleurs l’un des grands moments de cette année, au même titre que certaines expériences en course ou ces moments ultras spéciaux avec mes enfants.  Là, les deux pieds dans l’eau et dans la boue, absorbée par les bruits de la nature, séduite par la beauté et la rusticité du moment, je me sentais bien.  J’avais envie d’être dehors.  Encore et encore.  Même la fenêtre de ma chambre, celle dont ma colocataire, Julie, m’avait fait don, projetais un paysage immensément beau.  J’avais soif d’aventure.  Je me sentais à ma place.  Même en pleine noirceur, seule en forêt, alors que les seuls bruissements perceptibles semblaient être ceux de mon walkie-talkie, me rappelant que d’autres travaillaient encore, eux-aussi à l’écoute.  J’en suis revenue remplie du ressac du fleuve, des sourires des athlètes participants, des rires de mes collègues, du son des éoliennes, au sommet, du silence dans les bois, comme dans la chapelle de l’Oratoire du Mont Saint-Joseph, du courage de chacun, du plaisir relié à tous ces moments et bien encore.

Photo: triamax.com, RIG

AU FOND
Point tournant dans la vision de la routine, chose que j’ai toujours trouvée difficile.  Je crois qu’une partie de moi a vraiment tenté de créer un cadre plus neutre avec la venue des enfants, avec le rôle de maman monoparentale à temps plein et autres considérations.  Au retour de la Gaspésie et en fonction de tout le chemin parcouru dans la dernière année, je me suis sentie comme si toute cette enveloppe avait définitivement éclaté. Comme si je m’étais enfin donné le droit de retrouver le sourire au quotidien, en travaillant, en étant là où j’avais à être, plus concrètement.  Je suis une femme de terrain, une aventurière.  Une maman, une coureuse, une crayonneuse d’images et une jongleuse avec les mots aussi, bien entendu, mais j’avais besoin de faire la paix avec certains aspects de moi-même ou plutôt, de leur redonner l’espace qu’ils réclamaient depuis longtemps.  J’ai eu peur, tellement peur depuis quinze ans, de ne pas être présente pour mes filles en choisissant d’être, entièrement.  C’était peut-être partiellement justifié.  Mais, ce que je sais, c’est que nos rapports, au quotidien, bénéficient d’une qualité et d’une simplicité remarquables quand je me donne ce droit, d’être toute juste ce que je suis et de laisser chacun(e) être, à sa façon.  Nous ne sommes pas parfaits, nous, les parents.  Mais nous sommes tellement plus complets en ces circonstances!  Le monde est magnifique, même avec ses bobos, avec les nôtres aussi.  Collaborer, plonger, aimer et s’envoler, tout à la fois.  Le temps passe vite.  Mon Izna et mon Arielle, accompagnées par Marie-Josée, me le rappellent de plus en plus.  Je vous ai remerciées, souvent, souvent, pour m’avoir permis d’y être et j’y pense encore, de tout coeur.

       

LE RELAIS MEMPHRÉMAGOG
Septembre filait et la troisième semaine avançait.  En Estrie, on se préparait pour la course à relais autour du Lac Memphrémagog, le Relais de la Fondation Christian Vachon. C’est , chaque fois, l’occasion de partager une journée de course en équipe pour une précieuse cause, celle des enfants en besoin. Comme chaque année, nous étions deux cent équipes à prendre le départ à heures variables, histoire d’assurer une certaine fluidité sur le parcours, celui-là même que j’avais sillonné au début du mois.   123 km toujours uniques, où nous étions reliés par ce fil d’entraide, sourires aux lèvres du petit matin au soir…ou enfin, la plupart du temps.  Certaines portions corsées du parcours, alliées à une chaleur extrême, ont demandé aux coureurs un effort considérables.  Certains ont franchi la ligne d’arrivée avec les derniers rayons du soleil alors que d’autres sont arrivés au flambeau. Dans tous les cas, c’est un trajet qui représente beaucoup.  Par ce qu’il véhicule, ce à quoi il contribue et les raisons pour lesquelles tous choisissent d’y participer.  Une course, qu’elle soit associée à une cause ou pas, représente toujours un défi.  Et il est fascinant de voir tous ces gens, de gabarits, d’expériences et de milieux différents, s’unir dans le cadre de ce genre d’événement.  De relever un défi pour lequel on peut se sentir plus ou moins prêt ou préparé, parce que ça nous interpelle.  C’est une démarche très rationnelle et, en même temps, émotive.  Je me suis sentie choyée de pouvoir en faire partie encore cette année.  Entourée de Marianne, Micheline, Louis-Philippe, Samuel et Emmanuel, j’ai vu les points de contrôle défiler avec la joie des équipes en mouvement.  J’ai terminé cette troisième semaine en bouclant une période d’entraînement assez soutenue, nourrie par le projet de course qui gagnait du terrain: la Diagonale des Fous.  J’avais mal au ventre…et un peu aux cuisses aussi!

LA DIAGONALE
Septembre s’en est allé et octobre est arrivé avec son rideau de pluie.  Trois journées de migraine et de problèmes intestinaux m’ont visitée pour me rappeler, peut-être, que le moment le plus important est celui que l’on vit alors qu’il se présente.  Pas demain, pas dans trois semaines et pas en fonction de ce que je n’ai pas encore réussi à résoudre.  Le temps de prendre l’avion et de me fondre dans les montagnes, les cirques de la Réunion, l’unicité de cette expérience approchent.  J’ai réalisé que j’allais partir plus longtemps qu’à l’habitude.  Que je m’apprêtais à vivre une chose pour laquelle je m’étais préparée, mais dont je ne pouvais pas anticiper les surprises, les imprévus.  Comme dans la vie.  Comme dans l’aventure.  Au-delà de la migraine, je me suis sentie envahie par la sensation du plongeon, celui qui implique qu’on ne peut pas revenir en arrière.  C’est un go.  Complet et vibrant.  Il ne s’agit que de 165km de course et pourtant, j’ai l’impression qu’une carte beaucoup plus vaste, beaucoup plus large est entrain de se dessiner.  Peut-être que j’aurai envie de pondre un roman ou une toile.  Peut-être que j’en aurai assez.  Peut-être que je me sentirai remplie de cette autre forme de nature.  Peut-être que le désir de repartir à l’aventure se fera encore plus pressant.  Un moment à la fois, avec les conseils de Chantale, la migraine s’est estompée.  Je l’ai laissée s’évaporer en forêt, sur le petit toit du monde du Mont Chauve, un instant vêtu de soleil. Ouf!

Octobre s’est découvert et je cligne des yeux devant mon écran.  Le sommeil me gagne.  Mes enfants respirent doucement et je peux les entendre, dans l’écho que répand le toit cathédrale, accompagné de la musique pianotée par un Iphone encore en service.  Je me suis assoupie deux fois déjà.  Portée par l’excitation comme par l’incertitude, je compose cette phrase.  Et doucement, je me dis qu’il est temps d’y aller.  Une nouvelle journée attend, cachée derrière les nuages.  Octobre, fais-nous rêver éveillées.

À tout de suite,

Isabelle

As September Went By…

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