isabelle

Décembre et le présent

La neige qui atterrit chez nous parle du froid, de la lumière qui ondule en bleu, de la douceur qui se cache derrière les glaçons, quand on se réchauffe. Elle me fait penser, avec ses moments d’hiver, au fait que la patience, le temps et tous les souffles qui nous habitent ralentissent avec le gel.

Il arrive qu’on s’engourdisse et pourtant, décembre s’approche avec son lot d’activités, avec sa folie, avec sa magie.

Jouer dehors, s’entraîner et saisir toutes les petites occasions qui passent aident à réveiller la chaleur, à oublier, peut-être un peu, que les journées raccourcissent ici. Parce qu’on en a besoin.  Respirer, au-dedans comme au-dehors, prendre le temps d’être, juste là.

Chaque matin peut faire partie de la routine.  Il peut aussi apporter son lot de surprises et nous faire sentir petit, quand on a l’impression qu’on n’y peut rien, qu’on a tout à apprendre.  Il peut nous faire sentir moyen quand il se passe des entre-deux, des états étranges, des choses qu’on ne s’explique pas.  Il peut enfin nous faire sentir grand quand on le laisse entrer avec toute sa spontanéité.  Parce que chaque matin est un peu comme un nouveau monde.  Ça dépendra toujours de l’oeil avec lequel on le regarde.  Il y en aura, comme ça, où on se dira que c’est le temps de prendre une décision, de bouger, de sortir, de s’inscrire, d’oser. On se sentira peut-être contenté et on  se pourra se lécher les babines en pensant à tout ce qu’on voudrait entreprendre et qui nous “challenge” un peu (ou beaucoup, c’est selon).  C’est un moment quiappartient à chacun.  Un possible élan qui peut transporter jusqu’au soir et peut-être même tout au long des mois d’hiver.

Le froid peut être synonyme d’accalmie, de pause, mais il peut également représenter une autre façon de négocier les lignes droites, les virages et les trajets.  Il y a, dans nos rythmes et dans nos corps, qui s’adaptent avec le gel, une espèce de vigueur qui veut pousser et qu’on peut choisir de réveiller ou non.

Ici, plus que jamais, il est important d’écouter les signaux qui nous parlent.  Quand ça chuchote, on peut comprendre que la chaleur circule encore et que le niveau d’énergie est bon.  Quand le corps devient plus lourd et que la fatigue se répète, je me dis que la douceur crie.  Qu’elle interpelle. Toute crue.  Elle n’a pas une voix de baryton, alors il faut vraiment tendre l’oreille pour l’entendre.  Quand on a des objectifs, quand le calendrier est fixé et que l’horloge tourne, avec la roue, ça relève parfois du défi.  Qu’on en veuille plus ou qu’on en veuille moins, il se passe quelque chose.  Et c’est, je crois, dans ces moments-là qu’on apprend à se connaître davantage, à se donner la parole.

Décembre, pour plusieurs, peut être un feu roulant de préparatifs et de conjonctures qui ne donnent pas trop le temps de réfléchir.  Pourtant, il faut bien, puisque le temps du bilan arrive, puisque les résolutions sont sur le tapis.  Les enfants veulent avoir l’impression que l’année était bonne.  Ils anticipent Noël.  Chacun à leur façon, ils vivent un petit quelque chose qui leur sera unique.  Les adultes, eux, font des plans.  Ils préparent.  Certains rêvent plus que d’autres.  On s’enracine.  On s’envole. et l’entraînement reprend.

“Dans la vie, la différence entre une victoire et un échec n’est faite que de petits détails”.  Whippet, le film

Les petits détails.  Ils captent mon attention. Parce que détail veut dire, souvent, un instant, un moment.  C’est ce qui fait qu’on peut juste se trouver quelque part, une seconde ou une heure et avoir le sentiment de vivre ce moment in sync.  Pas hier, pas tantôt, pas demain ou encore la semaine prochaine, mais juste là, maintenant, quand ça se présente.

J’aime voir des plans et des idées pousser et pourtant, je salive à la pensée de vivre, simplement,ce qui se présente d’instant en instant.  D’avoir le plaisir et le courage d’accueillir. D’habiter ce que tant de gens appellent le moment présent.

Après, je pense que l’échec, comme la victoire, dans n’importe quel domaine, possèdent une valeur.  Dans tous les cas, on peut apprendre.  On ne saisit pas toujours, mais ça finit par arriver, immanquablement.  C’est une question de perspective.  Avec anticipation, puis avec du recul, on évalue.  Une médaille a toujours deux côtés.  Et c’est un peu ce qui fait qu’on l’apprécie…ou pas.

Ainsi en va-t-il de l’entraînement, de la détente, des moments en famille, en couple, entre amis, au travail, à l’école et de tout ce qui meuble le quotidien.  Je me sens vivante quand je me rappelle que je n’ai qu’un corps, comme tout autre être humain, animal ou végétal, d’ailleurs.  Et que ce corps mérite tout le soin propice à lui permettre d’entrer dans la nouvelle année.   Ça peut paraître bien métaphorique, mais même janvier appelle à une autre façon de voir les choses.  Parce que, si tu t’entraînes, tu sais que le calendrier avance, que les journées vont s’allonger et te conduire à un printemps qui répondra – ou pas – à tes attentes. Tu sais aussi que chaque journée t’offre quelque chose de particulier: un moment.  Un temps, un instant, une voix qui ne se reproduiront pas.  Parce qu’ils sont uniques.  Parce qu’ils vivent au présent.

C’est, je crois, ce qui me fascine et que je retiens quand je sors, dehors, pour bouger: quand j’avance une foulée ou quand je glisse sur la neige, il n’y en n’a qu’un, de ces mouvements, qui se loge dans un instant.  Il est unique.  Le suivant sera différent.  Comme ma respiration.  Comme les flocons qui tombent sur mon visage.  Comme les sourires des gens que je croise.  Comme une lumière qui éblouit, le temps d’une seconde, en pleine noirceur. Je peux choisir d’avoir un rythme lent, saccadé ou accéléré.  Il n’y aura tout de même qu’un seul instant qui passe à la fois.  Et ça, tous les plans du monde sont tenus de s’y accoler.  Même quand on l’oublie.  Et décembre le rappelle.

Décembre, avec le temps qui blanchit et sa main rougie par le froid.  Décembre sucré.  Décembre qui marche vers une nouvelle année où on se dit qu’on a tant à réaliser.  Et si décembre c’était maintenant, juste maintenant?  Est-ce que tu irais jouer dehors, toi? Quoi d’autre?  Qu’aurais-tu, véritablement, envie d’être?

Ready, set, go! 

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L’entraînement, la vie de famille, de couple, le travail, les études et le reste

Crédit photo: Chantale Belhumeur

Il n’existe pas qu’une stratégie, qu’un plan ou qu’une solution à l’assemblage de toutes ces dimensions.  La synchronisation ne fait pas encore l’objet d’une fonction automatique – heureusement – et il en revient à chaque personne, à chaque athlète, de construire un environnement et une réalité qui lui parlent.

On emboîte les choix et les routines en fonction de nos besoins, de nos désirs, de nos objectifs et de nos limites.  On répète souvent que ces limites, elles n’existent pas vraiment.  Que tout est possible.

J’y crois.  Pour de vrai.  Je pense, par contre, qu’il faut mettre l’épaule à la roue, comme on dit. Travailler à créer. Imaginer, rêver et établir une vision d’avenir.  Après, chaque pas, chaque moment, chaque sourire et chaque soupir comptent.  C’est ce qui nous forge.

Au quotidien, l’entraînement prend la place qu’on veut bien lui accorder.  On le chérit, on l’entretient et on se donne la peine de souligner son importance en lui accordant un certain rang dans nos priorités, selon des choix qui nous appartiennent.

Crédit photo: François Martin, Five Peaks Québec

Quand on est parent, ça veut dire, souvent, qu’on est prêt à saisir toute pause ou tout moment possible pour se donner l’élan de sortir et de sauter à pieds joints dans le sport.  Se lever très tôt, faire des cabrioles pour libérer du temps, trouver une gardienne pour se permettre de faire durer le plaisir, prendre un weekend juste pour aller dehors et pousser un peu ses limites.  Avec le temps qui passe, reprendre les trous, les dodos perdus, les jours d’imprévus…S’inscrire à un programme, un entraînement ou une compétition avec le sentiment de déplacer des montagnes… repeat!

Quand on est étudiant, ça veut dire penser à tous ces moments où l’on peut se permettre de mettre la préparation de cours de côté.  Les utiliser pour rentabiliser un horaire qui suppose que le temps passe vite.  Entre deux bouchées, se précipiter dehors ou au gym.  Se rappeler des concepts tout en bougeant.  Souligner tous ces instants où l’on parvient à se libérer et respirer le grand air avec une sensation de victoire.  Rêver des vacances.  De la fin d’un stage.  De ces temps où la théorie débouchera sur l’aventure. S’inscrire à un programme, un entraînement ou une compétition avec les yeux pleins d’étoiles…repeat!   

Quand on est en couple, ça veut dire prendre le temps de communiquer, de construire et de partager ce qui nous anime, incluant la ferveur vouée à cet entraînement, celui qui nous motive, qui nous fait sourire et respirer un peu plus fort.  Celui qui nous fait sentir encore plus vivant.  À deux, c’est énorme.  Ça se décuple.  Comme une équipe, on peut partager et avancer, ensemble ou chacun à son rythme.  Dans le respect de soi et de l’autre.  Ça implique aussi deux horaires, deux calendriers, deux routines multipliées par 365 jours.  Tout de même!  C’est un travail de collaboration, d’échange, de soutien mutuel aussi.  S’inscrire à un programme, un entraînement ou une compétition en intercalant nos défis, heureux…repeat!

Quand, enfin, on est bien entouré, l’entraînement, ça veut dire un pan de vie qui prend forme, jour après jour et qui nous apporte quelque chose d’unique.  Qu’on parle de discipline, de persévérance, de force, d’endurance, de positivisme, de philosophie ou de résilience, ça inspire.  On devient créatif dans nos façons de le faire et de le vivre.  On le partage.  On le communique.

Crédit photo: Maxi Race China

Chaque instant se trouve transformé, un tant soit peu, par cette opportunité que l’on s’offre.  Les muscles aussi, d’ailleurs!

Quand, finalement, on fait le choix de bouger, on permet à nos corps de parler, de s’élancer et de nous surprendre.  C’est ça aussi, se dépasser.

Après, la mesure, l’intensité, la durée, le type, etc., c’est un peu comme les cordes d’un arc.  Comme une fleur qui complète un bouquet.  Comme ce qui permet de construire une base, une fondation pour installer un projet.  Petit à petit, on progresse.  Parfois on ralenti, parfois on s’arrête.  Et puis on reprend.

Pour certains, il y a de la curiosité et de l’intérêt.  Pour d’autres, il y a de la passion, de l’amour et, bien souvent, une volonté de fer.  Pour les proches, enfin, même s’ils estiment que ce qu’on fait est un peu fou, il y a de la patience, de l’admiration et peut-être, de l’inspiration.

Et c’est enfin comme ça que pourront s’appliquer, quelque part, un peu de cette force, de cette magie, de cette constance-là.  Parce qu’on en mange, parce qu’on le vit, parce qu’on en parle, tous ces pas que l’on franchi ont un sens.

Ici.

Chaque jour.

C’est l’heure!

Petit novembre

Crédit photo: Anne Le Mat

Entre deux saisons, il existe une adaptation.  D’un instant à l’autre, on se laisse surprendre parce qu’on ne se souvient pas toujours de ce qui se produit, ici, intérieurement et extérieurement. L’approche de l’hiver, c’est comme choisir de faire le pas avant le grand saut.

Novembre

Novembre et l’entraînement s’entremêlent.  Novembre, c’est explorer le territoire d’un autre oeil, prendre le temps de s’adapter au changement de température.  Sortir et être bercé par une lumière bleutée.  Se dire qu’il est bon, parfois, de se donner un temps de répit.  Rigoler encore parce qu’on a oublié de mettre des crampons et qu’on glisse sur les rochers comme si on faisait de la luge. C’est aussi chercher une deuxième paire de gants ou des souliers qui ne soient pas trempés: une mission qui s’avère bien délicate!  Ce qu’on appelle, en d’autres mots, “Heading for Winter” et que je traduirais par “une ascension vers l’hiver”.

Il semblerait, ces jours-ci, que le soleil joue à cache-cache.  Que la nature oeuvre au ralenti, comme si elle nous invitait à en faire de même.  J’ai l’impression que le fait de jouer dehors, de prendre le temps de respirer un peu encourage la synchronisation avec ce rythme.  Et pourtant, c’est aussi un temps où les projets pointent le nez, où on envisage tout ce qui pourrait être pondu à l’approche du prochain printemps.  À l’image d’une vague qui semble se cristalliser, la vie fourmille en dessous.  L’engourdissement s’en porte garant.  Et c’est temporaire, parce qu’on se réchauffe bien vite, une fois le nouveau rythme adopté.  Alors que l’heure change et que nos corps se réajustent, il se passe quelque chose.

Je ne peux m’empêcher de repenser aux moments forts de ces derniers mois, à tous ces instants où j’ai eu chaud pendant l’entraînement, où les intervalles m’ont semblé passer si vite.  À tous ces gens qui ont pris leur courage à deux mains, qui ont voulu s’amuser, qui sont sortis pour profiter de ce que nos forêts, nos montagnes, nos lacs et nos routes avaient à offrir.  À ces lignes d’arrivées (Finish Lines) qui ont enveloppé tout le chemin parcouru – et partagé – au cours des saisons chaudes.  À tous ceux et celles qui m’ont accompagnée.  Ça remue.

Retracer ces instants où les objectifs ont été déposés sur la table, où je me suis penchée pour me dire que j’aimerais vraiment voir pousser un rêve, une ligne, une direction, ça fait l’effet d’un cadeau qu’on s’offre et qu’on ouvre comme un enfant, à Noël.  Avec étonnement, avec émerveillement et avec une certaine dose d’innocence aussi.

Les projets

Quand un projet de course se lance dans mon imagination, on dirait qu’une histoire commence à s’écrire.  C’est, chaque fois, peu importe le choix et la distance, une idée, avec des ailes et des racines, qui prend forme et qui me dit qu’il y a toujours une façon de dessiner une opportunité pour aller vers ce qui m’interpelle.  Et surtout, que ça peut être simple.  Parce que ça commence au moment où, chaque jour, je franchis la porte et que je décide d’y aller. Moi, je mets mes chaussures, mais certains y vont même nu-pieds (bon, peut-être pas tellement en hiver, mais ça se fait).  L’important, c’est d’avancer.  Et, notion de circonstance, d’être bien habillée, mais pas trop non plus.

Je trépigne d’impatience.  Je sais que le repos est nécessaire, mais je ne peux pas m’empêcher de penser à tous ces trajets que j’aimerais entreprendre – et compléter – avec un féroce appétit de découverte.  Ce qu’on esquisse et travaille à faire grandir peut mener à un sentiment d’accomplissement.  La vie aussi.  J’ai déjà mentionné que je me sentais heureuse du simple fait de pouvoir marcher et courir sur mes deux jambes, de pouvoir sortir dehors et de respirer l’air qui m’entoure.  Alors quand je me lance dans l’action, dans la course, dans la montagne, j’ai l’impression que tout est possible.  Il y a une espèce d’intemporalité – je ne vois pas le temps passer – dans le fait de bouger, d’être pleinement dans l’action et de pouvoir observer ce qui se développe au-devant de soi.

La liste et le tableau – les semis pour le jardin de la prochaine saison – sont en cours de réalisation. Cultiver ce qui mènera aux prochains longs kilomètres alimente et passionne.  Il y a aussi la famille, les amis, le ski, le patin et les surprises. Le défi, j’ai l’impression, est de parvenir à donner un souffle à ce qui vibre fort, fort et de s’en envelopper, jusqu’au bout.  Je crois qu’il peut s’agir d’un défi parce que ce qui vibre ne  parle pas toujours tout haut.  Tout le monde ne l’entendra peut-être pas, à priori.

La fréquence

Parfois, ça murmure.  Parfois, ça ronronne.  Moi, c’est ce qui me tiens au chaud.  C’est ce qui te tiens peut-être au chaud aussi, mais à ta façon à toi. Prendre le temps de l’entendre et de l’écouter, c’est tracer sa carte. Celle qui compte.  Celle que l’on a envie d’ouvrir comme ce cadeau, à Noël.  Celle qui permet de se fixer des objectifs, de construire ses rêves et de se sentir prêt ou encore complètement vulnérable, face à ce qui s’en vient.

Le temps passe vite…

Et je cours encore.

Alors, quelle sera ta prochaine course, toi?!

 

Avec mes chaussures

Je suis sortie de la vingtaine assez écorchée.  J’ai eu la chance de mettre au monde deux beaux bébés, aujourd’hui devenues de belles jeunes filles.  La première journée où j’ai repris l’entraînement, j’ai couru pendant neuf cent mètres.  Neuf cent mètres qui m’ont dit qu’il était temps de reprendre le dessus.  Les rêves, les désirs et les objectifs ont toujours été présents, mais difficiles d’accès, même en vitrine.  Je n’en menais pas large…

Aujourd’hui, comme je l’écris encore assez fréquemment, il m’arrive d’avoir peur et de douter.  Par contre, même si ça se produit, même si je me laisse parfois tenter par de beaux gros maux de tête, j’avance.  Parce que j’ai envie de gravir la montagne.  Et pas juste une fois.  Je l’applique au sens littéral comme au sens figuré.  D’ailleurs, une fois là-haut, que la vue soit dégagée ou qu’elle semble brouillée, le sentiment qui se dégage de cet effort est imprenable.  Toujours.  C’est un peu, je crois, ce qui m’a conduit en Chine, le weekend dernier. Et c’était fabuleux.  Je le ressens encore (mes muscles aussi, dois-je dire!).

Jiangshang

Des montagnes à perte de vue.  Des pans d’histoire: la route du sel, millénaire, des bâtiments élimés, d’anciennes fabriques de poterie et de céramique se dressent sur le passage.  Nous venons à peine de débarquer que le vent de la Chine nous enveloppe.  Il fait bon ici.  Les gens, en campagne, vivent simplement.  Je me sens à la fois accueillie et fascinée. Entourée de locaux et d’autres coureurs, français, nous montons dans un véhicule pour aller explorer un peu le territoire et prendre des photos vouées à être utilisées par les médias et les commanditaires.  La route se fait tortueuse et le temps d’arrêt est bienvenu.  Les pas qui nous mènent le long d’une portion du parcours de la course nous donnent chaud.  La végétation est dense, mais la faune se fait discrète.  Pendant la journée, nous croiserons quelques anciens, marchant le long de la piste rocailleuse, tantôt pour faire une offrande – avec pétarades et fumée, tantôt pour y travailler.  En groupe, avec les photographes, nous faisons des allers-retour pour capter le mouvement et les couleurs qui en inspireront certainement plus d’un.  On discute, on s’attend et on déguste une collation typique en canette.  Le fait de me balader dans ces lieux, avant le jour du départ, me réconforte.  De l’autre côté du globe, il fait froid.  Ici, on se sent comme en été.  La journée se termine autour d’un repas traditionnel et je mange goulûment: j’adore.

 

Plus qu’une journée avant que le chronomètre ne soit lancé.  Curieusement, je dors relativement bien.  Sous la couette, je peux entendre les cancans de ceux et de celles qui sont installés pour chanter autour d’un karaoké en plein air.  Les notes circulent dans tous les sens et le son est prenant, mais le sommeil me gagne comme une plume qui se pose au sol.  Lentement et doucement.

Avec la grisaille se lève vendredi.  J’éprouve une énorme gratitude pour tous ces instants, pour chacune des personnes que je côtoie ici et pour ceux et celles qui nous aident, qui traduisent sans relâche tous ces sons auxquels je n’associe pas encore de mots (je crois que ça risque de me prendre quelques voyages pour y parvenir, en fait)!  La différence est aussi riche que ces moments où l’on se retrouve autour de la passion pour le sport, pour la Nature et pour mille autres raisons.  Visite de la localité – urbaine – conférence de presse et retour au bercail seront les principales activités de cette journée.  La préparation est maintenant de mise, car à 3:30 le lendemain matin (samedi), nous prendrons un taxi pour nous rendre sur les lieux de la course.  À ce moment-là, je ne sais pas trop si je me sens fébrile ou simplement ultra-concentrée sur ce que j’ai à faire: manger, boire et re-boire, faire mon sac, dormir.

Maintenant

À 2:40, je me lève et je commence à me préparer, pour de vrai.  Dehors, il pleut.  On annonce la venue du soleil, mais je crois qu’ici, il joue un peu aux pantins derrière le rideau.  Et puis, peu importe la température, on y sera.  Alors j’avance.  J’utilise mes provisions pour remplir mes poches.  Je m’assure d’avoir de l’eau en quantité suffisante.  Je mange, assez rapidement et je prépare mon café, que je pourrai boire au vol.  Il fait noir, mais je me sens comme si le jour nous attendais depuis un bon moment déjà.  J’enfile mon imperméable, ramasse mes trois sacs, mon passeport et je file au rez-de chaussée.  Les gars y sont déjà et on nous dirige vers le véhicule qui nous acheminera vers l’effort.  Le vrai.  Celui que chacun porte dans son regard, associé à une volonté qui ne semble même pas vaciller.  Encore une fois, je me sens bien entourée par ces coureurs, expérimentés.  Nous ne nous reverrons pas une fois l’ascension entamée, mais je sais bien que chacun le vivra avec toute son intensité.  C’était, je crois, la seule option pour compléter le trajet en entier.  On fonce ou on abandonne.  Ce que quarante pour cent des participants feront, le long du trajet.  Magnifique, sauvage, gorgé de traditions jusque dans les pierres installées en chemin, au sol, mais aussi terriblement exigeant.

La première portion de la course est un marathon d’ascensions au terme desquelles les cris de victoire – pour avoir réussi à grimper – retentissent ponctuellement.  Je n’y fais pas exception.  Ça libère.  Pendant les dix premiers kilomètres, j’ai cru que mon ventre allait me perdre.  Je crois que le stress, peut-être caché, s’est permis de remonter en vagues pour s’assurer de ma conscience (ou de mon inconscience, selon la perception qu’on peut avoir de ce genre d’événement)!   Je crie en amorçant ma descente, comme une guerrière qui brandit son bâton (mon bâton de marche, en l’occurence, ou plutôt celui de mon ami Luc, outil indispensable).  Encourageant les coureurs au passage, je relance, comme un bolide, avec mes vieux souliers Speedcross.  Ceux que j’ai osé mettre avant le départ, constatant à quel point la pluie se faisait volubile.  Ces souliers que je n’avais pas vraiment portés depuis quatre ans, qui étaient sillonnés de déchirures, comme de grosses rides, mais qui voulaient beaucoup dire pour moi.  Les crampons étaient efficaces, alors je pouvais danser en courant.  C’était fluide.  Jusqu’aux escaliers et aux ponts de pierres.

Ceux-ci font probablement partie du patrimoine naturel et historique de la place.  Il y a quelque chose de particulier dans l’agencement des pierres, dans leur positionnement, dans leur grosseur, quand on parle de petits ponts.  Et, tandis qu’il pleut, ces rochers luisent comme une étoile qui brille de mille feux.  J’ai vu plusieurs chinois les enjamber avec une grande confiance.  J’en ai aussi observé quelques uns qui sont revenus, clopin-clopan, étourdis par une chute au sol.  Je me met à parler avec le sentier – mentalement – et à respirer comme un bouc pour bien me concentrer sur la progression.  J’ai alors un peu peur, mais le fait de respirer m’aide à poursuivre.  Je tomberai quelques fois, sans trop saigner.

Les montées sont longues et les descentes se présentent comme des bénédictions – sauf celles avec des roches, qui doivent être inspirées de la Muraille de Chine.  Peut-être que la route du sel s’y rend, mais aujourd’hui, je crois que 109km feront l’affaire.  J’y réfléchirai une autre fois!  Quelques coureurs s’accrochent à mon rythme et me suivent, heureux, je crois, de pouvoir avancer avec quelqu’un.  Je n’en n’ai pas trop l’habitude, je l’avoue, alors ça me demande un effort de concentration.  Mais je sens bien que certains se sentent réconfortés.  Alors je fais preuve de patience.  Après tout, il m’est arrivé, dans les heures précédentes, de prendre deux fois le mauvais tournant en suivant des coureurs moi aussi ( et une fois supplémentaire en entrant en mode fusée: j’ai alors raté la signalisation).  Je m’en suis voulu, mais j’ai également trouvé bien drôle le fait d’en rire à trois plutôt que seule.

Sur le parcours, on retrouve neuf arrêts permettant de s’approvisionner, de se reposer au besoin…et de prendre des photos!  Je me sens assez efficace et je fais rapidement le relais de l’un à l’autre.  J’ai, avec moi, la potion d’huiles essentielles de mon amie Chantale et je m’en badigeonne comme d’une protection à toute épreuve.

Après le sixième point de contrôle, je sais que les montées se feront un peu moins abruptes, mais les rochers et les bambous, au sol, sont légion.  C’est un peu délicat, pour l’équilibre, cependant, on y arrive. Il suffit d’observer et d’écouter les chinois.  Je ne comprends pas vraiment ce qu’on me dit alors, mais je crois que c’est un encouragement à laisser aller et à ne pas trop chercher la ligne parfaite.  Et après tout, c’est bien vrai: de toute façon, ça glisse, alors aussi bien glisser avec le courant.

Alors que le jour commence à tomber, je m’égare dans les herbes hautes.  À ce moment, je me dis qu’il faut quand même faire preuve d’inconscience pour se lancer ainsi en territoire inconnu.  Heureusement ou malheureusement, c’est une pensée qui me fait sourire. Parce que je me sens ici, maintenant, comme une enfant qui découvre la vie.  Et je me rappelle ceci: un GPS est accroché à ma veste (il parle une autre langue que la mienne, mais il fonctionne) et il y a maintenant, devant moi, puis derrière moi, deux chinois qui se sont aussi égarés. Nous prendrons donc le temps de communiquer, en signes, pour conclure que le gps des montres avait tord.  Je crois que j’ai dû retrouver les balises avec mon intuition.  C’est la seule explication!  Enfin, heureux, nous avons repris chacun nos rythmes de course pour continuer sur le bon tracé.

 

La nuit, à nouveau

Éventuellement, les balises deviendront phosphorescentes et les coureurs se feront plus rares.  Je m’arrête, au huitième point de contrôle, pour manger et boire un peu.  J’en repars avec, je crois, les cernes aux yeux.  Quelques vingt minutes plus tard, la nausée me prend.  À ce stade, peut-être est-ce un mélange de fatigue et de courbatures retenues, mais j’ai comme un doute.  Doute qui se confirmera le lendemain matin, alors que je me sentirai toujours aussi nauséeuse, jusqu’à ce que je consomme des granules chinoises, éventuellement doublées de charbon activé.  J’espère encore, en ce moment, que les photos de la cérémonie de remise des médailles et des prix ne m’aura pas immortalisée avec un air trop piteux (une petite mine)!

La dernière vingtaine de kilomètres est située en zone habitée.  On court sur un pavé double, qui fait office de route pour les voitures.  J’avoue que je me suis demandé, sur ce tronçon, si j’allais enfin y arriver.  Les balises se font rares, alors je ralentis pour m’assurer de me diriger au bon endroit.  Les signaleurs, aux intersections, sont endormis avec leur bâton lumineux en main ou posé à leur côté.  Il se fait tard.

Je ne me précipiterai pas à l’arrivée, me demandant, jusqu’aux derniers trois cent mètres, si j’ai emprunté la direction qu’il fallait.  En apercevant les lumières, qui se rapprochaient , je prends soin de demander (de gesticuler) à un homme, en voiture, pour savoir si le “Finish“ se trouve bien vers la gauche.  Lorsqu’il me pointe cette direction en me répétant “finish“, je me dis que j’ai réussi.  Les larmes montent.  J’ai toujours les bâtons de Luc dans les mains et la montre d’Anne au poignet.  Je ne sens assurément plus les huiles essentielles, mais ça ne m’empêche pas de sourire. À quelques cent mètres, je vois une grosse banderole, le directeur de course, Martin, qui tient un bouquet de fleurs et une douzaine de photographes.  Pas de musique, mais il me semble qu’il se passe quelque chose.  Je traverse au-delà de la banderole, je grimace, puis je crois que mes yeux s’allument.  Martin, adorable et si sérieux à la fois, m’annonce que je suis la première femme rentrée au bercail.  Je ris à chaudes larmes (si c’est possible)!  J’ai perdu beaucoup de temps en m’égarant, alors je savoure cet instant.  La nausée est toujours présente, mais, rendue là, je me dis que c’est un détail.  Martin et Jack, ami journaliste, me conduisent à la tente de repos.  Je ne sais plus quelle heure il est.  J’apprécie.  On discute un peu, puis Jack et le chauffeur de taxi me reconduisent à l’hôtel, où la douche deviendra rédemptrice.  Je n’arriverai pas à dormir.  Le lendemain, à l’heure du départ pour Shangaï et l’aéroport, j’écrirai que mon corps est sous le choc.  Depuis, j’oscille entre le “wow“ et le “ouch“.  Ça devrait se replacer dans les prochains jours!

 

Long sentier, long voyage et long retour.  Malgré tout, à chaque instant, j’ai été accueillie comme une hôte d’exception.  Moi et mes collègues avons été choyés et accompagnés de toutes parts.  Nous avons été reçus comme les membres d’une grande famille.  Je me sens encore touchée de toute cette énergie déployée pour faire de notre aventure un lieu magique.

Ce soir, à Orford, mes quadriceps se plaignent.  Pourtant, j’y retournerais, là, tout de suite.  J’ai le coeur gros.  Cent onze kilomètres en Terre chinoise qui représentent un immense trésor, dans la vie comme en tant que coureuse.  J’en veux d’autres.  Des  milliers de kilomètres, aller-retour, pour toucher la nature des gens et la nature dehors.  Merci.

Merci à Endurance Aventure et à Huway pour l’invitation.  Merci à Christian Etard pour son accompagnement et le partage de sa présence.  Merci à Chantale pour avoir lancé l’opération “Expédions Isa en Chine”.  Merci à tous mes amis, précieux intervenants dans la réussite de ce projet.  Merci encore à mes gardiennes, à mes enfants qui m’ont laissée partir.  Merci à Ann et à Simon, qui m’ont accompagnée en énergie.  Merci à ma patronne, généreuse de son temps et de ses encouragements.  Merci à mes collègues.  Merci à mes parents, pour leurs présences à leur façon.  Merci à Christian et aux autres collègues français, qui ont partagé leur soupe et leurs minutes avec moi.  J’y navigue encore.

Un merci tout spécial à Christine, Martin, Johnson, Jack et aux autres gens dont je ne connais pas le nom encore; vous m’avez ébahie, émue et fait ressentir tellement de gratitude. Je sais que vous travaillez sans relâche pour assurer la réussite de cet événement.  Chapeau!

Nǐ hǎo

À bientôt, avec mes chaussures


*Photos: Jack, China Daily

La ligne

 

Une ligne est comme une vague, une aurore boréale, un chemin qui bouge. Tu peux choisir de la suivre, de la longer, de plonger dedans, de t’y laisser porter avec le souhait, fort, fort, que ça continue d’avancer.  Avec l’idée, peut-être, d’être là, juste là.  Prêt pour le prochain moment.

En plein air, des lignes, il s’en dessine partout.  La nature regorge de tracés qui font sourire, qui font frémir, qui respirent.

Quand je cours, je vois cette ligne défiler devant moi, comme une surprise, à chaque instant.

C’est un peu ce que j’ai transposé à la vie, au quotidien, je crois.  L’instant, la surprise, la joie, le droit d’aimer ça.

Il arrive que tes deux pieds se retrouvent plongés dans la « bouette ».  Un détail

Il arrive que ta lumière ne semble pas éclairer autant que tu le voudrais.  Une étoile

Il arrive enfin que tout se passe très vite – ou l’inverse, trop lentement, c’est selon – Et que tu doives te rappeler comment vraiment respirer. Une perle

La ligne, c’est ton chemi.  C’est mon chemin.  C’est cette seconde-là où tes deux yeux sont grands ouverts et que tu te permet de rêver tout haut.  Comme ça, simplement.  Comme ça, avec conviction, parce que ça vient de ton coeur.  Il s’agit de bien plus grand qu’une bulle; c’est un univers en soi.

L’une aurore boréale

Une vague

Une ligne

Quand tu te retrouves les deux pieds sur une montagne, dans un sentier, dans l’eau ou en bord de route, les yeux accrochés à maintenant, tu vis.

C’est ce que j’appelle un 360• avec la réalité.  Et c’est ce 360• – là qui se synchronise avec les lignes du rêve, celui-là même pour lequel, un jour, tu t’es fixé des objectifs.

Là, maintenant, je me dis que ça ne se passe pas toujours comme on se l’imagine.  Ça fait partie de la surprise.  C’est déroutant.  Et c’est magnifique.

Aujourd’hui, je suis ma ligne.  Elle s’en va vers Jiangshan Station, en Chine.

Je t’en reparle dans quelques milliers de kilomètres.

Après les montagnes

Après « la trail »

Après la course

« Rock on »

Merci à Endurance Aventure et Huway pour cette incroyable aventure!

Merci à mes amis et amies, à toutes mes gardiennes et à cette grande famille qu’est le monde de la course en sentier!

 

122 km pour le Tour du Lac Memphrémagog

Crédit photo: François Martin et Five Peaks Québec

Préambule

Ces jours-ci et les semaines qui suivront seront peuplés de d’événements de course, qu’il s’agisse de course en sentier ou de course sur route.  C’est la saison où les défis annuels prennent l’élan sur les pieds de ceux et de celles qui se sont donné comme objectif un trajet spécifique et, peut-être, un temps au chrono.  Pendant que j’écris, certains de mes amis courent.  Ils mettent leur corps à l’épreuve, tout autant que leur tête – et tout ce qu’elle contient comme capacité mentale – sur la sellette. Je les admire.  Comme j’admire chaque être qui ose avancer et faire le choix d’aller toucher un peu de ces rêves qui foisonnent, peu importe le type d’intérêt, de passion ou de domaine.

On dit souvent que la peur et l’amour sont les principaux moteurs de l’activité humaine, de nos croyances, de nos routines.  Outre nos capacités biomécaniques, il s’en passe beaucoup, dans le corps.  On se conditionne, on se motive ou on se déprime, les uns les autres, par exemple.  On peut tenir la barre de sa vie et se sentir mort de trouille (“avoir la chienne“, pour les intimes/les intenses). Ou, inversement, pas du tout.  Et, quand on ressent la peur, quand on “prend le bateau” et qu’on avance, il se produit quelque chose de bien particulier.  On peut appeler ça un petit miracle si on veut, mais il reste que, dépassé le stade de la crise d’anxiété ou de la probable attaque de panique (j’exagère à peine), il y a l’endorphine.  Et c’est saisissant.  Au-delà de tout ce qu’on peut vivre entre les deux, le sourire et la lumière dans les yeux des gens plongés dans cette aventure est à couper le souffle.  À tout coup.

Ça fait partie de ce que je retiens, de la passion, de l’amour.  Je pense que c’est ce qui inspire tellement de gens à sortir, à se mettre en mouvement, à se fixer des objectifs.  Et c’est ce qui me donne envie de bouger, encore et encore.  De courir la planète tout entière, littéralement. Pourtant, j’ai encore peur, à peu près à tous les jours.  Et là je pense à toi, qui est entrain de courir en forêt, à toi qui t’entraîne pour ton marathon, à toi qui surfe la vague sur ta planche, à toi qui rame pour toucher le soleil, à toi qui grimpe jusqu’au ciel, à toi qui parle, à toi qui roule, à toi qui nage, à toi qui marche, à toi qui médite aussi.  Et je me dis: on a un coeur qui bat.  Juste ça, c’est tout un cadeau!

Le défi

Pas besoin de lunettes pour t’imaginer que je réfléchis beaucoup.  On m’a souvent dit que je me posais trop de questions. Je l’accorde.  Bouger fait partie de ce qui me permet de mettre l’interrupteur à off.  D’être là, juste là.  Pleinement.

C’est comme ça qu’est arrivée l’idée de courir 122km.  Je n’ai pas toujours les mots pour exprimer ce que je ressens, ce qui vient, ce qui reste collé sur mon coeur (la petite crotte, comme certains l’appellent) ou ce qui se remue dans mes réflexions.  Courir fait circuler, au-dedans et au-dehors.  Et je pense que c’est le propre de nombreuses disciplines, outre l’amour et la passion pour lesquels on les pratique.  On élague, on fait le ménage, on se concentre sur le moment, sur tout ce qu’on peut y donner, sur ce qu’on est, sur ce qui vibre, complètement, à partir de soi.  Ça tient du dépassement, à des degrés variables.  Ça réaligne.  Ça transforme aussi.  J’en avais envie, depuis, longtemps, mais j’avais peur.

So what?  Samedi, 3:20.  Je n’arrive plus à dormir.  L’atmosphère est calme. Je pense à toi, Izna et à toi aussi, Arielle, vous qui dormez paisiblement chez papa.  Je pense à tout ce que je ne veux pas oublier, au trajet et à mes amis qui m’attendront à différents endroits, en cours de route.  Nous nous sommes bien préparés et pourtant, là, chez moi, je me demande encore si je suis prête.  Vraiment prête pour l’étape d’aujourd’hui: courir 122 kilomètres de route et de gravier.

Les minutes passent et je n’arrive pas à me rendormir.  J’ai l’impression de ressentir la présence de tous ces gens à qui j’ai parlé de ce projet, de cet objectif, de ce qu’il représente.  Le rendez-vous est prévu pour 4:40.  J’ai rendez-vous avec mon équipe, mais aussi avec moi-même, avec Émilie et Jean-François, ma soeur et mon frère, qui se trouvent peut-être quelque part, comme un satellite, autour de la Terre (lire: ils sont décédés).  Je me suis promis que cette journée en serait une pour leur rendre hommage, pour leur dire au revoir, pour passer le flambeau à mes cocottes, à la jeunesse au sens large. Le temps passe vite.  Comme à l’habitude, j’ai quelques minutes de retard.  Je me précipite dans la voiture et je roule jusqu’au point de départ, en l’occurrence, l’École secondaire La Ruche, à Magog.

À 4:50, ce matin-là, il fait déjà bien chaud.  Veronic, Luc et moi fignolons les derniers détails, incluant le fait de mettre mes souliers et d’enregistrer la petite vidéo qui me fera sourire.  Je nage dans la gratitude: leur présence est un gigantesque cadeau! Au menu: un trajet qui monte et qui descend, où s’étalent des paysages bucoliques, la lumière, quatorze points de contrôle (établis pour la course à relais de la fin septembre), de nombreux coins pipi et autres possibles (il peut paraître curieux de le nommer, mais, dans un projet comme celui-là, c’est capital), sans oublier l’humidité.  Je n’ai pas beaucoup dormi, je sais que mon corps se sent fatigué de sa grosse semaine de travail et de réflexion, mais je ne le perçois plus.  À 5:10, je suis une boule de fébrilité.  À 5:15, le départ est donné.

Extrait vidéo: crédit Luc Desautels

En matinée

Veronic m’accompagne à vélo et Luc nous rejoindra, en chemin, pour prendre le relais de Vero.  Le temps est bon et l’aube, sa tranquillité, me font un effet quasi  magique.  J’aime sentir l’air sur ma peau, redécouvrir la route à chaque instant et prendre le temps d’écouter la nature.  La ville dort encore.  L’esprit paisible de ce premier bout de route nous suivra pendant pratiquement toute la journée.  Je lève mon chapeau à Vero qui, du haut de son vélo, monte la côte Southières, en grande partie, tout en parlant.  Le chemin des Père nous accueille avec un soleil qui commence à se lever.  Au PC 1, Anne nous attend.  Elle nous accompagne pour les trois prochains relais (PC 2,3 et 4).  Luc roule à vélo, Vero conduit le camion.  La roue tourne et le soleil nous sourit toujours.  Anne redécouvre des paysages qu’elle apprécie beaucoup et moi, j’ai le plaisir d’écouter et de sourire à tout ce qui se dit, à ce qui se pense, ici et là.  Ces moments sont précieux.  Et même lorsque les pentes sont raides, on se tient les coudes, comme on dit.  Près du PC 4, Michel et Jocelyne apparaissent – je ne m’y attendais pas.  L’impression d’être si bien entourée et le plaisir de voir tous ces sourires réchauffent le coeur.  Mes orteils, par contre, me crient à l’aide.  Je me permet alors de changer de paire de chaussures.  Je pense à mes deux cocottes, probablement réveillées maintenant.  Et je me dis que je les aime, plus que tout.

La matinée en sera une remplie d’instants uniques et de nombreux arrêts aux toilettes, chose qui, heureusement, se corrigera en après-midi.  Je ne m’étendrai pas sur le sujet, mais, en tant que femme, gérer certains besoins primaires, mensuellement, peut aussi représenter un défi en course.  L’approche du poste de douanes (frontière américaine) et l’apparition de nombreux papillons Monarque ont finalement eu, je crois, raison du stress, du petit trémolo intérieur.  Pourquoi les Monarques? Parce que je les ai croisés comme si on me faisait un signe.  Comme si mon frère était là, dans cette nature.  C’est un symbole qu’on lui avait associé. Curieusement, les Monarques nous ont côtoyés pendant toute la section qui mène au premier poste de douanes.  Rendu là, je crois qu’ils se sont dit qu’il faisait trop chaud!  Luc en vélo et moi, escortés par Vero en camion, avons pris la file des voitures pour attendre le passage.  J’en ai profité et me suis permis de m’étirer sur place.  C’était cuisant.  Notre tour venu, nous avons été reçus par le douanier avec le sourire.  C’était tout simple: tirade sur Forest Gump, allusion aux Iron Man (pas du tout dans ma ligne de mire), quelques rires et de beaux souhaits pour la journée nous ont propulsés de l’autre côté de la frontière, aux États-Unis.

Crédit photo: Veronic Larocque

De l’autre côté

Avec la chaleur, le besoin de boire était grand.  Luc et Veronic me l’ont souvent rappelé, ce qui m’a sauvé de nombreuses crampes.  Enthousiastes, nous nous sommes même permis de nous rajouter quelques kilomètres  – et de la côte – en oubliant de bifurquer sur la rue qui allait nous mener au prochain point de contrôle!  Après avoir fait demi-tour,  nous avons croisé la ferme Chaput que de nombreux coureurs, pendant la course à relais, voient approcher, je crois, comme un point névralgique de soulagement.  Parce qu’à ce stade, il fait habituellement vraiment chaud.  Notre journée n’y fait pas exception.  On continue d’avancer avec une certaine excitation, comme la ville de Newport approche.  Newport, en bordure de l’eau.  Newport, là où on prendra la piste cyclable qui mène au poste de douanes de Bee Bee/Stanstead.  Je ne vois alors plus de papillons, mais les sauterelles abondent.  Je me dis que c’est une belle coïncidence et je décide que c’est probablement le symbole associé à ma soeur.  Il est possible que ma mère ne considère pas cet insecte comme un signe très poétique, mais, ici, maintenant, il semble prendre tout son sens pour moi.  Et je me dis que les sauterelles sont magnifiques.

Après un moment d’hésitation quant au trajet, Luc ayant hélé une conductrice du coin pour se renseigner, nous nous dirigeons vers l’embouchure de la piste cyclable en question.  Au même moment, on peut voir passer le camion que Vero conduit, au loin, et réaliser qu’elle bifurque au mauvais endroit.  C’est la panique!

Notre entrée sur le parcours des vélos se fait donc à grands renforts de prières, de textos et de tentatives de messages vocaux perturbés par les absences de réseau.  On tente de communiquer.  C’est difficile.  Et moi je ralentis.  Je marche pendant une minute ou deux, en écoutant la conversation.  La cadence reprend tranquillement et on se rend compte que je n’ai pas assez mangé.  Hypoglycémie.  J’accepte un tube de miel sur les conseils de Vero, au bout du fil, malgré la peur d’avoir envie de vomir.  J’ai encore eu peur.  Résultat: je crois que j’ai passé le reste de la journée à remercier toutes les abeilles de la Terre, à vénérer mes amis et à sourire parce que je pouvais courir plus vite.  Au final, c’était très positif, puisque nous avons atteint le deuxième poste de douanes en observant, au loin, Veronic, qui avait réussi à nous rejoindre, accompagnée de Carmen, Alain, Chantale et son amie, Jocelyne et Michel.  En attendant notre passage, je pouvais voir Carmen, entrain d’installer le tapis de yoga au pied d’un arbre.  Je savais qu’elle allait me demander de m’installer au sol, les jambes appuyées sur l’arbre.  Plus tôt, je m’étais dit que je n’en n’aurais pas besoin.  Mais là, après quelque 85 kilomètres, j’avoue que l’idée était tentante.

Dans la file d’attente, Luc plaisante encore.  J’en retiens que c’est aussi important que de boire et de manger, quand on entreprend un défi.  Le douanier, cette-fois ci, semble Français.  Il nous parle de son ami, qui s’amuse à courir tous les cols de France, pour le plaisir.  C’est quand même rafraîchissant et assez rapide.  La joie se fait sentir à franchir enfin la douane, après avoir assisté à la fouille de plusieurs véhicules, localisés devant nous, dans la file.

Stanstead.  L’après-midi avance.  Je cède et je m’allonge, les pieds dans les airs.  Carmen me “répare” les jambes pendant que je respire comme un chameau.  Le massage sportif est très souffrant, mais c’est aussi une bénédiction.  Je me ravitaille, change de camisole et on repart.  Je suis accompagnée par Alain à pied et Jocelyne à vélo.  J’ai l’impression d’avoir des ailes.  Je louange Carmen et mon autre amie Ann, qui pense à nous, de chez elle.  Mes jambes ne sont plus lourdes et, malgré la chaleur, j’accélère progressivement le rythme.  Je sais qu’il fait encore très chaud parce que le visage d’Alain est vraiment rouge!  Le parcours qu’il a choisi de courir avec moi est celui qui mène jusqu’à Bleu Lavande et qui se poursuit, pour arriver au PC 12, près de la maison de la Sorcière, à Fitch Bay.  Dans le stationnement de Bleu Lavande, Michel et Carmen nous saluent.  Carmen prend le relais d’Alain, qui termine honorablement son bout de chemin.  Et c’est reparti, sourire aux lèvres, pour une belle descente.

Crédit photo: Michel Lachance

L’arrivée au point de rencontre de Fitch Bay se fait dans l’émoi.  On approche.  La prochaine section est assez corsée et Michel s’est donné le mandat de courir avec moi à partir de ce point jusqu’à la fin du parcours.  Je me sens émue.  La présence de chacun, le coeur grand ouvert, me remuent.  Je sais que je me sens fatiguée, mais j’avance avec fluidité…enfin, c’est l’impression que j’en ai.  Le rythme est bon et la fin de la journée nous porte de côte en côte en nous présentant une nature et des villages toujours aussi beaux.  Luc roule à vélo.  Il me semble curieux d’en être déjà rendue(s) là.  La villégiature semble appeler les célébrations de fin d’été.  En une trentaine de km, nous avons bien dû croiser cinq fêtes, données à grands renforts de musique et de rires.  Passer au travers d’un party, c’est comme danser en courant.  Un petit boost de plus.  J’ai soudainement l’impression que le poste de pompiers du PC 13 se trouve bien loin.  Et, dans la surprise (je ne reconnais pas trop le parcours à ce moment-là), on y arrive.  Tout le monde est là.  Il est temps de mettre les dossards avec réflecteurs et les lampes frontales.  Tout me semble bien particulier.  On va y arriver.  Pour de vrai.  Je pense aux enfants, à mes filles aussi, Izna et Arielle.  J’aimerais bien qu’elles y soient.  Veronic et Carmen sont à vélo et nous reprenons la route.  La fébrilité monte.  Les larmes aussi.  Ma lampe frontale ne fonctionne à peu près pas, mais, à ce stade, j’ai l’impression que tout est éclairé partout.  Outre la senteur de hamburgers, le Mc Donald’s, au coin du centre de Magog, dégage un air de fête lui aussi.  Il ne reste plus que quelques kilomètres à franchir.  Je croyais qu’à cet endroit, je n’en pourrait plus de rêver à mon popsicle, mais, tout ce qui me vient, c’est: “on y est.  Vraiment.  Aujourd’hui”.  J’y pense depuis un bon trois ans et c’est maintenant que ça se passe. OMG!

Crédit photo: Jocelyne, Alain ou Carmen

Presque, presque…

C’est la fête au centre-ville aussi.  Moi, je cours avec Michel.  J’ai l’impression que ma peau est un voile et que je suis hier, aujourd’hui et demain en même temps.  Un feeling difficile à décrire.  J’ai les yeux dans l’eau et le sourire aux lèvres.   Est-ce que ça fait partie de l’effet que fait un pèlerinage pour celui qui l’entreprend?  Je n’en n’ai aucune idée, mais je me dis que ça doit être ça.  On croise la microbrasserie, puis on bifurque à gauche, sur le plat de la piste cyclable, à la Pointe Merry.  Il fait tout allumé partout.  Les marcheurs sont nombreux.  L’horloge (monument) et le feu de circulation du dernier 2,2 km approchent.  J’entends des applaudissements.  Je me dis alors que les marcheurs sont bien zélés.  Et puis je vois Anne, Luc, Dominic, Jocelyne, Alain, Robert et plusieurs autres amis, collègues et coureurs qui tapent des mains de plus en plus fort à notre approche.  Ce moment-là, je ne l’avais pas anticipé.

J’ai envie de fondre, d’émotion, de gratitude aussi.  Comme on le fait lors de la course du Relais, les derniers km sont parcourus en groupe, avec le bagage de toute une journée, remplie d’expériences et d’apprentissages.  Je parle peu, comme si j’avais peur – encore – que mes larmes ne coulent.  Et je te confie qu’il faudra que je me retrouve seule devant ma cuisinière (mon fourneau), après une incroyable nuit de sommeil, pour que ça se produise.

L’arrivée à l’École secondaire La Ruche se fait dans ce vent de sensations et je m’arrête, avec les amis, en haut de la montée, juste devant les portes de l’école.  Outre l’envie de pleurer (et de ne pas le faire), je me laisse porter par tout ce qui défile dans ma tête: mes enfants, à qui je pense très fort, toutes les portions de route, l’envie prenante de refaire ce trajet, tous ceux et celles qui sont sur place, à cet instant ou qui ont été là au cours de ces dernières années, les millions de merci que j’ai envie de distribuer ad vitam eternam.  Je n’ai encore jamais été très fortunée, matériellement parlant, mais ce que je ressens à ce moment-là vaut réellement une véritable fortune.  J’aurai éventuellement besoin de m’asseoir et de me couvrir, mais à ce moment, je me sens enflammée.  On est en vie.  Sur nos deux jambes, un verre, une bouteille ou une canette à la main et on s’entend, on s’écoute avec le sourire.  Il y a, dans chaque seconde, quelque chose de miraculeux.  C’est encore ce qui me tient.

Ce qui me donne envie de recommencer.

Ce qui fait de la vie le plus grand cadeau que l’on puisse choisir d’accueillir, même quand c’est difficile.

Je t’aime.

 

Un merci tout spécial et de taille astronomique à Veronic Larocque et à Luc Desautels, mon équipe de choc.  À Jocelyne, Carmen, Anne, Ann, Michel, Alain, Jonathan (pour avoir pris soin des cocottes), Chantale, Richard et leur Belle amie.  Merci encore à tous ceux et celles qui ont croisé notre route en ce 25 août, à ceux et celles qui nous ont accueillis à Magog. 

Merci à Monsieur Trudeau, du Reflet du Lac et à chacun qui contribuant, d’année en année, à amasser des fonds pour la Fondation Christian Vachon, à l’occasion du Relais Memphrémagog.  

Pour certains, ce projet en est un tout petit.  Pour d’autres, il est énorme.  Je crois que ce qui compte, c’est l’expérience.  Et le fait que cette expérience conduise à d’autres expériences.  C’est ce qui nous donne envie de respirer, toujours, chaque jour. Et c’est ce qui nous permet de nous inspirer les uns des autres. Les uns avec les autres.

À tout bientôt,

Isabelle 

 

À propos de l’entraînement et de la différence

Photo: Bill Maynard

Crédit photo: Bill Maynard

Ce soir, comme depuis les trois dernières semaines, je me disais que j’allais écrire quelque chose qui tournerait autour ”d’ouvrir ses ailes”.  Et c’est alors que j’ai croisé cette photo (ci-haut).  Je n’ai pas pu m’en empêcher: j’ai bifurqué.  Presque instantanément, tout ce que j’avais en tête, c’est ”accepter sa différence”.  Nous sommes uniques et en même temps, tellement semblables sur certains points.  Qu’on soit solitaire qu’on se tienne en meute ou en club, on est humains.  Qu’on grandisse ou pas, on peut se fixer des objectifs, relever des défis, avoir des rêves.

On peut juste vouloir profiter de la vie.  Survivre pour certains.

On peut enfin se permettre de se sentir fatigué, avoir le droit d’être vulnérable, d’entendre le silence.  Faire du bruit, de temps en temps.  J’écris ça comme ça, mais bon, ça peut être large.

En ce moment, je pense à l’entraînement, au sens sportif.  Je demeure tout de même convaincue qu’on peut appliquer cette réflexion à toutes les sphères de la vie.  Quand je m’entraîne, j’ai souvent la sensation de méditer.  C’est apaisant.  Éreintant, parfois, et tellement satisfaisant en bout de ligne.  Parce que ça peut permettre aux émotions de circuler, comme la fluidité du mouvement quand on bouge. Bouger pour permettre au corps de prendre un souffle, de vivre autrement ou un peu plus, de se reconnaître.

Accepter sa différence, c’est aussi sortir de sa zone de confort.  S’offrir le luxe – ou le rudiment – d’aller à petite dose, moyennement ou beaucoup vers ce qui peut nous insécuriser, nous faire sortir du cadre et peut-être aussi sembler anormal ou étrange.

C’est aller vers ce qui nous titille sans nécessairement avoir la réponse au ”pourquoi?”.  C’est faire ce qui nous branche (nous allume) sans trop y réfléchir.  Entreprendre une action.  Oser.  Et potentiellement se faire peur.

C’est là qu’on se retrouve.  Au carrefour des grands défis ou de ce qui peut nous sembler impossible, hors de question.  Ce moment où on se dit que c’est un peu fou.  Et puisqu’on en a eu l’idée, puisque ça nous a effleuré l’esprit, on peut en venir à la conclusion suivante: ”pourquoi pas”?  Il existe, bien entendu, trente mille raisons (j’exagère à peine) pour appuyer l’idée d’oublier le projet, le défi, l’objectif, la flamme. Elles sont souvent bien en vue, bien évidentes.  Il est d’ailleurs assez facile de se convaincre de renoncer en s’y accrochant, quels que soient leur poids et leur fondement.

Il existe aussi, dans un espace fort discret, ces raisons pour lesquelles il pourrait être intéressant d’entreprendre, d’avancer et de dire oui à ce qui nous semble fou ou carrément disjoncté.  C’est ici que se trouve la ligne.  Et le choix, celui qu’on doit faire.

À l’entraînement, comme ailleurs dans la vie, il arrive qu’on doute.  Qu’on change de trajet, qu’on réoriente.  On peut relever un défi de toutes sortes de façons, quelques soient nos motivations.  C’est ce que j’apprécie tout particulièrement: on peut reconnaître ce qu’entreprend une autre personne, s’émerveiller et apprécier les idées qui peuvent émerger de l’inspiration.

Accepter sa différence, c’est ouvrir les yeux sur ce qui nous appartient, sur le chemin qu’on choisi d’emprunter et surtout, sur la voie qu’on trace.  Certains diraient ”on se fout de ce que pensent les autres!”.  Même sans y aller aussi rudement, on peut reconnaître que, dans le respect de chacun, bien entendu, c’est une phrase qui peut valoir son pesant d’or. Une invitation à laisser aller le jugement, à s’ouvrir à soi comme aux autres.  Comme cette pensée qui dit ”Dance like nobody’s watching” (Danse comme si personne ne te regardait).

À partir de là, on fait de son mieux.  Qu’on pousse ou pas, qu’on tombe, qu’on fasse une erreur ou qu’on ait un énorme sentiment d’accomplissement, ça se passera toujours un pas à la fois.  Enfin…à la marche ou à la course.  À appliquer autrement pour le vélo, la rame, la nage, la planche, l’escalade, le vol plané, etc.!

De temps en temps, il m’arrive de courir et d’avoir l’impression que mes jambes sont lourdes.  Que j’avance comme un tortue.  Il y a de ces jours où je nage en entendant ma tête me dire que mes bras bougent bien étrangement.  Et quand j’embarque sur la selle de mon vélo, je me sens comme un dinosaure au moment où je pédale, puis comme une extraterrestre quand j’en descend (mes cuisses écopent)!  Lorsque je danse, je peux me sentir éclatée.

Pourtant, je continue.  Je me parle.  Parce que j’ai une idée, des objectifs, un défi, un rêve.  Parce que j’ai envie d’entendre ma petite voix.  De lui faire une place.

Accepter sa différence, c’est se permettre d’y accéder.  Y croire. Y aller.

Avec les obstacles. Avec les imprévus.  Avec tous ces moments et ces surprises pour lesquelles la solution peut parfois sembler cachée.

On peut parler d’être patient.  Résilient, peut-être.  J’appellerais ça avoir le cran d’être soi-même.  Avoir le cran de se voir et de voir les autres aussi.  Parce que c’est comme ça qu’on progresse, au quotidien, à l’entraînement comme ailleurs. Peu importe ce qui nous motive, ce qui nous inspire, il y a toujours place à avancer.  À grandir, à sourire.

Enfin, pour illustrer l’idée, on peut se dire que le beurre ne vient pas toujours avec le pain, mais, invariablement,il est possible d’en trouver quelque part.  C’est une question de choix, de perception et peut-être d’ouverture.  Il peut y avoir tellement de variétés différentes de pain et de beurre qu’il pourrait être fabuleux ou difficile, c’est selon, de choisir les saveurs qui nous conviennent.

Ainsi en va-t-il de l’entraînement, comme de la vie.  On peut voir ce qu’on veut bien voir ou encore voir ce qu’il y a à voir (option qui s’avère, en général, être beaucoup plus vaste).

P.s.:  Pour ceux et celles qui s’entraînent: les glucides ont toujours une valeur aussi importante, alors j’opterais pour le fabuleux – le pain, avec le beurre!

P.p.s: Le fabuleux, ça se trouve partout.  Il est conditionnel à la façon dont on regarde.  Avec nos différences.

P.p.p.s:  Merci aux hérons – bien mouillés, mais pas poules du tout!

 

Action!

 

 

Five Peaks Orford – tuque, collines et montagnes

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J’écris, ce soir, avec ma tuque Five Peaks sur la tête.  Il ne fait pas vraiment froid en ce moment, mais ça me fait un effet réconfortant.   Parce que, courir dans nos petites montagnes, c’est toujours une aventure.  Un voyage.

Dimanche matin, en arrivant sur le site de la course, enveloppée dans ma couverture, j’ai ressenti le trac associé au départ, imminent, qui allait être donné.  J’avais épinglé, sur ma veste d’hydratation, le cœur en feutre que ma fille (ma presque petite) m’avait fabriqué.  Parce que j’avais, ce matin-là, un peu peur de partir.  De laisser mes cocottes à la maison, pour une première fois, en pleine autonomie et entourées de trois autres enfants, dont un tout petit.

À cinq heures am, je mangeais ma chocolatine en écrivant des mots d’amour – des conseils, des consignes, des renseignements…et des numéros d’urgence, au cas où – à mes enfants.  J’avais rempli mon sac d’hydratation, rassemblé tout ce que je comptais apporter avec moi et j’avais pris soin d’aller contempler ma troupe de lutins, encore endormis.  La veille, j’avais temporairement adopté trois cocos (ça m’arrive, de temps en temps) et, miraculeusement, j’avais réussi à dormir.  Je crois avoir répété au moins quinze fois, ce soir-là, qu’il était impératif de se reposer avant d’entreprendre un défi.  Que cinquante kilomètres, ça demandait quand même un peu d’énergie.  Enfin, je ne sais pas trop comment on y est parvenus, mais tout le monde a éventuellement réussi à plonger dans les bras de morphée.  Et c’est ainsi que j’ai pu me réveiller, en sursaut, dimanche matin.

Je n’échangerais pas une minute de cette journée, même si, à mes yeux, c’était la journée des montagnes, au sens propre comme au sens figuré.  Nous avions effectivement quelques sommets à gravir, puis à descendre.  Des sommets qui se laissaient désirer, pavés de racines et de rochers qui ne pouvaient qu’attirer l’œil et l’attention.  Il fallait y être.  À chaque instant.  De bout en bout, la nature, le vent, les marcheurs et les autres fous illuminaient le paysage.  Highlight numéro un: un énorme oiseau brun à un mètre ou deux de ma tête, rasant le feuillage très généreux entre deux monticules rocheux.

Highlight numéro deux : les bénévoles.  Dans une course comme celle-là, on ne peut que les adorer. Les sourires, les encouragements, les surprises, les gouttes d’eau, les incroyables festins (le ravito de la 112 est désormais passé au stade légendaire, je l’affirme) et la patience de chacun d’entre eux ont une valeur titanesque (c’est plus gros qu’inestimable)!

Old school, oui.  Et tellement vibrant. Pour moi, c’est ça, le Trail ; c’est toi, moi, lui, elle, mes snicks/tes snicks, le bois, les bibittes,les variations de température et tout ce qui se passe entre les deux oreilles.  Avec le temps, avec la distance qui passent.  Je suis convaincue que c’est en grande partie pour ça qu’un regain d’énergie se fait sentir au fil d’arrivée :  IL SE PASSE QUELQUE CHOSE.  Je sais que tu le sais.  Mais imagine : tout ça se produit au même moment, de façon différente et pourtant aussi curieusement semblable, chez tous ceux et celles qui sont sur le terrain, pendant une course.  Parce que c’est une expérience.  Une aventure.  Un défi.  La matérialisation d’un objectif que tu t’étais fixé un jour où tu te sentais inspiré (ou délirant, c’est selon).

Que tu te sois senti éreinté, illuminé, émerveillé, chaviré, pocké, amusé, surpris ou dépassé (j’inclus le féminin dans ce propos), tu vas avoir partagé une partie de ce que t’es, c’est comme ça.  Que ce soit ton empreinte de pied dans la bouette, ta sueur, ta main d’applaudissement, ton rire ou le motton que tu avais dans la gorge, tu y auras participé.  Tes souvenirs pourront en témoigner.  Les ampoules sur tes pieds ou les égratignures sur tes jambes aussi.  Le Trail, c’est faire partie de la forêt, juste un peu.

Et c’est un peu pour ça qu’on finit toujours par recommencer : on en veut encore.

Malgré la peur, malgré le manque de sommeil, malgré les jugements, qui, peut-être, défilent dans nos têtes.  Parce que le cœur fini toujours par prendre le dessus.  Et, si t’es comme moi, eh bien, le cœur, c’est un gros morceau de nature : il a besoin d’air.  Il a besoin de mouvement.  Il a besoin de cette chaleur qu’on dégage quand on entreprend quelque chose qui nous interpelle profondément. Quelque chose de vrai.

Et quand on partage un brin de sentier avec d’autres, aussi fous que soi, quand on entre en collision avec cet instant qu’on s’était préparé à vivre, ça se fête.  Pendant des heures…et des heures, en fonction de nos capacités respectives.  Jusqu’au bout de ce qu’on peut donner, recevoir, offrir et pousser.  Ou peut-être pas.  On peut aussi choisir d’être entre les deux.  Quoi qu’il en soit, c’est quelque chose.  Et un moment donné, on s’arrête.  Parce que c’est le temps.

Rendu là, à chacun sa façon.  Bien humblement, je peux te dire que moi, en courant, j’ai pensé à manger un Mr Freeze pendant un bon trois heures.  J’avais hâte de croquer dedans – ce que j’ai fait, bien campée sur une chaise, avec ma nouvelle tuque.  J’avais hâte d’appeler mes enfants pour être certaine que la Terre tournait encore.  J’avais hâte d’entendre les autres, de ressentir un peu de ce qu’ils avaient vécu.  J’avais hâte, enfin, d’écrire, parce que j’avais peur.

J’avais peur de moi. Du jugement, au sens large.  J’avais peur de ma peur et de mon anxiété; j’te le dis, ça va loin!  Et, pourtant, plus le temps passe, plus on dirait que derrière la peur se cachent toujours de grands désirs.  Ou des désirs à faire grandir.  Du stock à faire réfléchir.  Parce que…

Parce que j’aime ça.  Pis, toi, qu’est-ce que t’en penses?  Ça va en prendre une autre course Five Peaks, hein?

Juste un peu, encore un peu!

Parce que.

 

Un gigantesque merci à tous ceux et celles qui nous ont permis de vivre cette expérience. À Luc Hamel, Anne Roisin, à tous les bénévoles, Bernice, Vanessa, Eric et Edith, Alex, Claude, Fanny, David, Noémie, Carmen et Alain, Geneviève,  Bianca, la gang du Club de trail Le Coureur, à Chantale pour m’avoir laissé m’asseoir sur sa chaise et à ceux et celles dont je ne connais pas encore le nom ou que j’oublie, momentanément.    

Merci à Laurianne, qui a probablement prié pour qu’il y ait moins de chenilles cette année.  Merci à tous les coureurs et coureuses: vous avez été extraordinaires et inspirants.

Un merci tout aussi spécial au petit troupeau d’enfants m’ayant permis de dormir avant la course et de partir avec le cœur sur ma veste (littéralement, comme en témoigne la photo).

À 25 secondes du podium

Crédit photo: Normand Foucreault

 

Je n’ai pas fait du sport et de la course à pied mon métier.  Mais, à l’instar d’innombrables personnes, j’adore m’entraîner, me fixer des objectifs, me trouver de nouveaux défis et participer à quelques courses.  Pour moi.  Pour me dépasser, pour méditer, pour voir où j’en suis aussi.  Chacun y trouve son compte.  C’est, je crois, ce qui fait de ce genre d’activité un moment unique où tant de gens différents se retrouvent et s’essouflent en gang.

Aussi, pour une dernière fois cette saison, avec l’idée de clore une année 2017 bien remplie, j’ai entrepris de m’inscrire à une course tout près de chez moi : le marathon de Magog…la veille de l’événement!  Un beau 42 km, bien valonneux, que les habitués du coin connaissent pour sa difficulté et la température automnale, habituellement nuageuse, pluvieuse (et autrefois enneigée aussi).  C’est un défi que les gens relèvent depuis quelques années déjà et qui, comme le dirait mon entraîneur, n’est pas recommandable pour tous!  Il faut aimer ça.  Il faut se sentir prêt à avoir froid.  Il faut aussi se préparer à répéter un 21.1km qui en surprend plus d’un…et à le faire deux fois pour les marathoniens.  Les courageux, tant au 21 km qu’au 42, semblaient assez nombreux, malgré les nuages, malgré la difficulté esquissée par le dénivelé affiché du parcours.

J’en avais donc fait mon affaire pour cette année.

J’étais prête.  Fatiguée et un peu abîmée par une saison où les courses se sont avérées nombreuses et fructueuses en apprentissage, en cadeaux et en rencontres.  À mes yeux, chacune d’entre elles constituent un voyage en soi. Une façon de se découvrir.  De se retrouver aussi.  Et de mûrir.

J’avais entamé la saison 2017, au printemps, avec un diagnostic d’épuisement.  Avec la peur.  La peur de ne plus pouvoir courir, pratiquer une discipline que j’aime et pour laquelle de nombreuses personnes m’avaient encouragée et supportée.

Alors même que le soleil et la chaleur arrivaient chez nous, je me souviens être tombée au sol à la fin d’une course – un tout petit 5 km – et me dire que quelque chose clochait vraiment.  J’ai fait une pause obligée, en trichant un peu, et me suis remise sur pied en entamant la saison estivale avec les courses que je brûlais d’impatience de partager avec ces coureurs et ces coureuses qui représentent, pour moi, une grande famille.  Les défis entrepris ont été riches en expériences.  Je me suis sentie entourée, comme toujours, par d’incroyables personnes.  Par une énergie de nature et de feu.  Par la bonté de l’eau.  Et par la chaleur aussi!  En septembre, je me sentais comblée par les derniers mois, passés dehors à jouer, à m’entraîner et à échanger avec les autres.

Avec octobre est venue l’hésitation et la fatigue aussi.  Je crois que, pour une première fois depuis longtemps, j’ai réalisé que mon corps avait besoin de ces moments de pause que, bien souvent, dans l’enthousiasme et dans la vague de plaisir, d’adrénaline aussi, j’oublie de m’offrir.  À lire et à observer les défis relevés par chacun – Édith St-Amant¹, Éric Côté² et David Bombardier³, pour n’en nommer que quelques-uns – j’ai éprouvé une admiration sans borne à l’idée de ceux qui avaient osé, pour eux-mêmes.  À L’idée que tous avaient pris le temps de construire le plan correspondant à ce qui les appelait.  Dans la simplicité.  Pour le plaisir.  Et entourés de gens qui comptaient à leurs yeux.  Je me suis dit que ces moments-là, peu importe la façon dont on les qualifie, sont inestimables.  On s’en souvient.  Toujours.

C’est dans cet élan, tout de même perplexe face à la fatigue accumulée, que je me suis retrouvée sur le parcours du 42 km de notre marathon local.  Le marathon de la moustache (ou de Samuel Trudel, pourrait-on se risquer à dire) Le marathon de Magog.  À 25 secondes du podium.

Je n’y avais pas tellement pensé, puisque mon objectif, au départ, était de réussir à gérer mes glucides et mon effort pour me préserver, pour me sentir en forme au terme de la course.  Ha, ha!  Les coureurs comprendront que « se sentir en forme après un marathon ou après un ultramarathon » est tout de même un objectif ambitieux. L’an dernier, sur ce même trajet, j’avais compris ce que voulait dire « frapper le mur ».  Au 23ème km, mes jambes ne semblaient plus m’appartenir, raides comme de la pierre, et j’avais continué, jusqu’au bout, en me demandant si j’allais refaire ça un jour.

Cette année, je m’étais dit «pourquoi pas? ». Une belle fin de saison, qui faisait un peu broncher mon entraineur, avant de prendre congé de l’entraînement régulier.  Juste un petit peu.  Je ne voulais pas m’éclater.  Je voulais juste être là.

À 25 secondes du podium.  En cette dernière course de la saison, j’ai abdiqué à quelques centaines de mètres du fil d’arrivée, alors que je me préparais à doubler la jeune femme qui se tenait devant moi.  Je l’observais, depuis une dizaine de kilomètres déjà, en me disant qu’elle avait travaillé fort et qu’elle méritait d’arriver gagnante.  J’admirais son courage et sa présence.  J’ai réalisé, après la course, que je n’avais même pas pensé aux efforts que j’avais moi-même déployés pour être là, à cet instant.  En l’observant et en entendant ma collègue parler, le long de la dernière côte, je me suis demandé pourquoi j’avais fait ce choix.  En me préparant, à grands renforts de souffle, à la dépasser, je me suis demandé ce que ça changerait, d’arriver juste assez rapidement pour accéder au podium.  Et la seule réponse qui m’est venue en tête, à ce moment, avait été « la photo dans le journal ».

Et le déclic s’est fait.  Instantanément, j’ai ralenti.  Je me suis dit que je n’avais pas le droit d’enlever à la coureuse qui se tenait devant moi le plaisir d’arriver troisième.  La fierté d’avoir complété cette épreuve avec mention.  Tout au long de ces quelques centaines de mètres qu’il nous restait à parcourir, elle m’avait semblé heureuse.  Et je me sentais contentée de la sentir souriante.  Elle l’avait gagnée, cette course.

En ce 29 octobre 2017, j’ai donc franchi la ligne d’arrivée quatrième femme, quelques secondes derrière la troisième coureuse.  C’est un détail, me direz-vous.  Et vous avez bien raison.

Pourtant, j’y ai pensé pendant plusieurs jours.  Parce qu’au terme de cette course, je n’ai pas pensé à moi.  J’ai pensé à l’autre.  Ça peut sembler honorable.  Altruiste aussi.  Si on veut…mais je crois qu’au fond, il s’est passé bien autre chose en moi.

J’en retiens que, pour 2018, j’ai encore besoin d’apprendre à me choisir.  Dans le corps, dans le cœur, dans la vie comme dans la course, c’est un effort qui implique que tous nos sens soient à l’écoute.  Que l’on s’accorde le droit et le choix de prendre soin de soi.  Parce que c’est une priorité.

Et c’est là que commence tout bon entraînement.  Après le repos, coach, bien entendu!

Bravoooooooo  à tous les coureurs et à toutes les coureuses, qui étaient plus de mille, à franchir la ligne de départ et aussi la ligne d’arrivée des différents parcours du marathon de Magog cette année!

Au prochain printemps!

Ah…je risque de tricher un peu cet hiver, mais j’ai promis d’être sage; j’arriverai en mai en santé et vous aussi, je le souhaite!

 

Un énorme merci encore à tous ceux et celles qui m’ont accompagnée et aidée : Izna et Arielle, mes deux grandes filles, Jean-Pierre, mon entraîneur, les coachs du Club de Trail Le Coureur, Justin Perreault et Geneviève Tanguay, ostéopathes, Dominic Dubuc, mon apiculteur préféré, Chantale Belhumeur, naturopathe et magicienne ainsi que son conjoint Richard, Lise Bouchard, Bernice et François, Carmen, Alain, Veronic et son conjoint Luc, toute la gang du Relais, Sophie et Josée, Louise, Sylvie, Annie, Normand et Claudine, Anne Le Mat, Anne Roisin, Luc Hamel, Geneviève Monette et les joyeux lurons, Jean-Paul et Josée, Diane et j’en passe.

https://makeachamp.com/isabellebernier

Vous avez contribué à faire de cette année un moment mémorable!  Comme on dit, en bon québécois, « câline qu’on est chanceux »!

 

Références:

1. Édith St-Amant: ( http://www.beautempsmauvaistemps.com/blog/2017/10/50k-edith  )

2.  Eric Côté: ( http://www.beautempsmauvaistemps.com/blog/2017/9/ultra-trail-du-bout-du-monde  )

3. David Bombardier: ( https://unpasalafois.ca/2017/10/03/ma-trotte-legendaire-en-video/ )

 

 

Relais du Lac Memphrémagog, édition 2017

L’équipe Bonheur illimité; manquant sur la photo, notre accompagnateur, Luc

Relais du Lac Memphrémagog, édition 2017

Crédit photo: François Poitras

Au départ du Relais, sous un soleil torride (cette expression n’est pas poétique, c’était littéralement le cas), nous étions six bienheureux , prêts à partager une journée pour une incroyable cause: courir en vue d’amasser des fonds pour la jeunesse de l’Estrie par le biais de la Fondation Christian Vachon.

Ce Relais en est un qui s’étend sur 123km et qui permet de faire le tour du Lac Memphrémagog.  Pour la onzième année, deux cent équipes de coureurs se sont rejoints afin de prendre part à la levée de fonds, tout en mouvement.  Comme une énorme famille, ça court, ça pédale, ça mange et ça boit du matin au soir.  Il y règne un esprit particulier.  On peut sentir la chaleur qui s’en dégage (d’autant plus cette année, compte tenu de la température ambiante)!  J’habite la région depuis presque quatre ans parce que je m’y suis sentie chez moi.  L’étendue et la beauté de sa nature me touche.  Les gens d’ici me touchent aussi (j’ai l’impression de me sentir perpétuellement émue) et ce qui s’y développe également.  Il est vrai que chacune des régions que nous habitons peut nous remuer, à sa façon, mais j’ai tendance à croire qu’ici, il se passe quelque chose de spécial.

À mes yeux, cette course à relais en était une où j’ai pu vivre et observer l’effort, le dépassement de soi, la satisfaction et le plaisir de contribuer, chacun à sa façon.  J’ai vu des passants offrir de l’eau aux coureurs, des bénévoles costumés et souriants, des responsables fort occupés, des commanditaires épatés, des enfants mis au défi et des athlètes de tous acabits.  J’ai eu le sentiment, au cours de cette journée, d’être entourée d’une équipe investie, soucieuse du bien-être de chacun et drôle à souhait.  Certains moments ont été plus difficiles, notamment en raison de la chaleur, et pourtant, tous ont progressé avec une volonté et un enthousiasme palpables.  Les rythmes étaient variables, permettant à chaque personne de s’aiguiller sur son objectif pour y arriver.  Il y avait, dans le respect de chacun, une grande force.  J’en ai été ébahie.

Au fil des heures, je me suis permis de suivre plusieurs coureurs de mon équipe.  Chacun des points de contrôle semblait se présenter comme un momentum pour créer un nouveau mouvement vers l’avant.  Je me sentais heureuse de pouvoir bénéficier de leur présence, d’observer leur détermination, de ressentir l’élan, comme la fatigue, qui allaient nous mener jusqu’au bout du parcours.  Nous n’avions pas une visée compétitive, mais bien un regard porté vers l’expérience, vers la joie de pouvoir être là, tout simplement.  Tout rond.  Tout au complet.

Je sais que ceux et celles qui l’ont vécu à répétition sont nombreux et que c’est, pour les gens de ma région, un événement particulier, comme une forme de tradition.  Un rendez-vous unique.  D’année en année, certains vont et viennent, mais je crois que l’ensemble du processus – la préparation, le recueillement des fonds, la course et la gestions des dons recueillis auprès des enfants, des élèves en besoin – laisse une empreinte particulière à ceux et celles qui s’y impliquent.  Je crois que c’est l’un des beaux mouvements de masse qui existent au Québec et qui permettent d’avoir un impact important en vue d’aider nos jeunes, de leur offrir un coup de pouce.  J’en ai été témoin.

123km, c’est une longue journée; le tour du Lac, comme on l’appelle.  Du matin au soir, on boucle la boucle.  Un peu comme le chemin d’une vie.  On passe d’étapes en étapes (14 points de contrôle où se trouvent des bénévoles et des équipiers magiques, oui, oui!), de chemins, bitumés à chemins de terre, de pentes abruptes à de longues descentes, du soleil à la lune, toujours, à un rythme qui nous ressemble.  On peut rire, pleurer, avoir mal, être soulagé, se sentir fébrile, impatient, heureux et j’en passe.  Pour certains, c’est une petite expérience.  Pour d’autres, elle est énorme.  Mais, dans tous les cas, on la sent dans son corps, dans son coeur et aussi dans sa tête.  Elle fait travailler tous les muscles, comme on dit.  J’ai d’ailleurs entendu un jeune coureur commenter son parcours en disant: c’est “mental”.  Il n’avait pas tort.

De retour au point de départ, enveloppée par les flambeaux, à près de 21h, entourée de mes coéquipiers et coéquipières, je me suis sentie portée par l’énergie collective, par tout ce qui avait été déployé pour que ce moment se présente avec autant de couleurs, de valeur et de sens.  On le vit dans l’instant, on le sent (nous avions eu tellement chaud!).  Et le sens reste.  C’est, je crois, ce qui remue Magog.

Et c’est aussi ce qui, je n’en doute pas, remuera invariablement le Québec.  Parce que nos jeunes en ont besoin.  Et ça, ça fait toujours du bien.

Merci à l’organisation, aux bénévoles, aux familles, aux touts petits et aux coureurs, ceux qui se ”font aller les jambes”.  Vous êtes incroyables!

Et un gigantesque merci à mon équipe Bonheur: vous avez toute mon admiration!