isabelle

Quand le regard va loin – Long Distance Sight

Si tu cours, prends le temps de lire ces mots avec la lunette d’un coureur.  

Si tu marches, fais-en de même avec l’esprit du marcheur.

Si tu ne te sens pas sportif, abordes-le avec l’idée de tes occupations en tête.

Et enfin, si tu pratiques d’autres disciplines, apposes-y en le sceau au cours de ta lecture.

Ces pensées s’appliquent en de multiples contextes, chacune à leur façon.

 

Quand le regard va loin

(English version below)

Ce qu’on fait, ce qu’on partage et parfois même ce que l’on croit garder pour soi peuvent avoir une portée.  On sous-estime souvent l’ampleur et la résonance que peuvent avoir nos actes, nos gestes…ce que nous sommes et que nous présentons au Monde.

J’ai vu passer, dans les derniers jours, de nombreux jeunes et moins jeunes qui ont, chacun à leur façon, relevé un défi.  J’en ai entendu parler dans l’actualité, dans le nid de mes lectures, par le biais de mes collègues, de mes élèves, de mes enfants.  À la course comme à la vie, la Terre tremble, souvent, de joie, d’amour et de peur.  De sourires, de fatigue, d’excitation, de tristesse et de colère.  C’est l’encore dont on s’imprègne et qui marque nos réalités, ici et là.

La saison de course est entamée et elle te porte, elle me porte, elle nous transporte vers l’été.  J’ai toujours ce frisson, un peu fébrile, à l’approche de nouveaux défis.  Je me sens fatiguée en ce moment et pourtant, je me plais à penser à tous ces chemins qu’il est possible de tracer en forêt, en bordure de sentier et sur le long des routes, quelquefois.  Parce qu’on évolue dans un espace diversifié.  Parce qu’il y a tellement de couleurs et de possibilités qu’une journée semble bien courte pour explorer tout ce que le paysage peut offrir.  Des points de vue, des plans, des cachettes, des soubresauts saisonniers, des airs de paix et de tumulte qui s’entremêlent aux différentes heures de la journée.

Il y a toujours de quoi s’activer.  Comme ces espaces où l’on a l’opportunité de choisir de se poser.

En courant

En marchant

En créant

En parlant

Ou en silence

En devenant celui ou celle que l’on choisit d’incarner

C’est à toi de choisir; tes enjeux, tes défis, tes apports, ce que tu donnes et ce que tu reçois.  Tu es celui qui trace, qui voit, le vecteur, le noyau.  Même quand la fatigue t’emporte.  Même quand la tête se fait lourde.  Quand tu doutes.  Quand tu t’émerveilles aussi, ici et là.  Que ça dure deux secondes, deux minutes ou deux mois, c’est à prendre.  Parce que ça fait bouger les choses.  Parce que tu déplaces de l’air.  Parce que tu vas y arriver.  Un jour ou l’autre.  Go!

 

Courir en forêt

Avoir quelqu’un devant ou derrière soi, ne pas toujours savoir où l’on en est,

Partager un sentier, une mince piste, un air de saison en sentant parfois que le souffle se fait court,

Trouver le pont, le point, le vide en naviguant dans ses pensées et refaire le point, le pont, le vide en rencontrant d’autres coureurs,

Aller de l’avant parce que c’est ce que l’on peut faire de mieux, même quand on se sent un peu perdu,

Trouver les ressources pour continuer quand on a l’impression qu’on pourrait abandonner,

Se rappeler qu’il y a toujours, quelque part, un ravitaillement, un petit coin pour prendre une pause, pour souffler autrement, juste un peu,

Qu’il y aura aussi, quelque part, une source d’eau ou une douche ou une fluidité, dans la progression, à la fin du trajet ou encore un peu plus loin,

Qu’il n’y a jamais qu’une seule façon de gravir les montagnes, qu’elles soient physiquement présentes ou alors créées par notre pensée, en regard de ce que l’on vit, de ce qui nous attend,

Se souvenir enfin que, même s’il y a des cut off, on peut toujours faire son bout, comme on dit.

Il y en  aura toujours d’autres en avant, au même endroit, sur un terrain semblable, et en arrière.  Même quand on ne s’en rend pas compte.  Toi, t’es là, quelque part, l’autre aussi, comme moi d’ailleurs.

Il nous arrive de penser qu’on est seul.  Ça peut être vrai.  Pourtant, on finit toujours par croiser quelqu’un, qu’il s’agisse de son ombre, de son pas, de son regard, de son rythme et du son qui l’accompagne.  Il faut juste tendre l’oreille et ouvrir les yeux.  Particulièrement quand on court à perdre haleine ou qu’on est à l’arrêt.  Deux états.  Deux esprits.  Un équilibre.  Un

 

Un

C’est ce Un-là que tu partages.  Tout le temps.

Toi, tu m’as inspiré quand je t’ai vu courir.

Toi, tu m’as fait sourire quand je t’ai vu te dépasser.

Toi, tu m’as émue quand tu as exprimé quelque chose dans tes mots.

Toi, tu m’as fait réfléchir en interpellant la masse.

Toi, tu m’as tiré de mon sommeil.

Toi, je t’ai suivi, pour trouver ma piste.

Mon sentier, ma trail. 

Ce lieux-là

Celui où le regard fini par aller loin.

Tout près d’ici

Game On

Un merci tout spécial à ceux et à celles qui me remuent, jour après jour.  Aux petits et aux grands, aux élèves, aux parents, aux personnalités publiques et aux personnalités discrètes qui ont un impact, toujours, de près ou de loin.

Merci à ceux qui m’encouragent et me soutiennent.  À ceux qui ont contribué, dernièrement, à ma campagne Makeachamp: Jean-Philippe Turgeon, Véronique Lettre, Carmen Archambault, Alain Lambert, et certains membres de ma famille.

Pour participer à ma campagne Makeachamp:  https://makeachamp.com/fr/isabellebernier

 

Équipe

 Long Distance Sight

(…To follow in few hours!)

If your run, take some time to read these words with a runner’s lense.

If you walk, do it the same way with a walker’s state of mind.

If you’re not feeling sporty, take it with your own leisures and activities in mind.  

And, finally, if you’re practicing other disciplines, go for this reading with this spirit.

These thoughts remain valuable in multiple contexts, in their own way.

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La santé, c’est aussi mental – It Matters: Mental Health

La santé, c’est aussi mental

Au milieu de la route, hier soir, j’ai trouvé une perdrix qui semblait hypothéquée.  Je l’ai prise dans mes bras, comme un bébé, en vérifiant de quoi avait l’air sa respiration.  Elle ouvrait la bouche, mais elle ne bougeait pas.  Je sentais bien que ça n’allait pas…Elle a rendu son dernier souffle tout près de moi, le cou cassé, comme si la nature était pressée de la reprendre…mais j’avoue qu’hier soir, j’aurais voulu la sauver.  Parce qu’on était le trente avril et peut-être un peu aussi parce que c’était le jour de l’anniversaire du décès de mon frère.  Il avait aussi abîmé son cou.  Ça m’a remuée.

 

Jessica Lange, courir pour une cause

J’ai pris le temps de lire et d’écouter, cette semaine, les articles et les entrevues qui parlent de santé mentale, de ce projet qu’entreprendra Jessica, le matin du vingt mai prochain, pour la cause, pour remettre à cette fondation, qui oeuvre dans la recherche en santé mentale (Fondation Cervo).  Je constate, au fil des années, que c’est encore un sujet un peu tabou et ce, pour plusieurs.  Même dans le domaine du sport où l’on bénéficie pourtant à y porter une attention toute particulière.  Jessica a choisi de courir vingt-six marathon en vingt-six jours pour ramasser des fonds, oui, mais aussi pour tisser ce fil qui relie les gens, celui qui nous interpelle.  Parce que nous sommes nombreux à être concernés, plus qu’on ne le croit, en fait.  En partant d’une volonté de contribuer et d’aider son frère, entre autres, elle fait le pont avec ce frère ou cette soeur que tu as peut-être, toi.  Avec ton père, ta mère, ton oncle, ta tante…qui sait?

Ceux qui ont vécu ou qui sont encore aux prises avec une problématique en santé mentale sont nombreux.  Certains ne le savent pas.  On peut la considérer comme une étiquette, si on veut, mais je crois qu’on ne peut passer sous silence l’ampleur de la situation.  Au Québec, le nombre de personnes concernée est effarant.  Et ça s’étend partout, en particulier là où l’on oublie d’apprendre à se connaître, à prendre soin de soi, dans ces milieux où l’on oublie de prendre le temps de vivre.  De se donner le droit d’exister, même, parfois.  Et que dire de l’idée d’être heureux?! Cela peut s’avérer être tout un défi, parfois, en fonction de nos choix et de nos réalités.  Réapprendre.  Redécouvrir.  S’exprimer.  Se donner le droit.

Je l’ai déjà écrit: l’anorexie, la dépression et l’anxiété ont fait partie de mon parcours. Je proviens aussi d’une famille où les difficultés en santé mentale, quand j’y réfléchis, étaient un peu comme la varicelle: j’en ai vu plusieurs plonger, partir, se déchirer.  Certains sont revenus et d’autres ne reviendront pas, comme tous les québécois qui font maintenant le choix de mettre fin à leurs jours.  On parle, en effet, d’une personne sur trois qui, chaque jour, fait ce choix dans notre belle province.  Et il existe tellement d’autres problématique desquelles on commence à peine à parler plus ouvertement.  Que ce soit passager ou qu’il s’agisse d’une situation, d’un état qui s’échelonne sur une plus longue période, je crois qu’il est toujours important, voir primordial, d’en prendre soin.  Un jour, on en rira peut-être, mais ce que je perçois, dans le moment, se présente comme un “wake up call”, un appel à ouvrir davantage les yeux.  Et quand on le fait, c’est percutant.

La course

Ne serait-ce que dans ces lieux, ces moments où l’on s’interroge sur ce que l’on ressent, ce qui bouge en-dedans et que l’on arrive pas toujours à s’expliquer.  La Clinique du Coureur communiquait, cette semaine, à propos du syndrome dépressif qui suit parfois/souvent une course, une épreuve à laquelle on se sera consacré.  Ce sont des sensations qui varient d’une personne à l’autre, mais je crois pouvoir écrire que nombreux sont les coureurs qui ont pu ressentir une forme de vide quelques jours et parfois quelques semaines après une épreuve.  Parce que c’est hormonal.  Parce que l’adrénaline fini toujours par retomber et qu’on se donne à 100%, physiquement, mentalement et émotionnellement lorsqu’on embarque dans une aventure comme celle-là.  Je crois qu’il faut en être conscient.  Dans mon cas, ça veut dire prendre mes vitamines, mes suppléments, bien manger, bien dormir et me permettre de relaxer aussi, point sur lequel je suis souvent prise en défaut.  J’apprends.  Je travaille à remodeler ma vie, mon quotidien.  C’est aussi à ça que sert l’aventure, peu importe le domaine dans lequel on s’y propulse.  À mes yeux, bouger change les vie.  Il pourra s’agir d’une activité, d’un besoin ou d’une passion qui sont propres à chacun.  Moi, je sais que j’ai besoin de courir.  Même si, pour certains, ça parait fou.  Parce que j’aime courir longtemps.  Parce que j’aime cet espace où je me donne le droit d’être dans l’instant, où je me donne le droit d’être moi-même, juste ça.  Je me sens reliée à la vie.

 

L’extra

« Mais les motivations profondes qui nous poussent à atteindre de grands objectifs sont souvent imperceptibles, même par nous-mêmes, au moment du départ. Car c’est en route vers l’accomplissement de sa volonté que l’on explore et découvre des aspects de soi-même jusque là insoupçonnés, et qui sont mis à l’épreuve autant en relation avec soi-même qu’avec les autres. (…) C’est le chemin qui mène au sommet qui nous permet de nous élever en tant qu’humains. (..) Pour que la victoire existe, il faut que la possibilité de perdre la partie soit présente ».
Mylène Paquette

 

À toute personne qui en ressent l’élan: puisses-tu t’octroyer le bonheur de continuer d’avancer pour que des petites victoires, puis des grandes se dressent, avec toi, sur ton parcours.  Parce qu’il y a toujours, quelque part, cette lumière à laquelle tu aspires.  Ce bonheur dont tu rêves et qui semble peut-être t’échapper lorsque l’effort, l’émotion et la douleur soufflent. Parce que l’été reviendra toujours.

Avec amour

 

Pour contribuer à la cause et suivre Jessica Lange, suivez le lien:  ➡️ www.tetrotop.com ⬅️

Tatouage: Diane Roy, Jean-François et Émilie

ENGLISH VERSION

Health as a Mental Concern

Last night, in the middle of the road, I found a seemingly harmed partridge.  I took her under my arm, like a baby, being careful and listening to sounds or gestures which could reveal breathing.  It’s beak opened up, but it wasn’t moving.  I could feel something was wrong.  Eventually, the partridge offered its last breath with a broken neck, close to me, as if nature would be in a hurry to have it back…but I must admit that last night, I would have appreciated to be able to save it.  Because we were on April 30th and maybe also because it was the anniversary of my brother’s death.  He had also damaged his neck.  It moved me.

 

Jessica Lange, Running for a Cause

This week, I spent time reading and listening articles and interviews on mental health’s topic, about that project Jessica is soon going to run for, on May 20th, for a cause, to offer donations to a foundation, researching for mental health (Fondation Cervo).  As years go by, I consider this subject as some sort of  taboo to the eye of a lot of people.  Even in the sports field, where it’s really important to pay attention to it.  Jessica chose to run twenty-six marathons in twenty-six days to raise money for the cause, yes, but it also has a side effect, which I see as a way to connect everyone to the other and reaching the knot that speaks to us all.  Because we are quite a number of people concerned , more than we used to think, I guess. Starting with a strong will to help her brother and to contribute, among other things, she might be opening the door to this brother or this sister of your own.  To your mom, your das, your aunt or your uncle…who knows?

Those who experienced something like it, in the past, or those going through it at the moment are numerous.  Some of them aren’t aware of it yet.  We can tag it and make it as a strange branding name, but however we deal with it, I think we cannot bypass the situation or make as it if wasn’t an actual reality nowadays.  In Quebec province, the number of concerned persons is alarming.  And it’s growing everywhere, particularly in those spaces where we forget to get to know ourselves, to take care of our bodies, hearts and souls, where we might also eventually forget to take the time to live, for real.  To give ourselves the right to be here, to take place, to ground.  And what could we add concerning happiness?  It could represent such a challenge, sometimes, depending on our choices and realities.  Relearn. Rediscover.  Express ourselves.  Give ourselves the right to…

 

I already wrote it: anorexia, depression and anxiety have been part of my path.  As I think about it, I can see that I come from a family where difficulties related to mental health concerns were like chicken pox: I saw many diving in, going away, tear up themselves…Some came back and others will never be, as those many Quebec people (and around the world) choosing to end their earthly pathway somewhere between here and there.  We’re talking about one on three person, every day, who chooses to let go of life in our little province.  And there are so many other issues on the track, and we just start to talk in a more opened way about them.  Whether it is for a temporary moment or whether it goes along and stretches out in time, I think it’s always important to take care of it.  We might laugh about it one day, but what I can observe now is that we’re extending some sort of wake up call, some of us manifesting that it could be quite something to open our eyes and see.  And I am convinced that, once we do so, it’s crushing…

 

The Run

Wouldn’t it be in those places, in those moments we are wondering about what we feel, what is moving inside and what we’re not able to explain ourselves yet.  Earlier this week, The Running Clinic was sharing about the depressive syndrome which is sometimes taking over after a running event, a a challenge a great amount of energy had been put into.  These are sensations which vary from one person to the other, but I think I can write that many runners have felt those sensations, like some sort of emptiness, going from few days to weeks after the event.  Because it involves hormones.  Because adrenaline always makes it way to the end when we give all we have physically, mentally and emotionally, to an adventure like one of these.  It is part of the game.  In my case, it means being steady with healthy habits, good food, vitamins, supplements, good sleep and relaxing time…last points for which I’m sometimes loosing it. I am learning.  I work on about shaping everyday’s life better.  It is also what adventure speaks of, whatever the area we’re working in, propelling ourselves.  In my eyes, moving changes lives.  It could talk of an activity, a need or a passion that speaks to someone.  I know I need to run.  Even if for some people, it looks strange.  Because I love to run for hours.  Because I love this space where I give myself the right to be in the moment, where I give myself the right to be me. Only.  I feel connected to life.

 

The Extra

“But profound motivations pushing us to reach big goals are, quite often, imperceptibles, even by ourselves, at the time we begin or start something somewhere.  It’s on the way to the accomplishment of our will that we explore and discover aspects of oneself, unconscious until then, put on the table, like trial, weaving relations with ourselves as with others. (…)  It is the path that leads to the summit that elevates us as human beings.  (…) As for victory to exist, to have its space, the possibility to loose the game has to be there too”.

Mylène Paquette

(Free translation, Isabelle)

 

To everyone feeling something or somehow like it: may you offer yourself the joy and happiness to keep going, forward, so that small victories first, an then bigger ones come your way.  Because there is always, somewhere, this light you’re wishing for.  This happiness you’re dreaming about and that seems to hide when effort, emotions and pain are blowing.  Because Summer will always be back.

With Love

If you wish to contribute to the cause and follow Jessica Lange, follow the link:  ➡️ www.tetrotop.com ⬅️

 

 

Toucher la terre – Touch Ground

Toucher la terre – Touch Ground

(English version below)

“Si la course est un art, le pas marque son rythme, et ses routes sont un poème.  Un précieux territoire de la pensée où jamais, les étoiles ne s’éteignent”. 

Mickaël Préti

 

Vendredi, soir de pleine lune.  Une pluie drue qui se répand, au pied comme en haut de la montagne. Ce soir, dans le stationnement, je suis seule.  Comme si la température, le moment et la lune, peut-être, m’avaient accordé accordé un silence.  Je savais que certains collègues planifiaient une descente – en zipfy – cependant, je ne vois personne à l’horizon. Sortie de printemps avec des airs d’hiver, un panorama tout en nuages, une sensation de pleine lune…cachée là-haut, quelque part.

Marcher, puis courir dans la neige, dans la glace, en montée et en descente, nourrit quelque chose de particulier: le désir de connecter autrement avec le temps. de savourer l’instant en même temps que celui de prendre d’assaut la pente, l’abrupte, en respirant un peu plus fort, juste pour voir à quel point on peut y accélérer.  Pas trop.  Juste assez.  Parce que c’est vendredi soir. Parce que c’est Vendredi Saint.  Calme. Tranquille.  Seule sur la montagne (enfin, c’est ce que je m’imagine), les yeux grands ouverts.

J’adore la neige et j’ai respiré avec l’hiver, comme s’il s’agissait d’une bénédiction, chaque jour.  Pourtant, au cours de la dernière semaine, j’ai soudainement eu envie que les surfaces soient vertes, qu’on me rappelle à mes shorts, que le soleil se fasse trop chaud sur mon visage.  J’ai eu envie de prier pour l’apparition d’un Mr Freeze, comme quand la sueur se fait aussi abondante que l’eau d’une piscine.  Et j’ai aussi eu l’idée de souhaiter que mes souliers ne soient pas recouverts de neige, mais de boue, de cette belle brassée de terre fraîche, mouillée de surcroît, qui recouvre nos pieds, parfois jusque dans nos chaussettes, dans ces moments de transition entre les saisons.  Appeler la chaleur pour courir autrement.  Changer le point d’attention, le focus.

À la tombée du jour, il fait tout de même un peu plus doux.  Cette pluie, que Pâques transporte avec elle, circule aussi.  Dans les pentes, elle crée des sillons qui s’ajoutent aux plaques de glace environnantes, mais aussi des passages où l’on commence à distinguer les grenailles, les cailloux, au sol. J’entends l’eau qui s’écoule des monticules rocheux, encore recouverts de glace, et je ralentis le rythme pour capter pleinement le bruit de ces morceaux de printemps, ce qui s’éveille discrètement, ici. Le bruit de mes crampons, compagnons du dénivelé en montagne, semble faire écho à ma respiration, régulière.  Au cours de ces quelques heures, à la montagne, je n’ouvrirai la bouche que pour saluer un lièvre, tout blanc, qui file sous un boisé.  La cadence, parfois très rapide, ne m’empêche pas de sourire parce qu’il y a, même dans ces sorties d’entraînement, quelque chose de spécial.  Comme si chaque moment portait son empreinte.  Comme s’il me rappelait qu’il était unique et que j’avais fait un choix éclairé…éventuellement par ma lampe frontale!

Sérieusement, oui. Après avoir songé à m’assoupir, j’ai décidé d’enfiler un imperméable au lieu d’un pyjama.  De filer au point montagneux le plus près.   Éclairée par un élan qui me dit que j’ai besoin de nature.  De sentir l’air frais, le sol.  D’observer ce qui se passe tout autour, dans ce paysage qui s’étend, lorsque le ciel est dégagé, sur une pléiade de montagnes que j’aimerais bien parcourir à pied, au pas de course, l’une à la suite de l’autre.  En ce vendredi soir, au sommet d’Orford, les nuages m’enveloppent et je n’ai pas le loisir de jeter un coup d’oeil au loin.  Je peux ressentir, par contre, la densité de l’espace.  La pluie tombe. Je l’apprécie.  Lors de ma première descente, le voile de nuages s’estompe lentement, tout près du pied des pentes.  Par curiosité, parce que j’en ai encore envie et parce que la température, alliée à la nuit qui s’amène ont tendance à brouiller les repères, je reprends l’ascension.  Celle-ci n’a rien de l’Everest, j’en conviens, mais ça fait du bien.  C’est un lieu accessible et on peut s’y perdre pendant des heures…pour mieux se retrouver.

Certains diront qu’il faut être un peu fou/folle pour sortir dehors, un vendredi soir aux airs gris-noir, alors qu’il pleut et qu’on n’y voit rien.  C’est possible.  Je crois qu’à l’entraînement comme en temps de loisirs ou de compétition, la folie peut être utile.  Par exemple, croiser un lièvre tout blanc, bondissant juste devant moi, le soir d’un Vendredi Saint, m’a donné l’impression de me trouver dans l’histoire d’Alice au Pays des merveilles.  Et le temps file.  Je n’ai pas vu de montre – de ce fait, j’avais oublié la mienne – alors je me suis dit que, tous les deux, on ne devait pas être bien pressés.  On peut aborder l’entraînement et l’activité physique, au sens large, de façon ultra logique, mais j’aime bien penser que ce sont des paradigmes qui permettent aussi d’alimenter l’imagination.  On en parle de toutes sortes de façons: d’espaces où l’on se sent dans l’instant présent, pleinement connecté(e) avec tout ce qui nous entoure; d’espaces méditatifs, où l’introspection, alliée à la respiration du moment, créent la paix; d’espaces dynamiques, où les secondes, les minutes, les heures s’écoulent comme un éclair; d’espaces, enfin, propices à coudre et à découdre ce qui a existé, ce qui existe et ce qui sera peut-être, un jour…parce qu’on aura bien voulu l’imaginer!  Qu’il s’agisse de la fibre d’autrice ou de la petite et de la grande Isabelle en moi, c’est inévitable: j’y retrouve toujours quelque chose de magique.  Ce sont des moments où je ne cherche pas à expliquer, mais simplement à ressentir ce qui est et à bouger en sa compagnie.

C’est peut-être aussi, ou essentiellement, ce que fait un athlète: bouger avec ce qui est.  Composer avec ses aptitudes, ses capacités, ses objectifs et les projets qui ont été dessinés.  Composer avec l’imprévu.  Avec l’inconnu, comme en algèbre.  La course en sentier est un monde particulier et j’ai pourtant l’impression que cela s’applique avec autant de valeur.  J’écrivais, récemment, qu’être  un coureur (une coureuse) en sentier était peut-être un peu comme être un cowboy de l’espace.  C’est un autre univers.  Les possibilités s’étendent, presque littéralement, à l’infini.  Et si on franchissait, un jour, des passerelles qui nous permettent de courir entre la Terre et les autres planètes?  À noter dans nos cahiers au cas où il s’agirait d’une pensée visionnaire, comme au temps où imaginer voir quelqu’un dans un téléphone semblait totalement surréaliste!  Enfin, vraiment, à tous ceux qui découvrent ce sport ou qui se sont déjà laissé emporté par sa vigueur et ses airs libertins, je lève mon chapeau (de cowboy): les soirées ou les matins en pyjamas, quelquefois troqués pour l’apparat du coureur, ont quelque chose d’unique parce qu’ils nous interpellent.  Peu importe la distance parcourue, le choix de trajet, la classification ou les rêves qui l’accompagnent, ces moments ont une valeur.  Parce qu’ils représentent, pour vous, pour moi, pour toi, une perle.  Un instant de la vie qui ne se produit qu’une fois.  Qui changera, dans une seconde.

Alors, cowboy de l’espace, quand tes muscles te feront souffrir, quand ta tête te dira qu’elle n’en peut plus, souviens-toi de ces jours de pluie, des choix que tu as fait et de la grandeur que tu as pu voir, ressentir et respirer, ici et là.  Ce sont eux qui te porteront jusqu’au fil d’arrivée.  Ils te rappelleront qui tu es et le temps que tu t’es accordé pour le célébrer, cette fois.  Parce qu’il y en aura d’autres: l’espace, c’est tellement grand…!

Joyeuses Pâques

Touch Ground 

If running is considered an art form, a pace sets as a rhythm, and its roads are a poem.  A precious thought territory where, in no case, stars would settle down to black”.

Mickaël Préti (Free translation)

Friday evening, Full Moon time out.  A consistent rain drops around, at the bottom and at the top of the mountain. Tonight, I am standing alone in the parking lot. As if temperature, the moment and the Moon had gifted me of silence.  I knew that some colleagues had planned a zipfy trip to go down, but I couldn’t see anyone around.  Spring time out with some Winter’s blips, a cloudy overview, a sensation of Full Moon…hidden somewhere, up in the sky.

Walk, then run in the snow, on icy plates, going uphill and downhill, can appear like peculiar, feeding a part of the self: a desire to connect with time in a different way, to enjoy, savor the moment as the will to speed up the hills, steepness, breathing a little bit – or way more – louder, just to see how we can make it to the top.  Not too much.  Just enough.  Because it’s Friday night.  Because it’s Good Friday.  Calm. Quiet.  Alone on the mountain (well, I suppose I am), eyes wide opened.

I love the snow and I took a special care, every day, to breathe with Winter Season as it would be a blessing.  I must admit, though, that at the end of this week, I suddenly felt the desire to find and see green soils,  to be called by my shorts, to feel a sun, way too warm, on my cheeks.  I felt like praying for a Mr Freeze to show up, as when sweat comes afloat like the amount of water in a pool.  And I also wished for shoes covered with mud instead of snow, like fresh soil, sometimes clay, pretty wet, going all over the snickers, dripping in and reaching our toes in those times where the Seasons are on shifts.  Calling warmth to run, somehow, in a different way.  Change focus and attention point.

As the day goes down, the weather gives a softer feel.  That rain, brought by Easter’s weekend, rows around too.  Ski spots and paths are sculpted with icy plates and little pathways, where rocks of all sizes seem to show up, waiting for the sun to glaze, appear here and there.  I can hear waterfalls dripping generously on rocky monticules, hidden behind last coats of ice, and I am slowing down to fully hear the noise, parts of the coming Spring, of what secretly wakes up in here. In parallel, the sounds emitted by the big spikes, fixed on my shoes, companions of mountain runs, seem to echo my breathe, going with the pace.  During these few hours, I would only speak up once, to greet a white ball, running and jumping hare, rapidly hiding in the woods.  The rhythm, sometimes pretty fast, doesn’t keep me from smiling because there is, even in those training spaces, something special going on.  As if every moment would have its own imprint.  As if it would remind me how unique it is and that I had made a clear, lighted choice…eventually powered by my head lamp!

Seriously, yes.  After I had considered making myself drowsy, I decided I would wear I raincoat instead of pajamas.  I made the choice to rush to the closest uphill spot around here.  Driven by a momentum speaking up for a glimpse of something alike mountain nature.  By a need to breathe fresh air, to feel the ground.  To observe what lives around the place, evolving in a landscape showing, when the sky is wide-to-see, a pleiad of mountains I would particularly enjoy discovering, one after the other, at a running pace.  On that Friday night, at the top of Orford, clouds are legion and I cannot see through.  But I can feel the space’s thickness.  The rain is pouring.  I appreciate it.  On my first downhill run, fog is slowly disappearing, practically all the way to the base.  By curiosity, because I feel for it and because temperature, coupled with night time are creating something like a loss of usual landmarks, once more, I am going up.  This uphill training has nothing like a walk to Everest, for sure, but it is quite nice to experiment it.  It’s an accessible spot and it’s possible to get lost, in there, for hours, as to better find/get back to ourselves, somehow.

Some people might say that someone has to be a little crazy to get outside, a Friday night sowing a gray-black sky, as it rains and as we can barely see afar.  Possible.  I believe that when training, when spending leisure time or when competing, craziness can be useful.  For example, encounter a wholly-white hare, jumping right before my eyes, on a Good Friday’s night, reminded my of the story of Alice in Wonderland.  And time goes by.  I didn’t see any watch – in fact, I also had forgotten mine – so I told myself that, as for me and the hare, nobody was in a hurry.  We can get in touch with training and any type of physical activity in a very logical way, but I kind of like to think that they create paradigmes that feeds imagination.  We can speak about it in all sorts of ways: spaces where we feel in the now, fully connected to all that surrounds us; meditative spaces, where insight, teamed with breath, are giving birth to peace; dynamic spaces where seconds, minutes, hours go by like lightning; spaces, finally, facilitating the sewing or unpicking of what was, what is and what might eventually be, one day…because we would dare to imagine it!  It might be caused my my author’s pencil, or by the little and the grown up Isabelle, but I keep seeing, in those moments, a king of magic.  They are showing up as moments where I’m not trying to explain, but only take time to feel and move with what’s lies in.

It might essentially touch to what an athlete does:  move with what is.  Deal with skills, capacities, goals and projects that were meant to grow.  Deal  with the unknown, as we do in algebra.  Trail running is a world in itself and it looks like this applies with all of its value.  Recently, I wrote that identifying oneself as a trail running might be like showing up as a space cowboy.  It is a whole other world.  Possibilities are extending to…infinite lines and borders.  Someday, we might go through gateways allowing us to tun between planet Earth and other ones, who knows?  To write down in our booklets in case it is a visionary thought, as at times where it had something surreal to imagine being able to see someone in a phone!  Well, seriously, to all those discovering this sport or that are already conquered by its strength and freedom vibes, I bow and shake my – cowgirl’s – hat: evenings and early pajamas mornings, sometimes exchanged for the runner’s gear, carry a unique something, because they are appealing to us.  No matter the distance, trajectory choice, classification and dreams coming along, those moments are valuable.  Because they picture, for you and me, a treasure. A moment, in a life, once happening. That will move to something else in a second.

So, space cowboy, when you’ll feel pain in your muscles, when your head will tell you that it can’t take it anymore, remind yourself those raining days, those choices you’ve made and the greatness you could feel, breathe, here and there.  They will get you right to the finish line.  They will remind you who you are and the time you gave yourself to celebrate, at that very moment.  Because there will be more occasions to do so: Space is so huge…!

Happy Easter

 

Source: inconnue

L’aventure – The Adventure

L’aventure – The Adventure
(English version below)
L’aventure est un secret qui parle à travers le coeur. C’est en y plongeant qu’on peut l’ouvrir. 

Quand on a vraiment l’impression qu’on ne sait pas, parfois, une étincelle s’éveille.  Et il est possible que dans l’ondée de celle-ci, un instant, on sache enfin…

Cette semaine, je me suis rendue au centre-ville de Montréal pour assister à un événement particulier, impliquant plusieurs femmes fort inspirantes, chacune incarnant l’aventurière, à sa façon. J’y ai senti mon coeur s’effeuiller avec les partages de chacune d’entre elles.  Il se passait quelque chose.  Tout en portant attention aux messages qui résonnaient dans la salle, je profitais du matelas d’escalade, belle plateforme pour me déposer comme ça me chantait, laissant de l’espace à mon esprit, qui essayait de comprendre ce qui était entrain de bouger à l’intérieur de moi.  C’était la veille de mon anniversaire, non loin de la nouvelle lune, alors j’ai envisagé la possibilité que ces données entrent en ligne de compte.  Les présentations se déroulaient de façon impeccable.  Elles faisaient sourire, osciller de la tête, éclater de rire, réfléchir et allumer, peut-être aussi, au sujet d’appels, d’intérêts, de passions.
Le temps venu de repartir, en chemin vers le stationnement, je discutais mon amie Chantale à propos des présentations. Je revoyais des images et des phrases qui m’avaient semblé évocatrices.  En relatant certaines phrases, je suivais, mentalement, la ligne qui me conduisais à d’autres impressions, aux ressentis.  Puis, j’ai vu passer, en plein centre-ville, quelque chose d’énorme (tellement que je ne voyais plus ma voiture…non, je plaisante)!  Je venais de revivre un moment déterminant. 

Cet instant où, l’automne dernier, je m’étais, en quelque sorte, réveillée intérieurement, assise toute seule sur une immense terrasse attenante à ma chambre d’hôtel, en Chine.  Peut-être avez-vous déjà lu mon billet de blogue à ce sujet- ou pas – mais l’important, c’est que j’y étais…pour quelques jours, le temps de vivre l’expérience d’une longue course.  Donc, calée dans ma chaise, sur la terrasse, dans un hôtel près de Jiangshang Station, dans un sud d’une Chine aux airs de campagne, entourée de montagnes, en octobre dernier, je me sentais dans un espace méditatif.  Précédé par une douzaine d’heures d’avion, quelque huit heures en voiture, une demi-journée de décalage horaire, des semaines de préparatifs, un accueil incroyable et une course de reconnaissance, cet espace avait une allure toute particulière.  Pas d’enfants, donc pas d’alerte-besoins en vue. Juste moi, là, entre deux journées.  Le paysage était magnifique.  Les pigeons aussi.  Un instant, je me suis sentie vide.  Puis, comme une immense marée, j’ai eu l’impression que mon coeur explosait.  C’était comme si une brèche venait de s’ouvrir et de  me ramener une grosse partie de moi: l’Isabelle-globe-trotter, celle que je croyais avoir éteinte.  Celle que j’avais laissé en plan, sur le bord de la route, entre le l’Outaouais et la Colombie Britannique.  Ou peut-être dans le Nord, en Abitibi, avec le harfang.  C’était si prenant que lorsqu’on m’a demandé, une fois rapatriée, ce que j’avais trouvé le plus difficile dans cette expérience, j’ai répondu “le retour”.  Pas la course, pas les cent douze kilomètres, les moments où je me suis égarée, la jungle dans laquelle je bougeais en néophyte ou le langage, que je saisissais dans l’expression du non verbal.  Non.  Le retour.  Juste ça.

La routine me semblait paradoxale alors que j’éprouvais l’envie profonde de faire partie du Monde, de me plonger dans ses cultures, d’être davantage témoin de tout ce qui le fait respirer.   De pouvoir fouler les terres qui se trouvent un peu partout, ici comme ailleurs.  Je ressentais une gratitude infinie pour l’expérience, pour l’aventure, pour l’éveil ainsi que pour les retrouvailles.  Mais je savais aussi que ce coeur me parlerait encore et qu’il était fort probable que je ne puisse plus le taire.
C’est avec cette énergie que je me suis retrouvée, cette semaine, fatiguée, mais heureuse d’avoir pu assister à un événement, accompagnée de mon amie, en plein Montréal.  L’aventure, le coeur, ce qui parle à l’âme, ce qui nourrit le corps, ce qui nous inspire et qui nous fait en demander encore.  C’est, en partie, ce qu’il m’a semblé pouvoir reconnaître dans les discours des femmes présentes ce soir-là.  Profond, faisant partie de tout ce qui compte, de la connexion.  Ce que certains appellent ancrage, amour de la vie, spiritualité ou autre.  Comme une toile qui se tisse, ses motifs étant reliés entre eux.  Un tout.
Une fois arrivée à bon port, j’ai dormi là-dessus, comme on dit.  Orford m’offrant sa montagne et sa paix, j’ai exploré en constatant qu’ici, la neige n’était pas encore prête à disparaître.  C’était magnifique.  Et, de surcroît, la journée de mon anniversaire.  J’avoue avoir légèrement souffert d’un manque de sommeil en bougeant, dans la trail, en matinée, mais je l’assumais.  J’avais déjà l’impression de recevoir plein de cadeaux: le sourire de mes enfants, la beauté de la forêt, le vent, la neige, tassée comme un muret qui refuse de s’écrouler, une visite chez une amie pour un soin,  un bon café latté, un chat qui ronronne et, s’affichant ponctuellement sur l’écran de mon téléphone, soigneusement caché dans ma poche, des voeux d’anniversaire.  À l’heure où j’écris, je ne les ai pas encore tous lus; la routine du soir, avec les enfants,  s’est achevée par un copieux repas et, tout près du feu de foyer, j’écris.
Toutes ces notifications, sur mon écran d’accueil, m’ont remuée.  Confidence: j’écris et je communique virtuellement avec le bouton “envoyer” ou “partager” depuis un moment, mais je ne sais jamais trop si ce que je laisse aller circule un petit peu, moyennement, beaucoup ou pas du tout.  En fait, comme je l’exprimais à quelqu’un récemment, je n’ai souvent aucune idée de la portée qu’ont mes publications ou mes messages.  J’écris et j’envoie parce que j’en ai besoin, parce que ça vibre et que ça brûle au-dedans, comme un feu dont la flamme éclaire.  Lorsque j’ai décidé d’utiliser une plateforme électronique pour écrire, je me suis dit que les mots et que ce qu’ils transportaient feraient leur chemin.  Comme les images.  Comme ce qu’on crée, de toutes sortes de façons, comme mes souliers, qui ont beaucoup voyagé.  Que, potentiellement, ça pourrait inspirer quelqu’un, quelque part.  Qu’il était possible que ça dérange ou qu’on y soit indifférent.  Ou enfin, qu’on me juge.  Une phrase que j’ai entendue, dans la bouche des femmes qui présentaient leurs projets et leur cheminement, à Montréal, dans l’espace attenant à la boutique Arc’teryx.  Une phrase immanquablement suivie de “Et alors, tout le monde s’en fout”!  Une motivation supplémentaire pour le faire, pour soi.  Parce que tout part de là.
En cette journée d’anniversaire, veille de la nouvelle lune du printemps, la lune de la neige scintillante, comme l’appelle la Nation Anishnabée, je me suis sentie entourée.  Les heures se sont assoupies, les unes après les autres, dans un climat de calme et de relative solitude, et pourtant, je me sentais pleine.  Je n’ai, physiquement, échangé qu’avec quelques personnes, mais la nature, les pensées, les sourires m’ont semblé transparaître de partout.  Et il s’est produit comme un déclic: j’ai vu défiler les airs solitaires, le coeur, l’ouverture.  J’avais l’impression d’entendre la solitude me dire que le coeur était son grand ami et l’ouverture, son complice.  Que le secret, en fait, résidait dans le fait d’ouvrir son coeur au monde.  Que la même solitude, toujours, était habitée.  À l’instar du coeur…et du monde.  Là, juste là, je me dis que l’ouverture, ça peut faire mal.  C’est une possibilité.  Ça arrive, quelquefois.
En même temps, l’instinct me fait signe, presque frénétiquement.  C’est une habitude qu’il a prise, depuis un certain temps.  Cet instinct, il me fait ressentir que le fait d’ouvrir son coeur au monde, c’est un cadeau.  Une bénédiction, si on veut.  Et je crois que, dans une grande proportion des cas, ça peut faire du bien.  Et ça peut surprendre.
…Parce que, quand on a vraiment l’impression qu’on ne sait pas, parfois, une étincelle s’éveille.  Et il est possible que dans l’ondée de celle-ci, un instant, on sache enfin…
C’est ça aussi, l’aventure.
Merci à toutes les femmes, à tous les hommes et à tous les enfants qui inspirent.
Merci pour vos voeux, pour vos lectures, pour vos partages.
Merci à The Lady Alliance, Women Who Explore, Caroline Côté et ses acolytes pour la tenue du Women Empowerment Tour, Actually, yes, I can.

Merci aux gens d’Arc’teryx pour votre accueil.

À nos espadrilles – et à nos skis encore un peu – maintenant.  Un trajet nous attend.

P.S.: Préparation en cours pour le long projet de cette année, soit le trajet de la Diagonale des Fous, à l’Ile de la Réunion. Pour me suivre et, si le coeur vous en dit, contribuer à ce rêve (C’en est tout un), suivez le lien: https://www.patreon.com/Isabellebernierdehors

The Adventure

Adventure is a talking secret, moving to and across the heart.  When diving in, we come to open it.
A sparkles wakes up, sometimes, when we’ve got the sensation of not knowing. And here is a possibility: in the flow, we might know, after all…
This week, I drove to Downtown Montreal to attend to a very special event, gathering inspiring women, each one one them speaking of adventure in her very own way.  I felt my heart loosen up as they were sharing about their experience.  Something was going on.  While paying attention to those echoing words, I enjoyed a mega size safety climbing mattress, nice space to land as I my spirit would make signs, trying  to understand what was moving in. On my birthday’s Eve by then, close to a new moon, I considered the eventuality that these facts would rather be a part of the explanation.  Talks were unfolding, perfectly synchronized.  They were bringing smiles to people, heads wobbling, laughter, lit up thoughts, attentive eyes called by existing interests and passions.
Fast enough, time to leave came around.  As walking to the parking lot, I was discussing with my friend Chantale about the talks. I could picture meaningful words and images along the way.  As I was bringing up some of the ideas shared earlier, I could envision the path leading to more impressions and feelings.  Then, in the middle of a crowded downtown, I could see, passing trough, something huge (so big that I couldn’t see my car…just joking)!  I’d just been reborn to a special and valuable moment.  This one bringing me back to Fall Season, in October, as I kind of woke up, sitting on my own, on an hotel room’s huge terrace, right next door to the room I had been given for few days, in China.  You’ve maybe read – or not – already, what I previously wrote about that experience, but what really matter is that I had the opportunity to be there, far way, for a couple of days or just the time to take the start and run a long race.  So, sitting in my chair, on this terrace, in an hotel close to Jiangshang Station, in a countryside South China, surrounded by mountains, last October, I felt in a meditative space.  Preceded by about twelve hours on a plane, eight hours in a car, half of a day of time lag, weeks to get ready, unbelievable greetings and a before race land discovery, this space had a very special consistence.  Out of children, so no need-alert on the spot.  Only me, there, in between two days.  Landscape and the view were gorgeous.  Birds too.  For a tiny moment, I felt sort of empty.  Then, as a huge tide coming right to  and through me, I felt like my heart could explode.  As if a breach, a gap just opened and brought me back a pretty considerable part of me: the globe-trotting Isabelle, the one I thought I had put asleep for so long.  The one I had let down, along the way, between Outaouais and British Columbia.  Or maybe in the North, in Abitibi, with the snowy owl.  It was so important to me that when I came back to Canada, being asked what was the hardest part for me, I spontaneously answered “being back here”.  Not the race, not the hundred and twelve km, the moments where I got lost, the jungle I was moving in as a newby and not the langage, which I was trying to understand observing non verbal key signs.  No.  Being back.  Only.
Routine would appear to me as paradoxal as I felt a very deep willingness to be part of the World, to dive in its cultures, to witness, way more, all that made it breath.  To be able to put my feet on various grounds, here as elsewhere.  I felt and infinite gratitude for the experience, pour the adventure, for waking up and for meeting back up with my kids, friends and supporters.  But I also knew that my heart would keep talking to me and that I might not be able to make it silent anymore.
And with this energy, tired, I came around the corner, this week, happy for the fact that I’d made it to an event, accompanied by my friend, in the heart of Montreal. The adventure, the center piece, what speaks to souls, feeds bodies,  what inspires us and makes us go for more. It is partly what I think was perceptible in every women’s talk that night.  Profound, being part of all that matters, really, of connexion.  What some call “ground”, “roots”, love for Life, spirituality or else.  As a weaving web, patterns connected one to another.  Something being Whole.  A complete piece.
As I came back to my hometown, I went asleep with all that.  Orford offering me its mountain and its peace, I explored, noting that here, snow was not about to disappear.  It was magnificent.  Thus, being my Birthday.I confess that I could feel a little lack of sleep as I was running in the trails, morning time, but I choose to go with it.  I had already the feeling of receiving gifts from everywhere: my two kids’s smile, the beauty of the forest, the wind, the snow, tossed like a dike refusing to fall down, a meet up at a friend’s place for a consultation, a great latte, a purring cat and, promptly showing up on my phone, hiding in my pocket, Birthday wishes.  As I am writing this, I haven’t read all of them; evening kids routine went by with a hearty meal and, close to the fire pit, I’m writing.
All those notifications, showing up on my phone screen’s, moved me.  Confidence: I’ve been virtually writing and communicating for a while, pressing on “send” or “share” buttons, but I never really know if what I let go makes a short, medium, long or absolutely no way on the web. In fact, as I was recently telling someone, I often have no idea of the designed pathway of my ideas and thoughts after I sent them.  I’m writing and sharing because I feel it, because I need to do so, because it makes noise and seems to ask me to do so, light a lighting candle or flame.  When I chose to use a web platform to write, I told myself that words carried there would make their way as images would.  As what we create, in all sorts of ways, as my shoes, which has traveled quite a lot.  That, potentially, it could inspire someone, somewhere.  That it might possibly annoy someone or make people indifferent, not caring at all.   Or else, that someone could judge me.  A sentence I heard, in about every women’s mouth, talking about their project and their pathway, in Montreal, sitting on a mat in Arc’teryx boutique’s space.  A sentence followed, in all cases, by “…and so what?  Nobody really cares about it anyway”.  A valuable motivation to do it, for oneself.  Because everything starts from that point.
On this Birthday day, Spring’s New moon’s Eve, the Glowing Snow Moon, as Anishnabe Nation calls it, I felt surrounded.  Grateful.  Hours went bym falling asleep one after another, in a calm and relative solely atmosphere, however, I felt whole.  I had physically been talking with few people, but Nature, thoughts, smiles seem to appear and wave to me all around.  And there came an answer:  I saw, passing through, solely vibes, heart, openings.  It was like I could hear Solitude telling me that Heart was her great friend and Opening, its partner in crime.  That their secret was really, laying in the willingness to open our very own heart to the World.  That the same Solitude was, always, whole in itself…as was the Heart… and the World.  There, right there, I told myself that opening could be harmful.  It is an eventuality.  It happens, sometimes.
At the same time, Instinct is madly waving its hand.  It’s been an habit for quite a while.  This Instinct makes me feel that opening my heart to the World could also been considered as a gift.  A blessing.  And, in most cases, I believe that it can present itself as a great opportunity.  And Maybe could it be surprising.
…Because  a sparkles wakes up, sometimes, when we’ve got the sensation of not knowing. And here is a possibility: in the flow, we might know, after all…
There also goes adventure.
Thanks to all those beautiful Women, all those amazing Men, all those magic kids inspire all over the place.
Thanks for your Birthday wishes, for your readings, for your sharing.
Thaks to The Lady Alliance, Women Who Explore, Caroline Côté and her acolytes for taking place in a space like the Women Empowering Tour, Actually Yes, I can.

Thanks to Arc’teryx people for welcoming us.

Let’s get back to our running shoes – and our skis, for some little more – now.  A pathway is awaiting for us.

P.S.: Preparation on the way for the longuest running project of the season, the Diagonale des Fous, on Réunion Island. To follow me and help me realize this dream ( it is, really), go to the link below: https://www.patreon.com/Isabellebernierdehors

Le raccourci – The Shortcut

Le raccourci 

English version below

Mardi, 6h30 am.  La température est un peu froide – quinze sous zéro – et le soleil se lève, dans un ciel bleuté.  Ce matin-là, nous sommes deux.  Petite “ride” prévue: près de vingt kilomètres.  Juste le temps de bien sentir la lumière qui s’étend un peu partout, d’avoir les jambes réchauffées et les pieds accordés comme un instrument qu’on aurait préparé pour une répétition.  La nature est calme.  Le seul rythme  rapide perceptible est celui de nos enjambées, celles qui se réveillent peu à peu.

Prendre un raccourci

J’ai bifurqué là où je n’avais pas l’habitude de le faire.  Enfin, pas en hiver.  Des traces qui me semblent être celles d’un félin – ou d’un renard – attirent mon regard et je me demande, entre deux petites montées, où sont les repères que l’habitude a enregistrés.  Le sentier est magnifique.  Et puis, comme je l’exprime, il n’y en a qu’un, alors aussi bien le parcourir, continuer de l’apprécier et savourer l’instant, entre deux contractions musculaires. J’ai déjà l’impression d’avoir les jambes fatiguées, et pourtant, j’avance…je me sens émerveillée.  Je remarque que j’éprouve une drôle de sensation, comme une anxiété à la gorge, symptôme de la crainte que mon rythme ne convienne pas à celui qui m’accompagne. La peur de faire ça tout croche.  J’ai peur, encore, parce que je ne cours pas seule.  Paradoxal…

Le long du trajet, les montées et les descentes, modestes, se succèdent.  Un petit pan de montagne, le Mont-Chauve, se dévoile, recouvert de neige, offrant un paysage bucolique jusqu’aux lointains sommets.  Les pics, les forêts et les lacs sourient, même en hiver.  La chaleur monte.  Elle nous accompagne dans la descente, glucides en bouche.  C’est un matin lumineux, un vrai.  Le jog va bon train.  Éventuellement, la forêt se fait un peu plus touffue et on entre dans la portion de sentier la plus fréquentée à cette époque de l’année.  On traverse une ou deux pistes de ski de fond.  L’essentiel du tracé se fait, comme on l’appelle, en single track. Et puis, juste là, le sentier offre ses deux branches, sur une distance d’à peu près dix mètres.  Un détail.  J’opte pour la petite montée abrupte et j’y prends plaisir, comme un bélier qui se propulse sur un monticule.  Mon collègue choisi le raccourci, celui qui s’expose en pente plus douce, plus courbée. Et bang, ça me frappe.  J’ai décidé, consciemment, d’emprunter la branche ”corsée”.  Dix secondes, peut-être quinze, mais je l’ai fait.  Et ça m’est resté en tête.  Comme un flash.  Comme une image de bande dessinée.

Au final, ce matin-là, nous avons foulé quelque dix-neuf kilomètres sous un soleil rayonnant, au pas de course, de la neige sous les pieds et tout autour.  L’arrivée à l’accueil, Le Cerisier, m’a fait sourire.  Je me sens chez moi, ici, en ce début de journée partagé dans la simplicité.  Avec, quelque part, en tête, mes doutes, mes peurs et mes réflexions.  Comme tous les coureurs à l’entraînement, peut-être…

Au cours des journées qui suivront, je repenserai à cette image de BD, celle qui m’avait frappée.  Cet abrupt que j’avais embrassé avec un certain plaisir, même si les muscles de mes cuisses s’étaient crispés.  J’aurai l’impression de voir se transposer, tout d’un coup, tellement de morceaux de mon histoire de vie. Devient-on plus fort quand on évite ou qu’on oublie les raccourcis?  Est-ce que c’est ça qui fait grandir? Il existe des chemins pour lesquels on peut couper court et d’autres pas. On a toujours le choix…ou enfin, c’est ce que je me plais à croire.  Il semble que j’ai opté, plus souvent qu’autrement, pour la voie la plus longue, avec tous ses détours, ses abrupts, ses cul de sac, ses zones obscures.

Je l’assume.

Le parallèle

C’est curieux, tout de même.  Un peu caricatural aussi, à l’instar d’une histoire de papier. Surtout en ce moment, alors que les journées ensoleillées défilent. À bien y penser, je me dis que ce genre de trajectoire constitue peut-être l’une des raisons pour lesquelles j’aime, aujourd’hui, courir longtemps. Que je choisis de me donner l’opportunité de respirer et de découvrir toujours un peu plus, autrement.  Quand on navigue dans une course de longue distance, on ne cherche plus les raccourcis; on apprend à être là, juste là, ici et maintenant.  Parce que se perdre dans sa tête équivaut à souffrir.  Parce que les heures, à un certain stade, n’ont plus tellement de sens, sauf pour indiquer que le jour se lève, qu’il s’endort, que la nuit existe, qu’un ravitaillement approche…ou l’inverse. Parce que tout ce qui compte, ce sont le corps, le coeur, ces pieds qui nous portent, ce qu’on arrivera à manger et à boire, ces précieux petits moments de repos le long du parcours, la magie d’une Nature grandiose et la présence de chaque être qui croise notre chemin.  Parce que réfléchir, au énième kilomètre, ne fait pas nécessairement avancer.  On veut Être et bouger.  Point.  Si possible, avec toute l’énergie et tout l’amour qui nous habitent.  Enfin, dans ces moments où la paix s’installe, on  peut méditer en traversant les bois, observer un détail et s’émerveiller devant la lumière qui traverse les arbres, qui se projette au sol, puis dans ces espaces que l’on ne verrait pas autrement qu’en empruntant ce chemin, là, de cette façon. La présence…

Flashback.  Quand j’étais petite, je n’aurais peut-être pas du tout apprécié.  Je crois que j’aurais bien aimé sauter par-dessus les pertes, les deuils, les abus, les silences, le manque de confiance, d’estime de soi…et la peur aussi.  J’aurais aimé pouvoir dire à cette petite moi que le chemin était long, mais que j’allais y arriver.  Qu’un jour, j’aurais la surprise de constater qu’on peut passer par toutes sortes de voies et qu’au final, on a le droit de réussir, de trouver la sienne.  Pour soi, tout simplement.  Pour d’autres aussi, peut-être.  Que même ce mot, “réussir” offre un océan de possibilités.  Qu’il ne représente pas toujours ce à quoi on pense.  Ça va bien au-delà.

J’imagine que j’y ai cru, consciemment ou pas.  Je n’ai pas emprunté de raccourci.  Même autrefois (jadis, comme me diraient mes enfants), j’avais une “ultramentalité“.  L’ultra, là où l’on croise l’inconnu.  L’incertain.  L’insurmontable, temporairement.  Ce lieu, aussi, où l’on flirte avec la limite, celle qu’on ne connaît pas encore très bien.  C’est ce qu’on explore, un pas après l’autre, chacun ou chacune à sa façon.  Je n’ai pas trouvé de réponse et j’y réfléchis encore, en me disant que les chemins sont légion.  Il y a tellement de façons de lire un tracé, un parcours, une voie, qu’on ne peut que l’emprunter pour tenter d’en dessiner un bout.  C’est ce que Paolo Coelho appelle la Légende Personnelle.  Non, il ne s’agit pas d’une BD, mais, en bout de ligne, on en revient au même point: la vie est un jeu.  Chaque personne possède sa chance, son lot, ses choix et pourra s’exercer à suivre – ou pas – une trace.  Malgré tout, même en essayant de s’accoler à la ligne d’un autre, on finira toujours par vivre l’expérience d’une façon unique.

Après, reste à déterminer ce qu’on en fera.  Ce qu’on choisira de taire et de partager.  Ce qui transpirera, malgré nous, dans la lumière de nos yeux, dans notre expression, dans la fatigue ou dans le regain de vitalité.  Enfin, qu’on s’exprime ouvertement ou qu’on choisisse de demeurer discret, il y aura toujours un impact, une onde, une répercussion.  Parce que ce qu’on viendra de vivre, en ultra comme en entraînement – court ou allongé – prendra la forme d’un grain qui aura sa place, quelque part, dans l’Âme du Monde*.

 

On ne s’aperçoit pas toujours que l’on parcourt chaque jour un nouveau chemin“*.

 

*Paulo Coelho, L’Alchimiste, J’ai Lu, 2007, 190 pages.

 

Pic: Chantale Belhumeur

 

The Shortcut

Tuesday, 6:30 am.  Temperature, here, is a little bit cold – minus fifteen – and the sun is going up in a beautiful blue sky. This morning, we’re two.  Planned trip: almost twenty km.  Enough to feel the growing light, spreading all over the place, to feel our legs warmed up and our feet, tuned like an instrument getting ready for rehearsal.  Nature is pretty quiet.  The only perceptible fast rythme belongs to our moving legs,  waking up in strides.

Going for a shortcut

I turn left somewhere I’m not running to much.  At least, not during Winter Time.  Paws prints looking like a wildcat – or maybe a fox – catch my eyes and I ask myself, between two little hill, where could possibly be some usual landmarks.  Today, the path is gorgeous.  And, as I’m expressing it, it seems to be the only way to go, so better appreciate it, run it and enjoy the moment, as our muscles contract.  Somehow, my legs already feel tired, but I’m still moving on…I feel amazed.  I also notice some weird feeling, like anxiety singing in my throat, symptomatic expression of my fears, as I’m worried about offering a nice running pace to my companion.  Fear of doing it all wrong.  Fear, again, because I’m not running on my own.  Paradoxical…

Along the way, ups ans downs, pretty scanty, come one after the other.  A little part of the local mountain, Mont-Chauve, unveils itself, covered with snow, offering, faraway, bucolic landscapes and mountains tops point of view.  Wintry dressed, peaks, forests and lakes seems to smile.  Heat comes by.  It runs down with us, as we chew sweet foods.  It’s a luminous morning, a real one.  Our little run is going well.  Eventually, woods appears a little more bushy and we enter in the most – an usually, but not then – crowded area, at this time of the year.  Once or twice, we jump over cross country skiing lines.  Most of the path presents itself in single track.  And then, right there, it offers two different lines, like two long arms, extending on about a ten meter stretch.  A detail only.  I choose the left arm, a steep hill to run up and I appreciate it as a ram propelling itself up to a mound. My colleague chooses the right arm, a shortcut offering a soft slope, gently curved.  And then, BANG! It hits me: I consciously made the choice  to take over the harsh part.  Ten seconds, maybe fifteen, but I did it.  And it kept waving into my thoughts.  As a photo flash.  As a cartoon picture.

Finally, on this day, we ran about nineteen km under a pretty sunny sky, feeling snow under our shoes and all over the place, around us.  When we arrived to Le Cerisier, our starting point, I smiled.  I felt home here, in the forest, at that moment, sharing the beginning of a day in a very simple way.  Keeping somewhere, in my head, my doubts, my fears and my thoughts.  Like other runners moving around a training session, maybe..

As the next days were unfolding, I’d think back to this cartoon picture, the one that hit me.  To that steepy spot I went on, feeling some sort of pleasure, even if my tighs muscles were a bit tense.  I’d have the strange impression to observe this moment transposed to a great amount of my life experiences.  Do we become stronger when we forget or try to avoid shortcuts?  Does it make us grow?  We can sometimes walk by some routes encountering shortcuts and some other times, we don’t.  It looks like we do have a choice, always…or, well, that’s what I keep telling myself.  It seems like, most of the time, I went for the long way, with many detours, uphills, downhills parts, dead-ends, gloomy spots.

I assume.

The parallel

Thinking about it, it is kind of weird.  Cartoonish too, exactly as a comic book.  Even more at this very moment, as sunny days go by. Exploring the idea, I get to the point where I assume that this kind of trajectory might be one of the reasons why nowadays, I love long distance running. One of the reasons why I choose to give myself the opportunity to breathe and to discover more and more, in a different way. When we move on a long distance run, we aren’t trying to find shortcuts; we get to learn to be here, right here, right now.  Because loosing ourselves in our heads equals suffering.  Because hours sometimes sense like nothing but to tell us that a day is waking up, falling asleep, that night exists, that an aid station is getting closer…or not.  Because all that matters are our body, our heart, our feet, driving us, what we are able to feed from and to drink, those precious resting moments along the way, absolute Nature’s magic and people we meet on the path.  Because getting into our heads to do extra thinking stuff at umpteenth km doesn’t necessarily help moving up.  We want to Be and to embody action.  Coma.  If possible, with the most of energy and love we can gather, from within.  Finally, in those moments where peace awakes to stay, we can get to meditate as we overcome wild spaces, observe a detail and feel amazed, once more, before that light dancing in the trees, pouring its yellows and whites on the ground, and then in these special spots we wouldn’t see if we weren’t running there, this time, that way.  Presence…

Flashback.  When I was a kid, I think I probably wouldn’t see it quite like this.  I think I might have preferred jumping over lost, mourning, abuse, silence, lack of confidence, of self-esteem…and fear as well. I would have liked to say to that little me that the path was pretty long, but that I would make it.  That one day, I’d be surprise to note that we surely can go through all sorts of roads and that somehow, we’re allowed to succeed.  For ourselves.  For others as well.  That this word, “succeed”, offers an ocean of possibilities.  That it doesn’t always mean or represent what we think it is.  It goes way beyond.

I must have believe in it, consciously or not.  I  didn’t go through shortcuts.  Even in the past (once upon a time, as my daughters would tell me), I had an “ultramentality“.  Ultra, that place where we meet the unknown.  The uncertain.  The insurmountable, temporarily.  That same place where we flirt with our limitations, our dead-end zone, the one we might not really know well yet.  That’s one of the things we explore, one foot after the other, at our own pace.  I haven’t found the answer and I’m still thinking about it, telling myself that  lines are legion.  Th3ere are so many ways to read a line, a path, a track, that we can only try to step on it to draw it our very own way.  That’s what Paulo Coelho calls Personnal Legend.  No, it isn’t coming from a comic book, but, eventually, we get to this conclusion: life is a game.  Everyone has its own fortune, its burden, its choices and has the opportunity to follow – or not – a route.  Nevertheless, even when trying to walk in someone else’s footprints, we will always end up living it in a very unique way.

After, there is a need to decide what will be done with it.  What we will choose to hush up or to share.  What will perspire, through us, in our eyes, in our expression, in our fatigue or in a renewed vitality,  Finally, whether we openly express ourselves or choose to keep it quiet, an impact, a wave, an aftereffect will always remain.  Because what we will have experienced, in an ultra or during a training session – short or long – will present as a little something nourishing, somehow, the Language of the World*.

 

“When each day is the same as the next, it’s because people fail to recognize the good things that happen in their lives every day that the sun rises.”

 

*Paulo Coelho, L’Alchimiste (The Alchemist), J’ai Lu, 2007, 190 pages.

 

 

 

L’équilibre – Finding Balance

Crédit photo: Jonathan Audy

L’équilibre – Finding Balance

(English version below)

Un matin de cette semaine, je me suis réveillée entourée de deux ouvrages – mes lectures disparates, un gros chat (son bedon dans mon visage, en fait) et ma fille, allongée en diagonale dans mes couvertures, habillée comme la veille.  Ma tête se trouvait dans un drôle d’angle.  J’avais d’ailleurs, en me réveillant, une sorte de migraine qui chantait jusqu’au creux de mes yeux .  La nuit m’avait semblé filer alors que j’étais entre deux, même endormie.  J’avais hâte.  Hâte au réveil, hâte de bouger, hâte au petit déjeûner, à tout ce que je pourrais accomplir une fois debout et j’espérais vraiment, vraiment que la migraine prendrait la poudre d’escampette, avec ou sans café.

Je me suis dit que j’avais peut-être passé la nuit à imaginer tous ces trajets que je voulais courir, à penser aux ravitaillements, aux préparatifs, à mes enfants,  à l’entraînement et à la gestion du niveau d’énergie…entre autres!  Que je m’étais peut-être aussi aventurée, dans les nuages, à envisager les montées et les descentes que j’aurais l’occasion de faire, en skimo, avant que la neige ne fonde pour de bon.

Le printemps approche et avec lui, l’enthousiasme des objectifs qui commencent à prendre une forme plus concrète, plus tangible. Une amie écrivait, en janvier, “New Year, New me“.  On pourrait l’appliquer aux saisons, cette idée.  Comme si la température et l’environnement qui changent, ici, dans notre Québec de nature et de villes, avaient encore leur impact sur de nombreux choix.  L’une de nos réalités.  Parce qu’il y a de ces jours où l’on dirait que l’hiver se prolonge. Certains et certaines d’entre nous décident de s’entraîner en salle, question de confort, de praticité ou d’efficacité.  Plusieurs ressortiront au printemps.  J’anticipe aussi ces moments-là.  Pourtant, j’aime, toutes saisons confondues, passer du temps dehors.  J’aime la sensation de la neige, de la pluie, du soleil et de toutes les intempéries qui me rappellent que je suis ici, juste ici.  Qu’on peut être petit ou grand et que la nature existe, avec ou sans nous.  Cela dit, j’avoue que j’ai un faible pour la saison estivale et les temps chauds.  Courir en shorts, oublier les manteaux, porter un bandeau ou une casquette plutôt que deux tuques et trois cache-cous…presque sans exagérer!

Bref, avec l’hiver et les temps de transition tels que le printemps, chaque sortie, chaque foulée, chaque poussée est un rappel que l’équilibre est important. La glace fait partie des surprises que rencontrent nos souliers et les crampons sont mis à l’épreuve.  Je ne sais pas pour toi, mais, dans mon cas, chaque saison froide compte une ou deux plonges mémorables, qui se soldent en rendez-vous chez l’ostéopathe. Je n’en fait généralement pas de cas, parce que j’apprécie, hors de tout doute, le fait de profiter de mes deux pieds.  C’est un plaisir qui se construit avec les heures que je peux y consacrer.  Qui se cultive avec le calme qui suit l’entraînement, la douceur que j’apprends à m’offrir en dehors de la routine qui patine à cent à l’heure…ou deux cent à l’heure, parfois, avec les enfants!

Et j’en apprends encore au sujet de l’équilibre.  Parce qu’il y a dans l’entraînement, comme dans les autres sphères du quotidien, une part d’adaptation et d’imprévu.  En réalité, même lors d’une course, ces notions prennent leur importance, leur valeur.  On fait avec.  L’équilibre, comme le plaisir, se construisent, toujours.  Ils peuvent être maintenus ou bouleversés, bien entendu, mais j’ai l’impression que c’est ce qu’on recherche tous, d’une certaine façon.  Trouver l’équilibre dans une progression, dans ce qu’on vit, dans ce qu’on travaille à développer, en fonction de ce à quoi on aspire.  Et l’équilibre, c’est un ancrage.

Oh, boy!  Un ancrage.  Autrefois, ce mot et tout ce que je m’imaginais qu’il puisse impliquer m’effrayaient.  Curieusement, même dans la pratique d’un sport, en pleine action, l’ancrage est crucial.  C’est, à mes yeux, ce point d’équilibre que l’on peut atteindre, de l’intérieur.  C’est celui qui nous permet de nous envoler vers ce qu’on voit, vers ce qui nous “drive”, le gros punch.  On y revient et on y revient encore parce qu’apparemment, il est nécessaire de partir de là pour que les portent s’ouvrent vraiment.  Du point A au point B.  Parenthèse d’usage: aucun problème avec le fait d’opérer du point A au point M ou encore du point B, au A, puis au Z.  Il faut juste se dire qu’on en reviendra à la suite des choses.  Dans l’ordre ou dans le désordre.  Question de temps…et d’équilibre.

Chez nous, c’est un vecteur qui a commencé à imposer sa loi avec l’apparition des enfants.  Comme une bombe, chacune de mes filles s’est creusé un espace dans mon coeur et dans mon ventre.  L’image est positive: elles m’ont permis de faire éclater le nécessaire pour tracer la route…la trail aussi.  Celle dont je rêve jusqu’au bout du monde, aller-retour.  C’est ce qui m’a conduite à ce premier jour de mars, en cette année.

Et mes deux filles, dans tout ça?  Elles ont un peu grandi, mais j’ai toujours une blonde aux yeux bleus et une brune aux yeux noisette qui me rappellent, chaque jour, que j’ai besoin de garder les pieds sur terre.  C’est l’une de mes motivations pour courir.  Pour faire le tour de cette Terre qui parle et qui offre tant de paysages uniques.  Qu’on peut fouler de toutes sortes de façons, en s’émerveillant.  Où l’on peut reconnaître dans les yeux des autres cette passion qui nous anime.  De la mer jusqu’aux montagnes.  Partout, dans toutes les conditions.  C’est contagieux.

C’est contagieux…l’équilibre.

Finding Balance

Early morning, few days ago, I woke up surrounded with two books – disparate readings, a big, big cat (its belly right on my face) and my daughter, sleeping like an angel, laying across the bed, covering much of the space I had, still dressed like the day before.  My head seemed to be positioned in a strange angle.  In fact, I felt sort of dizzy, when waking up, hearing a headache singing all the way through my eyes.  Night seemed to have gone by  pretty fast, even in between two worlds.  I felt in a hurry to seize the day.  To move.  To have breakfast.  To accomplish something as I would get up and I wished, as deeply as I could, that my headache would runaway, with or without coffee.

I told myself I might have spent the night dreaming of all those routes I wanted to run, thinking to aid stations, preparation, my kids, training and management of an essential one: my body’s, heart and mind energy level…among other things!  I might also have gone somewhere, in the clouds, considering uphill and downhill trajectories I could practice, on my skis, with skins and helmet, before snow would completely disappear.

Spring is getting closer and with it, goals’s enthusiasm, as they become more and more concretes, tangibles. A friend of mine wrote, in January, “New Year, New me“.  We could apply that one to our seasons!  Supposing that temperature and a changing environment, here, in our Quebec of nature and cities, would impact our choices.  It is part of our realities.  Because some days, it seems like Winter stretches out its arm.  Some of us choose to train indoors for comfort, practicality or efficiency.  Many will be back outdoors when Spring time comes around the corner.  I can’t wait those moments.  However, I love, all seasons in the basket, spend time outside.  I appreciate to feel snow on my cheeks, to taste rain, to warm up with the sun.  Above all, I enjoy those conditions reminding that I am here, right here.  That we can make of ourselves small or big ones and that Nature still exists, with or without us.  Despite it, I must admit that I tend to prefer warm weather and Summer season.  Running with my shorts, forgetting coats, wearing a bandana or a cap instead of two hats and three buffs…almost no exaggeration here!

Going back to Winter and transition times, as Spring season, every training, every stride, every push can be a reminder to care about balance.  Ice can be one of those surprises that our shoes and studs get to encounter.  I can’t tell about your experience, but regarding mine, the cold season usually counts one or two great falls, ending in an osteopath’s office.  I do not really worry about it, as I keep loving, without hesitation, the fact I can walk and run on my feet.  It’s a pleasure that builds up with every moment/hour I can put into it.  Flowering with this calmness following a training session, with the softness I learn to offer myself at other times than the 100 km/h routine…or 200 km/h, sometimes, with the kids!

…And I am still learning about balance.  Because there is, in a training way, like in other everyday area, a need for adaptation and unexpected little-medium-or-big things. Actually, even when racing, these dimensions remain important. They have a worthy value. We make it work.  Balance, like pleasure, builds up, always.  They can be maintained or shaken up; it appears to me like we all look forward to it, one way or another.  To find balance in some form of progression, in our lives, regarding what we focus on, what we are willing to go for.  And balance equals ground.

Oh, boy! Ground.  In the past, this word and all it could possibly mean were making me afraid.  Curiously and especially in sports field, like running, a ground is crucial.  It is, I think, the trigger point, that balance we can get to, from within.  It is what allows us to fly to reach what we envision, what drives us.  The great punch.  Again and again, we get back to it because, apparently, it is necessary to start from that point for some doors to really open.  From A, starting point, to  Z, final destination.  Parenthesis: no problem with the eventual choice made to start from A to M or from B to A and then Z points. We can simply remind ourselves that everything will get back on track and follow its course, either way.  In or off sequence.  It’s only a matter of time…and balance.

At home, it acted as a tide growing bigger as kids came into my life.  Like a bombshell, each one of my girls dug a space in my heart as well as in my belly.  It’s a positive picture: they allow me to touch off what was necessary to draw a road…a trail.  The one I’m dreaming to the end of the world, back and forth.  It’s what drove me to this very first day of March, actual year, closer to our next racing adventure.

And what about my two little Ones?  They grew up, quite well, in fact.  Up to these days, I’m surrounded by a blond hair one with blue eyes and a brown hair one with hazelnut eyes reminding me, quite frequently, that I’d better be able to keep my feet on the ground.  It is one of my running motivations.  To go all around this talking and marvelous Earth.  That big planet we can walk or run on in so many ways, and always be back to marvel at it. Where we can recognize, in each others eyes, that passion we feed in ourselves.  From oceans to mountains.  Everywhere, in all conditions.  It is contagious.

Contagious balance…

Ce qui sauve la vie – A Sweet, Sweet Life Saver

Ce qui sauve la vie

(English version below)

J’ai mentionné à plusieurs reprises, à mes étudiants, que l’art m’avait souvent sauvé la vie.  Sans leur raconter, j’ai exprimé combien le fait de créer pouvait se présenter, parfois, comme un outil puissant.

Mine de rien, ce weekend, je suis tombée sur un article qui parlait d’un élève avec qui je partage mon quotidien, à l’école, cette année.  Ça m’a retournée.  J’ai terminé la lecture de cet article avec un gros sanglot dans la gorge et tout un tas d’émotions parce que je me disais que cette chanson, qu’il était entrain d’écrire, avait une valeur inestimable.  Elyjah – c’est son nom – ne se sent pas toujours extra concentré sur les tâches académiques, mais il y met de l’effort.  Et cet élan, cette magie, dans ses mots, je l’ai trouvée bouleversante, surtout après avoir pris le temps de m’asseoir avec le récit du journaliste, avec les souvenirs des derniers mois.

En junkie de la bougeotte, je fais constamment l’éloge de la nature, de sa beauté, de la passion que j’ai pour la course, pour la montagne et pour les sports en général.  Pour cette découverte, l’opportunité qu’on m’a donnée, récemment, de respirer avec la randonnée alpine au coeur.  Je pense que le fait de bouger me permet de me sentir vivante, de l’apprécier et de grandir avec tout ce que ça implique.  Et même si tout le monde ne le fait pas exactement comme moi ou comme l’autre, ce qui compte, c’est d’y aller.  Si ça veut dire qu’on ne peut que bouger le petit doigt, fine!  Si ça veut dire qu’on s’étire les pieds seulement, parce qu’on est en chaise roulante, fine! Si ça veut dire qu’on ferme les paupières, parce qu’on ne peut pas vraiment se mouvoir, okidoo.  C’est déjà magnifique: on est là et on est en vie.    Et si tu peux faire un triple saut arrière, après avoir couru et t’être élancé dans les airs, savoure-le, comme si tu clignais des yeux, pour une première fois.

En hypersensible, en intuitive, je relaye aussi de l’information quand, parfois, on cherche.  Je me laisse “barrouetter” comme on dit, par les sensations qui planent autour, par les regards, par les mots et par les émotions qui transpirent de partout.  Je me dis que peu importe en quoi on croit, l’important, c’est de croire.  En quelque chose.  En quelqu’un.  En soi aussi.  Juste de croire.  D’y croire.  Chacun et chacune à sa façon. Parce qu’il y a toujours quelque chose, quelque part, qui résonne.  Parce qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part, qui écoute, qui entend, qui voit ou qui lit.  Même quand on a l’impression d’être seul(e).

Créer

Bouger

Croire

Dans l’ordre que tu veux.

Ça s’applique à tout, dans tous les domaines.

Elyjah m’a rappelé, ce weekend, que ces mots ont un sens, une seconde après l’autre.  On en fait des minutes, des heures, des jours et des semaines, qui servent à tisser une vie.  Il n’y a pas que le trajet qui compte, mais bien la mécanique et l’émotion qui feront en sorte que celui-ci vaille la peine d’être entrepris.  Et qu’on se rende  jusqu’au bout ou qu’on bifurque en cours de route, il faut se rappeler que tous les chemins mènent à Rome.

Avec de l’amour en poche, on peut aller jusqu’au bout du monde.   C’est comme ça qu’on écrit une chanson.

Qu’on la court, à sa façon.

Qu’on la vit.

Et puis, un jour, on l’enregistre.

À toi le micro, Elyjah.

On se rejoint après la grammaire.

Photo: photomathon, Défi BLANC comme NEIGE 2019

A Sweet, Sweet Life Saver

Note than once, I told my students that art/creation came to save my life. That it had been the case quite a few times.  Without explaining them, I expressed how creation could become a powerful tool.

As I was surfing on a Saturday late morning, last weekend, a newspaper page cought my eye: one of my everyday school life students was on top of it.  It moved me, as I knew he went trough a lot.  I read the page, feeling like I could cry a river and thinking about the song he had begun to write.  It appeared to me that it had it’s very own and special value.  Like a treasure.  Elyjah – that’s his name – doesn’t always feel focused on academics, but he puts effort into it.  And that momentum, that magic, in his words, seemed overwhelming, even more after I came to sit with the reporter’s writings, with the past months memories.

As a movement junkie, constantly, I praise Nature, its beauty, passion for running, for mountains and for a few other sports, calling out the outdoors.  For this discovery, the opportunity  I was given to breathe with ski mountaineering iin the heart of our little mountains.  I keep thinking that going for a sporty lifestyle allows me to feel alive, to appreciate it and to grow with its seeds.  And even if everyone is doing it in its very own way, what matter is to do it.  If it means we can only move one little finger, fine!  If it means we can only stretch our feet because we’re on a wheelchair, fine!  Every other part benefits from it.  If it means we close our eyelids because nothing else can really move, allright.  In itself, it’s magnificient: we’re here, alive.  And if you can triple jump, backwards, after a fast run, enjoy it as a very first blink of an eye.

As an hypersensitive, an intuitive, information is relayed when, sometimes, we look for it.  I let myself drawn in these waving sensations, in these sights, in theses words and in these emotions breathing everywhere.  Reminding myself that whatever we believe in is personal, as long as we believe.  In something.  In someone.  In ourselves as well. Only believe.  For real.   Everyone does it in its own way.  Because there is always something, somewhere, echoing our voice.  Because there is always someone, somewhere, listening, seeing, feeling or reading.  Even when we think we are alone.

Create

Move

Believe

Mixed up in any sequence, as you wish.

It applies to everything, in all life areas.

Elyjah reminded me, last weekend, that words are meaninful, one second after the other.  We make minutes, hours, days and weeks out of them, weaving a whole life.  More than the journey, emotions and mechanics count too: they make a much more valuable experience of it. Whether we go all the way to the end or we change path along that way, it’s important to remind ourselves that all roads lead to Rome. 

With love in our pocket, we can surely go to the end of the world.  That’s how a song is written.

That’s how we run it, our way.

That’s how we live it.

And, one day, we might get to record it.

The mic is your, Elyjah.

Meet you after grammar.

Illustrateur: inconnu

Une fille qui court en ski

 

Une fille qui court en ski

Avant décembre, je n’avais pas enfilé une paire de skis de montagne (skis alpins) depuis presque vingt ans. J’ai fait du ski de fond, du patin, de la natation, de l’escalade, de la course et encore de la course, mais le reste m’avait échappé.  Concours de circonstances et défis en tous genres s’étant accumulés, le temps semble avoir filé bien vite.  Je me suis éventuellement rendue compte qu’on pouvait, chez nous, vraiment monter en skis.  Que le grand Plaisir était accessible ici aussi.  Ça me rappelle le moment où j’ai découvert l’approche diaper free, pour les bébés.  Une véritable révolution dans nos quotidiens.  Mais je passe, car il s’agit d’un tout autre sujet!  Je fais le lien avec ce souvenir, quand j’étais enfant, qui me rappelle que je trouvais bien étrange qu’on se laisse porter au sommet d’une montagne sans pouvoir la gravir soi-même, sur ses deux pieds.

Je te rassure: encore là, aucun rapport avec le diaper free: dans les années 80, on n’en parlait pas tellement, je crois…

Donc, lorsqu’on m’a proposé, en fin d’année, d’enfiler une paire de skimos – skis de randonnée alpine/ski mountaineering gear, mon coeur s’est mis à palpiter.  J’allais expérimenter une autre façon de découvrir l’ascension!  Et, en prime: la joie de redescendre, toujours sur mes deux pieds.  Enfin, presque.  J’avoue que les premières fois ont été peuplées de figures semblables à des acrostiches: angles parfois abrupts et culbutes bien involontaires.  Sauts improvisés, qui déstabilisent.  Pieds en pointe de tarte. Vague souvenir du positionnement et de l’aérodynamisme.  Probable honte de mon coach, enrolé malgré lui!  J’ai reconnu la sensation qui s’impose lorsqu’on a le sentiment, vraiment, pleinement et clairement, de n’avoir que peu ou pas de contrôle sur une situation et les variables environnantes.  Somme toute, j’aurais mis un bon mois et demi à me sentir plus à l’aise de dévaler les pentes autrement.

En fait, pour être honnête, certaines aspérités, certaines portions de la montagne de même que quelques plaques de glace m’effraient encore.  Surtout quand je les croise ou que je m’applique à les contourner, ce qui implique, bien entendu, que j’ai réussi à anticiper et à les voir, même dans l’obscurité.  Parce j’aime bien sortir quand le décor est calme.  Quand les télésièges sont aux arrêts et qu’on peut humer l’air, l’espace, au grand complet, presque dans le silence de la forêt, de la nature qui respire, elle aussi, sous le couvert de neige.  Parfois, on entend les engins qui aplanissent la neige, en prévision du lendemain.  On peut les reconnaître par la portée de leurs yeux lumineux, largement plus grands que celui de ma lampe frontale.  Il arrive que je les trouve bien bruyants.  Et je crois qu’il se peut que ces machines croisent les passants nocturnes ou très matinaux avec un soupçon de doute ou une crainte, peut-être, que nous entrions en collision.  Chers mécanisés, j’aimerais vous dire que vos yeux et vos antennes lumineuses m’impressionnent assez pour éviter de vous importuner.  J’ai un grand respect pour votre mécanique, tout comme j’en ai pour ces montagnes qui nous enveloppent, ici, comme ailleurs, jour après jour, après jour.

J’ai le plaisir de pouvoir profiter de ces espaces.  De skier, de monter avec mes skins, comme on dit, alors que tout s’endort autour.  J’en croise d’autres, des fous, qui font de même et qui semblent avancer avec autant de ferveur vers l’aube ou vers la nuit, pour monter un peu plus haut, pour redescendre, aussi, autrement.  Les jours, plus rares ces temps-ci, où je m’y aventure en crampons, pour courir les pentes, ça me fait tout drôle.  Redécouvrir l’hiver autrement est un cadeau qui me fait réaliser que nos pieds ont plusieurs talents et qu’on peut s’entraîner, se faire plaisir et se tenir en forme, en vie, de cette façon-là aussi.  J’aime encore le ski de fond, mais j’avoue que la randonnée alpine, version entraînement, me fascine.  Les intervalles prennent une autre allure.  Je sais bien qu’ils n’ont jamais d’allure confortable, ça va de soi, mais je découvre qu’ils peuvent s’avérer inconfortables et me faire rire en même temps.  Je ne me sens pas très efficace, mais j’aime l’idée de découvrir une façon différente de progresser.  Ce que certains appelleraient, sans doute, sortir de sa zone de confort.  Ou faire le petit chien (il faut l’essayer pour comprendre la sensation qui donne cette image).

Si le ski alpin, avec tout son attirail, fait partie de ton quotidien, il est possible que toutes ces images te semblent bien étranges.  Si tu as découvert le skimo et que tu le pratique aussi, en faisant de tes petits ou de tes grands skis l’outil de l’aventure enneigée, tu peux certainement visualiser, dans le corps comme dans l’intellect, l’immense plaisir dont je parle.  Je ne sais pas si je suis la seule à avoir des frissons, parfois, mais ça aussi, ça donne envie d’apprendre, de découvrir et d’y mettre du sien.  Jusqu’à la fonte des neiges.  Parce que c’est là que je retomberai pleinement dans mes chaussures, le jour comme la nuit.  En  attendant, j’apprécie la sensation de la montée, puis celle de la descente parce qu’elles me procurent, à l’aube, quelque chose de bien particulier.  Aux petites heures du matin, malgré le froid, ça fait sourire. Quand le jour s’endort et que la nuit prend la relève, même si l’effort physique peut se vivre dans l’intensité, il se passe quelque chose de paisible.  Le calme devient contagieux.

Il arrive, en rentrant à la maison, que j’aie le sentiment d’avoir été infidèle à mes espadrilles.  C’est curieux, parce que la natation et le patin ne me font pas cet effet.  Je me dis, au final, que c’est probablement le signe – et le clin d’oeil – que j’ai connecté avec une discipline qui me parle beaucoup.  Parce qu’on bouge.  Parce qu’on s’essouffle parfois.  Parce que c’est sauvage.  Parce qu’on vit le mouvement qui nous propulse, sur la montagne.

La montagne.

La montagne.  Encore.  Avec ses cheveux blancs en hiver, ses cheveux verts en été, ses cheveux orangés, puis rougeâtres à l’automne.

En skis, en crampons, en espadrilles, pieds nus, peut-être aussi

Avec ses défis

Avec sa grandeur

Et au creux de ses tracés, l’humilité de celui ou de celle qui s’y plonge.

Un gigantesque merci au Vélo Café Endurance Aventure pour  le soutien et l’équipement de pointe.

À tous et à toutes: il est toujours possible de louer un équipement et d’en faire l’essai – randonnée alpine – auprès de ce même Vélo Café (situé à Orford, sur le chemin du Parc, près de la sortie 118)!  Sorties accompagnées aussi offertes!

Le sens de la vague – When the Wave Sprinkles it up

Le sens de la vague

(English version below)

Crédit photo: Relais Memphrémagog (2018)

Oui, oui, je sais, tout est congelé dehors.  C’est une métaphore presque poétique!

Quand on s’embarque dans une routine qui parle d’activité physique, d’entraînement, de santé et de bien-être, on croise des vagues.  Des vagues et des mouvements qui proposent toutes sortes de techniques, de soins et de rituels.  Les courants portent ceux et celles qui se sentent interpellés.  Il faut l’avouer: les choix sont nombreux et, plus que jamais, la diversité nous permet – ou pas – d’en faire un ou plusieurs qui se veulent éclairés.  On peut être végétarien, végétalien (vegan), crudivore, keto (cétogène), paléo ou omnivore.  On peut s’y tenir à temps plein ou encore y aller en format ”présence partagée”, voire pratique occasionnelle/circonstancielle.

La magie de l’internet et les réseaux sociaux propulsent les informations, les idées et les conseils à une vitesse ahurissante.  On peut tout essayer avec avidité.  Et, peut-être, s’en lasser aussi rapidement.  Puis, à un certain moment, y tenir, connecter avec des gens, des groupes et des réseaux qui nous inspirent.  Qu’on le vive de façon assidue, qu’on en fasse sa réalité, qu’on se sente obsédé par cette recherche de la meilleure approche sont des possibilités qui planent dans l’air.  Dans tous les cas, il est possible de bénéficier d’une expérience et d’en apprendre quelque chose.

Aussi, chaque personne étant unique, la différence crée mille et une opportunités, comme autant de styles de vie à adopter.  De la même façon, on se relaye les uns les autres, en s’inspirant de ce qui se pratique et qui se fait pour trouver ce qui pourrait nous convenir.  Ce qui vibre pour soi.

Tu veux devenir végétalien?  Vas-y!  T’as envie de manger un hamburger?  Vas-y!  Tu te prépare à cuisiner et à savourer un bon tempeh, une salade d’algues et des caramboles? Wow!  Au-delà des contraintes, des interdits et des idées qui ne plairont pas à tout le monde, je crois que ce qui s’avère primordial, c’est le fait de s’écouter.  Se renseigner aussi, bien entendu.  Établir ses objectifs.  Créer son plan.  Et, incontestablement, ressentir.  Et, encore, s’écouter.

Ça doit être ça, le secret. On ne fonctionne pas tous de la même façon. On n’a pas tous le même regard sur la vie.  Parfois on se déplace en meute, parfois seul.  On suit le troupeau ou on ouvre la route.  On attend ou on continue.  Etc.  Dans tous les cas, on s’inspire et c’est normal; on apprend, en grande partie, par imitation, en observant et en essayant.  Mais il n’y a qu’un toi, qu’un moi, qu’un lui et qu’un elle.  Et ça se répète, à l’infini, avec toutes nos similitudes et toutes nos différences.  C’est ce qui fait que ce que je choisis de goûter, de faire, de savourer, de planifier ne sera pas nécessairement ce que tu choisiras, toi.  Et c’est OK.  C’est comme ça qu’on crée une toile, un beau paysage, une foule qui grouille.  C’est comme ça qu’on se retrouve, de l’intérieur, puis les uns avec les autres.

Et qu’on grandit.

Et qu’on se discipline.

Et qu’on fait des folies.

Et qu’on s’embarque dans des projets, qui, parfois, peuvent sembler demander un brin de folie ou d’inconscience.

Mais si on ne le faisait pas, qui le ferait?  Et s’il ne s’agissait pas de maintenant, ce serait quand?

Peut-être ne trouveras-tu pas de carton ou d’étiquette qui parle de cette approche que tu as envie d’expérimenter.  Il n’existe, possiblement, pas encore de statistiques pour ce que tu t’apprêtes à entreprendre.  So what?  ”Oui, mais, ça fait weird…” Il y a toujours quelque chose ou quelqu’un qui soit weird, étrange ou indescriptible pour quelqu’un d’autre.  C’est la vie.  Ça ne veut pas dire que le plan n’est pas bon, que tu n’as pas le droit de manger ce que tu veux ou qu’un morceau de chocolat est radioactif.  Il faut simplement le gérer.  Et aimer ça.

Après, le sens qu’on lui donne, c’est bien personnel.  Comme la motivation, d’ailleurs.  On ne peut pas toujours tout expliquer.  Par contre, on peut y croire.  Moi, c’est un peu ça qui me guide. Il y a des choses que je fais et d’autres que je ne fais pas.  Je mange certains trucs alors que d’autres, pas du tout.  J’oublie souvent de me laisser aller.  J’écris peut-être parfois un peu trop.  Et je suis complètement folle de ce qui parle de plein air, de nature, de course, de montagne et de plans d’eau.  J’ai une famille aussi.  Un autre morceau de mon coeur.  On se lance la ”pock”.  Il arrive que j’aie besoin de passer par la bande.  Généralement, ça finit par fonctionner.  Le plan existe; il est organique; je le travaille, à ma façon.

Chaotique?

C’est un modèle comme un autre.

Il suffit de l’adapter. Ou de l’adopter, dira-t-on…

Parce que, desfois, moi, j’aime ça manger un hamburger.  Avec extras.

Toi, qu’est-ce que t’en penses?

Crédit photo: Bernice Payer-Poitras

When the wave sprinkles it up

Yes, I know, everything is frozen out there.  It’s a metaphor, flavored with a little bit of poetry.

When we get on board, ready to handle a routine rolling around sports, training, health and well-being, waves sometimes happen to cross our way.  Waves and movements offering all sorts of techniques, caring opportunities and rituals.  The flow moves those who feel called to do so.  We can testify: choices are legion and, more than ever, diversity allows us – or not – to pick one or many, hoping they will light our way.  We can go on and live as a vegetarian, vegan, raw foods diet, keto, meat only or omnivore.  We can go for it part time or make it a 24 hours commitment, or else, like occasionally/exceptionally.

Internet’s magic and social medias speed it up: they propel informations, ideas and advices at an amazing rate.  We can sort of try everything with eagerness. And, maybe, get weary and bored very quickly.  As well as we could hold on to it, connect with people, groups and inspiring networks.  Whether we fully experience it, make it our own, feel obsessed, somehow, by a desire to find the best trend are possibilities flying around us.  All cases considered, it is and remains possible to benefit from such an experience and to learn from it.  

Going with this, everyone being a unique individual, difference appears to create thousands of opportunities as well as tons of lifestyles to glue to.  In the same way, we take over one from another, gathering ideas among those practices to find what could fit us.  What could thrill us.

Are you thinking about going vegan? Go for it!  Are you considering having a hamburger?  Let’s go and enjoy!  Are you getting ready to cook a nice tempeh recipe, a seaweed salad and caroms?  Awesome!  Beyond restrictions, taboos and ideas that might not please everyone, I think what remains essential is to listen to ourselves.  Make sure to gather the proper information too.  Set our goals.  Create our calendar, our plan.  And, most of all, feel…to finally, get back to listening.

It must be, somehow, the way to do it.  We’re not all going with our plans and routines in the same exact way.  We’re not having the same pair of lenses to look at our lives.  Sometimes, we move in a pack.  Sometimes we move all alone.  We might follow the herd or walk to track our very own path.  We might wait or keep going.  Etc.  Whichever choice is made, we get inspired and it goes with the rest of our routines.  We tend to learn, big time, by imitating, by observing others.  It eventually comes to the fact that there is only one sample of each: me, him, her.  And it keeps repeating itself, on and on, including our similarities and our differences.  That’s also or maybe what makes me choose to taste, to do, to enjoy, to plan different items than you would choose for yourself.  And that’s OK. That’s how we create a piece of art, a great landscape, an animated crowd.  That’s how we can get back to ourselves, from our inner world, to get, after, one to another.

That’s how we grow.

That’s how we act with discipline.

That’s how we act crazy sometimes too.

And that’s how we get on projects asking ourselves a little bit of that crazyness as much as, punctually, unconsciousness.

But if we couldn’t afford to do it, who could?  And if it wasn’t about now, when would it be?

You might not find a box or a label with specifications about what you wish to experiment.  There is possibly not statistics yet regarding what you’re about to undertake. So what?  ”Right, but it looks weird…”There will always be someone or something responding to the weirdos status in someone else’s eye.  That’s what we call life.  It doesn’t mean that a plan is messy or bad, neither can’t you eat what you want or that a chocolate chunk is radioactive.  Overall, it tells you to learn to manage your business; it’s up to you.  And it needs you to love it.

Afterwards, the meaning we tag to it is a really personal one.  Same for motivation.  We cannot always explain everything.  But we can believe in it.  Personally, I recall it as a part of a guidance.  There are some things that I do, while others, absolutely not.  Like some foods I dare to eat, as others, not at all.  I often forget to let go.  I sometimes write too much.  And I’m completely crazy about outdoors, nature, running, mountains and bodies of water. My family also has a huge piece of my heart.  We hit and throw each other the ball.  Sometimes, I need to cross over the lines.  Generally, it gets to work for us.  There is an existing plan; it has a life on its own, I’m working it…my way.

Chaotic?

Well, it’s a way; could be another.

It just needs to be drawn to fit.  Or adopted…

Because, sometimes, I enjoy – and love – to go for a burger.  With extras.

What is it to you?

What is it for you?

Le prolongement de la course – Running’s Lengthiness

Le prolongement

(English version below)

Aujourd’hui, il pleut un peu.  En attendant que la nature ponde ses flocons, en regardant par la fenêtre, j’ai l’impression de voir les mois qui défilent.  Pas ceux qui sont relayés aux souvenirs.  Ceux qui s’en viennent.  Avec le soleil, avec la neige, avec l’équilibre, la piqûre, les paysages, la famille, les proches et tous les rêves qui parlent.  Le temps passe vite.  Comme les voyages.  Comme ces mouvements qui nous construisent.

Prendre le pouls de ce qui brille et de ce qui brûle en-dedans, comme en-dehors, pour construire de nouveaux projets, pour tisser la toile de ce qui nous parle et qui nous fait bouger.  Trouver un sens à toutes ces pensées qui nous animent.  Concilier les exigences du quotidien, le bonheur des siens, avec ce qui nous interpelle.  Façonner ce que personne d’autre que soi ne peut envisager:  le rêve, la vision, les souhaits qui correspondent à ce que nous sommes, véritablement.  De fond en comble.  De bas en haut et de haut en bas.  En six dimensions.  On me l’a souvent dit et j’y reviens toujours: la seule personne qui peut réveiller ce qui bouillonne au-dedans et lui donner vie, c’est soi. On peut être motivé, encouragé, soutenu, applaudi, hué, enfin, peu importe.  Au final, la motivation, c’est personnel.

Autrefois, je me sentais horrifiée à l’idée, qu’on m’avait transmise, que le chemin de chacun était une quête solitaire.  En fait, je n’y crois toujours pas.  À mon avis, il est vrai qu’une personne est tenue de faire tourner la roue – de la vie, de faire ses choix et de concocter sa recette avec toute son intention, sa volonté et ses aspirations, mais j’ai la conviction que le fait de mettre l’épaule à cette roue engendre, inévitablement, un mouvement d’équipe, un mouvement de masse.  On peut lire, ici et là: ``Seul, on va plus vite.  Ensemble, on va plus loin“.  Ça fait réfléchir.  Ma première pensée, quand je rencontre cette phrase, se lit comme suit: peut-on aller plus vite et plus loin à la fois?  On accole souvent mon prénom avec le mot patience et pourtant, quand je lis ces phrases, je me sens comme une bombe.  J’ai envie de faire partie de tout ce qui avance.  De parcourir la Terre au complet.  Depuis toujours.  Oui, oui, comme à peu près tout le monde, j’ai la capacité de me mettre en veille, voir de m’éteindre. Ça peut sembler paisible…aux premiers abords.  J’ai l’impression que le fait de se mettre sur ”mute” ou sur pause ne rend pas service.  Enfin, pas vraiment.

Ça peut sembler paradoxal, parce qu’on a tous besoin de temps d’arrêts, de moments méditatifs, de calme plat.  De temps en temps, au moins.  C’est parfois dans ces instants que pointent les priorités qu’on peut avoir oublié ou négligé.  C’est vrai.  L’équilibre, pour moi, c’est aussi reconnaître l’importance de ce balancement entre le mouvement et le temps d’arrêt, le ravitaillement.

What’s your mapping?” Où sont les montagnes? Les points d’eau?  Les gens qui accompagnent? Ceux avec qui tu partages un bout de la topographie, en relief, en eau, en couleurs?  En quoi crois-tu?  Avec le temps, la course prend des airs d’aventure, elle demande de l’oeil, du coeur au ventre et une motivation qui vont plonger loin en-dedans.  Les muscles sont là.  L’entraînement prend tout son sens.  La place se libère pour les instants qui se forgeront une beauté dans les souvenirs qui peuplent ta coiffe.  Même si tu n’as plus de cheveux.  Tu t’en rappelleras, c’est sûr et, d’une façon ou d’une autre, tu auras envie de recommencer.

Opportunivore.  Un mot transmis par mon amie Joanne, il y a plus de quinze ans, et qui m’a souvent fait sourire.  Nous étions alors un regroupement de végétariens, actifs, mais bien originaux, qui pourchassaient les grands espaces, l’air sauvage de l’Abitibi, entre deux Outaouais.  Je collectionnais les plumes, entre les sorties, échafaudant un plan pour repartir à l’aventure.  Puis, en plein hiver, j’ai croisé un harfang des Neiges, dehors.  Dans le fin fond de l’Abitibi, le harfang m’a présenté un bébé: ma fille.  Ma grande.  Pas besoin de vous dire que le concept d’équilibre s’est imposé.  J’ai un peu rangé mes valises et j’ai pris le temps de respirer très fort.  Je me suis soignée.  J’ai souhaité, de tout mon coeur, grandir avec elle.  Sept mois et demi plus tard, elle m’aura conduite en Outaouais, où sa soeur nous attendait.  Et douze années ayant passées, loin du harfang, mais entourée de dindons sauvages et de chevreuils, toutes les deux, elles me poussent, me confrontent, m’encouragent et m’inspirent aussi.

La Nature est un défi . La famille également.  Comme le reste.  C’est un peu de ce qui rend la vie si belle, je crois.  Défi = objectifs.  Les objectifs représentent, à tout coup, un pas vers l’avant.  J’écris, à tout rompre, que j’en veux encore.  Que je suis assoiffée de trails, de sentiers sauvages, de rencontres, de découvertes au quotidien.  Je veux construire.  L’entraînement dépasse la routine.  C’est un mode de vie.  Tout dépend de la lunette avec laquelle je regarde le tout.  Je ne cherche pas la réponse.  Je cherche l’action. Je ressens.  Essoufflée ou pas, il se passe quelque chose.  Certains jours, comme ce matin, alors que mes jambes me paraissent bien raides, je remercie la pluie.  Elle me donne un instant pour poser ce qui compte vraiment.  J’irai probablement la visiter quand même, mais à un autre rythme. J’honorerai ce moment de pause parce que j’ai conscience d’en avoir bien besoin et que c’est nécessaire.  Pour moi.  Pour mes filles aussi.  Tout passe.

Et c’est comme ça qu’on construit ce qui suivra, ce que sera l’étape qui parle le plus fort. Ce qui vibre et qui rayonne.  Immanquablement.  Ça dépasse les pronostics et les statistiques (qui ont leur valeur, bien entendu, mais en temps et lieu).

L’important, c’est de sortir.  L’important, c’est d’y croire.  De l’imager. De trouver sa ligne.

La mienne passe par les montagnes.  Avec le sourire de mes enfants.

Et la vôtre, où s’en va-t-elle?

Merci à Endurance Aventure, à mes collègues du Club de Trail Le Coureur, à mes enfants, à ma directrice d’école, aux journalistes, à Christine, Martin, Andrew et à l’équipe de Huway, aux parents et aux amis qui font, de chacun de ces moments, un épisode à part.  Je n’ai même pas besoin d’écouter la télé;)!

 

Bonne année!

Running’s Lengthiness

Today is a little rainy day.  Waiting for Nature to carry it’s snowflakes, looking through the window, months seem to fly around.  Not those that went by, laying in a souvenir box, but those that are about to come. About to crush with our everyday reality.  With sun, with snow, with balance, crazy ideas, landscapes views, family, closest ones and every talking dream.  Times goes by so fast.  Like a trip, growing into a journey.  Like those movements, working on building us, shaping us.

To take the pulse of what is shining and waving from inside-out, as outside-in, to build new projects, to weave, in a web, what’s talking to us, what makes us move.  To give to all those crossing thoughts a sense.  To conciliate everyday’s requirements, our loved ones happiness, with the Big call we feel, hold and witch can challenges us.  To create what no other than ourselves can consider: our own dream, our vision, our wishes, those related to who we are, really, truly, deeply.  From top to bottom.  From bottom to top.  In six dimensions.  It was frequently told to me: the only individual able to awaken what’s bubbling inside and move it to life is the one experimenting it.  Not someone aside.  We can be filled with motivation, , encouraged, supported, acclaimed, hooted or what so ever.  At the end, motivation is ans remains a very personal path.

A long time ago, I felt horrified about the idea, passed on to me, that everyone’s route was a lonely quest.  I cannot believe it yet.  In my opinion, it is true that someone has to turn the wheel – of life, to make his or her choices and to offer a recipe with all possible intentions, will power and aspirations, but I am also convinced that give a shot on turning this wheel feeds, generates, inevitably, a team movement, a mass movement.  Here and there, we come to read:”Alone, we move faster.  Together, we move further”.   It is something to think about.  First thought, when I encounter this sentence, can be read like this: can we go faster and further at the same time?  Lots of people often glue my name with the word patience, but, when I read those sentences, It feels like I could explode.  I have a strong desire to take part to everything going forward.  To travel and run through the whole Earth.  It’s always been like that.  Oh, yes, like almost everyone, I can shut myself down, even switch to off. It can appear like peaceful…at first glance.  I feel like putting ourselves to mute or pause doesn’t help any situation.  Well, not really.

All of this can appear as a paradox, as we all need some times to stop, some quiet and meditative moments, calm places to reach to.  Every now and then, at least.  It is sometimes in those gap moments that priorities arise, those that might have been forgotten or neglected.  It’s true.  To me, balance is also the ability to see and reconnect with rocking movement and breaks, the aid and food station.

What’s your mapping?” Where are the mountains?  Water spots?  People surrounding and guiding?  Those with whom you share a part of topography, in relief, in water, in colors?  What do you believe in?  With time, running opens it’s wings, asks for our eyes to be wide open, our heart to feel strong and safe and for a special motivation, all going to reach us from deep within.  Muscles are there.  Training takes its whole meaning.  A space is wide open for those moments growing in a nice bouquet to add to your souvenir box.  Even if you don’t remember where you’ve put it.  You’ll get back to it, for sure.  And, in a way or another, you might want to do it all over again.  To do more.

Opportunivore. A word shared by Joanne, my friend, about fifteen years ago, witch made me laugh, over and over again.  We were, back then, a group of active vegetarian people, pretty originals, chasing great spaces, Abitibi’s wild vibe, between two Outaouais.  I was collecting feathers, as we were exploring outdoors, building a strategy to get back to world’s discovery and adventure.  Then, in the morning of a wintry day, a snowy owl crossed my way.  In Abitibi’s depths, this snowy owl introduced me to a little one: my daughter.  My first One.  No need to argue about the importance of balance and the way it came to take its place in a daily life.  I partly stored my suitcases, backpack and took a while to breathe deeply.  I healed myself.  I wished, with all of my heart, to have the privilege to grow with her.  Seven months and a half later, she drove me, by plane, to Outaouais, where her sister was waiting for us.  And, twelve years later, physically far away from the snowy owl, but surrounded by wild turkeys and deer, they both push me forward, challenge me, encourage me and inspire me too.

Nature is a challenge in itself.  Family as well.  Like most of our lives.  It’s what makes it so beautiful, I guess.  Challenge = goals.  Goals drive to a step and then another step further.  I constantly write I want some more.  That I am thirsty for trails, wild paths, encountering people, every day discoveries.  I want to build.  Training goes beyond routine.  It is a way of living ones life.  Everything is modulated by how I look through glasses lenses.  I do not seek for an answer.  I seek for action.  I feel.  Whether I’m out of breath or not, something is going on.  Some days, like this morning, as my legs feel really heavy and stiff, I thank this winter rain.  It gives me a moment to get on things that count. I probably will go out and visit it anyway, but at a different pace.  I will give thanks for this slow time because I’m conscious about the fact that I need it and that it is most welcome.  For me.  For my daughters as well.  Everything goes by.

And that’s how we work on growing plans, on what will speaks to us most loudly.  What vibrates and shine, like a sunny day.  It travels past statistics and pronostics (no offense to their value, in appropriate times and places).

What really matters is to go out, to play outside.  Most of all: to believe in it.  To put a picture on it.  To find our own line.

Mine goes through mountains.  With my children’s smile.

And yours, where is it located?  Where is it moving to?

 

 

Big thanks to Endurance Aventure, to my Club de Trail Le Coureur colleagues, to my daughters, to my school director, to journalists, to Christine, Martin, Andrew and Huway team, to parents and friends witch make, of all of those moments, a special timeline.  I don’t event need to watch tv; it’s all laid there;)!

Happy New Year!